PRÉDËHIC II ET HARIB-THÉRÈSE
cupé, Broglie, au contraire, croyait pouvoir y faire station au moins te temps nécessaire pour apprendre sur quel appui il devait compter de la part de l'armée prussienne. Sur ce point, comme on verra, l'événement lui donna tort'.
Aussi mécontent de la situation qu'il tussait derrière lui qu'inquiet de celle qu'il allait trouver, Belle-Isle se mit en route pour le camp prussien. A chaque pas qu'ïl faisait, ses perplexités devenaient plus grandes. Il apprit en effet que, loin de se mettre en mesure de poursTiivre le prince Charles, Frédéric, sous prétexte que ses troupes avaient besoin de repos et manquaient de subsistances, les dispersait dans des cantonnements tout le long de la petite rivière de la Sasawa. On ne pouvait dire plus éloquemment au prince qu'il était libre d'agir à sa convenance et que, pourvu qu'il laiss&t les Prussiens tranquilles, aucun de ses mouvements ne serait gêné. Belie-Isle arriva
1. Mémoires de Valor-i, t. i, p. 158, 160. Correspondance de Belle-Isle et de Valorl, ;iaj«wi. ~- Brogfie à t'ieury, 15 mai, 1" juin, 4 juin 1742. {Ministère de la guerre.) — Mémoires du duc de Luyues, t. u, p. m et 183.
lA DÉFECTION DE FRÉDÉRIC 285
donc au caiiip de Kuttenberg, l'esprit rempli des soupçons les plus fâcheux.
Les procédés de Frédéric nous sont maintenant trop connus après l'esposé minutieux et (je le crains bien) un peu monotone que j'ai dû en faire, pour qu'il soit besoin de dire que ces soupçons étaient pleinement fondés. Je ne voudrais pas jurer que, dans la soirée qui suivit sa victoire, Frédéric n'eût pas été tenté de la rendre plus complète et plus éclatante encore en achevant, de concert avec la France, l'humiliation de Marie-Thérèse : c'était même l'avis du prudent Podewils, qui conseillait timidement de profiter de l'occasion pour délivrer une fois pour toutes la Prusse du voisinage toujours dangereux de l'Autriche en Bohême. Mais cette tentation de rester fidèle et loyal, si elle traversa l'esprit de Frédéric, n'y dura guère ; car, dès le 21 mai, il faisait savoir à Uyndfort que le succès ne l'enivrait pas au point de lui faire perdre ses sentiments de modération. C'était dire qu'il était prêt h reprendre la négociation là où il en était resté avant la bataifle, sans ajouter ni retrancher rien à son ultimatum.
286 pr£s£ric ii bt harib-thërèse Hyndfort accepta cette fois, sans discussion, i'airèt de la fortune et fit parvenir 8ur-le-«hanip h Vienne des conseils da résignation. La manière dont il s'y prit pour les faire agréer indique assez quelle idéeU se faisait de l'humeur inflexible de Marie-Thérèse ; car son unique argument consistait h lui représenter qu'en matière de conquête, rien n'était irréparable, et que ce que la fortune enlevait aujourd'hui, elle pourrait le rendre le lendemain. « La reine doit d'autant moins hésiter, disait-il, à consentir à ce qu'on lui demande, que ces concessions lui sont arrachées par la violence et par une double perfidie. Aucune puissance au ciel et sur ta terre ne pourra blâmer dans l'avenir la maison d'Autriche, si elle use plus tard de représailles et reprend à la première occasion parla force ce qu'on lui enlève aujourd'hui *. » Quand cette lettre parvint à Vienne, presque en même temps que les tristes nouvelles de la défaite de Chotusitz, Marie-Thérèse était en couches, venant de mettre au monde une prin-
1. Pol. Corr., t, a, p. 174. — Granhagen, 1. 1, p. 376 et ruTt.
cesse qui reçut le nom de Marie-Christine et qui devait tenir plus tard une place importante dans la famille impériale. Bien qu'aucun état de souffrance ne pût abattre la fermeté de son âme, elle jouissait de moins de liberté d'esprit que d'habitude pour tenir tête aux instances qui vinrent l'assiéger de tous c6tés et qu'appuyaient des dépèches pressantes de Londres. Elle résista pourtant quelques jours encore et, quand on vint enfin à bout de la faire fléchir, elle ne voulut céder qu'à moitié : elle renonça bien à exiger l'assistance du roi de Prusse et consentit à se contenter de sa neutralité ; mais elle fut inébranlable en ce qui touchait l'intégrité de la Bohême. « Je n'y laisserai pas toucher, disait-elle, quand même le roi d'Angleterre viendrait me le demander à la tète de son parlement. Plutôt m'ensevelir sous les ruines de Vienne ! » Tout au plus put-on obtenir qu'elle maintint la proposition déjà faite d'étendre la partie cédée du territoire de la Silésie. Toute la question, dès lors, était de savoir si Frédéric trouverait cette concession suffisante. La condition dépendant exclusivement de sa volonté,