L EXPEDITION DE MORAVIE
qui, d aprfes Bon propre aveu, avait consisté à chercher la gloire en laissant la peine à ses alliés, et à se montrer audacieux, presque téméraire, aux.risques et aux dépens d'autrui '.
Mais l'équipée, sans résultat au point de vue militaire, avait eu, en attendant, pour effet d'exaspérer et de faire éclater à tous les yeux la dissidence qui existait déjà entre les divers représentants de la France en Allemagne. Belle- Isle ayant pris parti pour le roi de Prusse au moment où Broglie se plaignait de lui tout haut, ce fut le signal d'une division qui partagea à l'instant les diplomates comme les militaires. Les amis de Frédéric avec Belle-Isie, Valori, Mortagne, d'Aubigné et Polastron, et toute la jeunesse; ses détracteurs avec Broglie, Desalleurs et Maurice de Saxe, formërentdeux camps chaque jour aux prises : la querelle fut ouverte dans toutes les chamhrées et à toutes les tahles d'officiers. On disputait à perte de vue pour
t. Frfdéric, Histoire lie mon temps, chap. t. — Pol. Corr,, >■ i> p. 80 à ISD passim. — Valoii à Amelot, 14 avril 17il. {Correspontkmce dt ProMt. Mioletâre dea aflalres étrangâres.)
S)2 FRÉDÉRIC II ET HARIE-TBËRÈSR
Bavoir si le malheur de Lintz avait eu pour cause l'immobilité du vieux maréchal, qui n'avait pas secouru la ville à temps, ou l'étourderie du jeune roi, qui avait été courir aa loin les aventures.
A Francfort, le débat n'était pas moins vif qu'à Prag^ue ou à Dresde. Le nouvel empereur, pacifique de aa nature, bien que tout porté pour Belle-Isie, et tremblant devant Frédéric, se désolait de ces divisions et s'efforçait vainement de les tempérer par de bonnes paroles. « Je voudrais être coupé en deux, disait-il, pour no me séparer de personne '. » Le chagrin qu'il en conçut. Joint à la désolation de voir son royaume de Bavière envahi, lui causa une violente atteinte de gravelie qui ne lui permit pas d'assister b. toutes les fêtes de son sacre, en particulier à celle que Belle-Isle voulait lui offrir et dont la splendeur véritablement insensée fut ainsi assombrie par un sentiment de malaise général et par tes plus tristes prévisions. Belle-Isle lui-même, malgré son naturel con-