FRÉDÉRIC II ET MARIE-TBÉRÈSB
d'autre dans une petite anecdote que le même Valori prend également soin de nous raconter. On s'indignait, sous la tente royale, de quelques déprédations exercées en Bohême par l'armée saxonne. «Que dites-vous de ces gens-là?
s'écria Frédéric toujours en colère ; je n'ai jamais pu parvenir à les faire piller en Moravie, quelque chose que je leur aie dit sur cela, et les voilà qui pillent ici, dans un pays qu'ils devraient ménager I »
La vraie cause de son irritation, c'était, d'abord le dépit d'avoir échoué dans une tentative dont il avait fait beaucoup de bruit, puis la prévision d'une nouvelle campagne que l'approche dç l'été allait rendre nécessaire, et qui s'annonçait dans des conditions beaucoup plus pénibles pour les alliés et, pour lui-même, beaucoup moins fructueuses que celles de l'année précédente. D'une part, en effet, l'esprit et la tenue des troupes autrichiennes se ressentaient du succès qu'elles venaient de remporter. Leur confiance était relevée par l'honneur d'avoir fait, en deux mois de temps, capituler des Français et reculer Frédéric. Le grand-duc,
satisfait d'avoir pris à ce triomphe une part apparente, cédait à son frère, le prince Gharies de Lorraine, un commandement dont, sans l'avouer, Marie-Thérèse commençait à craindre qu'il ne fût décidément incapable. On espérait beaucoup h Vienne, peut-être trop, des talents du nouveau g^énéral, dont l'extérieur agréable, la toomure élégante et les manières polies contrastaient avec l'air hautain et embarrassé du grand-dDC. L'année dont il prenait la direction était dans une excellente position. Avec le corps principal il faisait face, sur la frontière de la Moravie etde la Bohème, aux Prussiens campés à Ghrudim. A sa gauche, une importante division, placée sous les ordres du prince Lobkowits et appuyée sur une chaîne de places fortes, continuait k barrer & l'année française le chemin direct de Prague vers la haute Autriche. Les Autrichiens, au contrure, avaient leurs communications libres de tous les côtés, aussi bien avec Vienne et le bas Danube qu'avec Kbevenhiiller, toujours maître de la Bavière.
Mais cet avantage militaire, dont Frédéric
pouvait espérer que son génie aurait raison,