‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 37 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA DÉFECTION DE FaËDÉHIC

Hnmenr et Irritelion-de Frédéric à bod retour en Bobéme. — CanseB de aon méconteatetnenl. — 11 songe k foire déflni- Uvemeat sa paix avec l'Antrlcbe. — D bit venir k Breslaa l'envoyé anglais pour traiter avec Ini. — Hésitation d'Hjndfort. — Lee propositions qo'il transmet k Vienne sont repouseées par Harie-Thér&se. — Frédéric ee décide à attaquer le prince de Lorraine, commandant de l'année anlricUenne. — Bal^lle et victoire de Chotusits. — Frédéric ne poursuit pas les AntrichienB vaincus et rentre en négoclatlun avec eux dès le lendemain de leur défaite. — Belle- Isle arrive A Prague. — Inquiétude où il trouve le maréchal de Brogtle, qui craint d'Stre écrasé par la jonction des aimées autrichiennes. — Les deux maréchaux attaquent ensemble le prince Lobkowiti. — Combat et victoire de Sahay. — Belle-Isle se rend anprës de Frédéric pour le décider i a^ en commun avec l'armée tran;aise. — Sou entretien avec le roi : IL ne peut obtenir la promesse d'une action Immédiate. — Nouvelles de la jonction du prince de Lorraine et dn prince Lobkowiti. — Belle-lsle se rend k Dresde pour obtenir le secours de l'année saxonne. — Broglle, forcé de reculer devant le* deux armées autri*

ââS FRÉDÉRIC II ET MARIE-THÉRÈSE

chienne», rentre précipltammeDt dans Prague. — Frédéric traite en toute hâte avec Harie-Ttfirèae. — PréHminaireB de Breslnu, — Frédéric annonce sa résolution à Valorl et le cliarge de la porter à Belle-Iale. — Désordre et confiision à Prague. — Dernier entretien de Frédéric et de Valori. — Désespoir de Fleury. — Sa lettre à Frédéric. — H demande la paiï à Marle-Ttérèse, — Effet désastreus pour la France de la détection de Frédéric. — Mécontentement da public français. — Voltaire félicite Frédéric. — Sa lettre est interceptée et publiée : il est obligé de la démentir. — Examen des motifs que Frédéric a légués pour justifier ai détection. — Conclusion.

Belle-Isle, repartant pour Francfort, avant de 66 rendre à son nouveau poste, ne manqua pas, dans l'orgueil du triomphe, de donner connaissance h Frédéric des dispositions qu'il se vantait d'avoir provoquées et qu'il croyait faites pour lui être agréables. Seulement il est douteux que le roi, recevant cet avis au moment où il quittait lui-même la Moravie un peu déconfit, y trouvM une consolation suffisante de son mécompte et même un sujet de satisfaction sans mélange.

Jamais, au contraire, son humeur n'avait été plus noire que dans les joiu-s qui suivirent sa rentrée dans ses quartiers de Bohême. Valori, Men qu'accoutumé à ses caprices, était effrayé

tA OEFEGIION DE FRÉDÉRIC 339

de son état d'esprit, et, avec moins de finesse que d'habitude, il attribuait cette disposition, subitement devenue farouciie, au femords qu'un prince devait éprouver d'avoir imposé sans profit h son armée et k des populations innocentes les souffrances d'une campagne conduite avec une rigueur impitoyable. « Son regard, écrivait l'ambassadeur ému à Belle-Isle, est celui d'un réprouvé... Je vis alors, disait-il encore longtemps après dans ses Mémoires, ce que peut sur une âme la conscience timorée.

L'état du roi était affreux. Tous ses propos étuent durs, son rire forcé et sardonique et ses plaisanteries pleines d'amertume. Tout l'importanait; tout allumait les soupçons dans cette àme bourrelée. Que n'ai-je point eu à en souffrir *! » Valori faisait trop d'honneur à la conscience de Frédéric, qui, ce jour-là pas plus qu'aucun autre, ne lui causa beaucoup de tourments. La preuve que le scrupule n'était pour rien dans son trouble, je la trouverais, à défaut

1. Mémoires Inédits de Belle-îsie. — Valori, Mémoires, 1. 1, p- 154. — Valori à Amelot, 30 avril 1741, (Contspandance de Prutte. Hlntslère des affaires étraagàrea.)

Page 1