‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 44 sur 53 · Pot. Corr., Frédéric à Podewils, t. ii, p · texte numérisé non relu

Pot. Corr., Frédéric à Podewils, t. ii, p

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gue Tordre de se porter en avant : « Ne me pressez pa3 de le faire, dit-il, vous me servez assez d'exemple sur les inconvénients qu'il y a défaire des détachements. Mon ami, ajouta-t-il, votre éloquence pourrait peut-être m'engager à faire quelque traité; mais elle échouera sur ce que vous me proposez. (Si Je me bats), je veux battre ou être battu tout eni^emble. i>

Quelques heures après, Valori demandait de nouveau audience. C'était Belle-Isle, cette fois, qui envoyait de Dresde, où la triste nouvelle l'avait rejoint, un appel pressant et désespéré. Jugeant alors que l'hypocrisie n'était plus possible : « Monsieur le marquis de Valori, dît Frédéric, je ne veux pas tromper le roi; je vais vous parler avec toute la franchise imaginable. , Les choses sont dans un état désespéré... Votre M. de Broglie mérite toute sorte de reproches : il n'y a plus d'armée française, vous êtes cou* pés de vos recrues et de vos magasins... Ceci est une affaire perdue. Je vous déclare qii'il faut faire la paix. » Puis il revint sur les avis (suivant lui bien fondés et venant de très bonne part) qu'il avait reçus des négociations clandes-

tines poursuivies à son insu entre Vienne et Paris. 11 Je ne veux pas être la dupe, dit-il, et je vous répète que je travaille à ma paix : vos affaires sont dans un état k ne devoir pas se rétablir. » Sur un mouvement involontaire de ma part, continue Valori : « Je vois, reprit-il, que vous êtes bien fâché, mais il faut le dire au maréchal de Belle-Isle. -~ Je lui dis qu'en eflet, ma surprise était extrême, d'autant plus que 'es affaires ne pouvaient être désespérées qu'autant qu'il ne voudrait pas y mettre la inain; qu'il y avait plus d'un parti h prendre pour les rétablir sûrement. — Oui, me répondit-il en m'exposant encore à une bataille, et c'ext ce que je ne veux pas. J'ai fait assez répandre de sang humain et je joue trop gros jeu par l'événement d'une bataille pour vouloir m'y exposer davantage. Je serai perdu avec vous si je ne pense pas h moi-même. — Mais, sire, lui ai-je dit, que deviendra l'empereur si Yotre Majesté, dont il est l'ouvrage, l'abandonne? et quelle sûreté trouve-t-elle ellemême dans la suite? fait-elle attention k l'état où cette paix la laisse ? • — Qnant à moi, me ré-

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pondit-il, ce sont mes afTaires et je m'en tire* nâ comme je pourrai. Il foudra bien faire quelque çbose pour l'empereur. Enfin, mon cher Valori, vous irez donc trouver le maréchal de Belle-Isle. » Puis il me tourna le dos en me disant: « Au plaisir de vous revoir 4 »

Vatori sortit tout étourdi. Son désespoir et sa surprise étaient tels et se trahissaient par des signes si visibles, que Frédéric ne put résister & la tentation d'en faire ]ui-mëme une peinture d'un comique impitoyable dans une lettre qu'il écrivait le soir même h Podewils : a Aucun polidiinelle, dit ce cruel railleur, ne peut imiter les contorsions de Valori ; ses sourcils ont fait des zigzags, sa bouche s'est élargie, il s'est trémoussé d'une étrange façon et tout cela sans avoir rien de bon à me dire. » Puis il ajoutait : « Voilà un grand et heureux événement qui met ma maison en possession des plus florissantes provinces d'Allemagne, au sortir d'une .gueire la plus glorieuse du monde. Il faut sa-

1. Valori à Amelol, il juin 1112. ICorreipondanee de Pnote. MiQl9lère des affaires étraiigères.t II y a deux dépêches écrilei à qualquea heures de distance. — Pol. Corr.,L a, p. 210 et 197.

voir s'arrêter à propos : forcer le bonheiir, c'est le perdre; et vouloir toujours davantage est le moyen de n'être jamais heureux. Adieu, je m'en vais expédier mon gros Valori et Morta^ gne, qui sont insatiables de l'efrusion du sang prussien '. »

Quelque f&cheuse que fût la commission dont Valori était chargé , il eut sous les yeux, en arrivant à Prague, un spectacle, s'il se peut, plus triste encore : au milieu du désarroi universel, les deux maréchaux trouvaient bon de se livrer plus que jamais à leur animosité réciproque. L'un et l'autre voulaient commander, et ils ne se trouvaient d'accord sur rien. Belle- Isle, revenu de Dresde aussitôt après la retraite, critiquait amèrement la position que son collègue avait fait prendre à l'armée sous les murs de Prague, et Broglie refusait obstinément d'y rien changer. Tous deux déployaient dans ce conflit ce qui était, d'ordinaire, la quaUté principale de leur caractère et ce qui, dans le malheur commun, n'était qu'un embarras de plus :

i. Fol. Corr., t. u. p. 197 et 210.

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Belle-Isle, une activité inquiète, Btogtie, une fermeté calme , mais un peu immobile . Cette divemté d'humeur se fit remarquer même dans Is manière dont ils accueillirent le message et le messager. « Je m'y sms toujours attendu, dit Broglie sans s'émouvoir, et je n'ai jamais partagé l'espérance qu'on tentait de donner au roi. » Belle-Isle, au contraire, voulait encore être incrédule. Il faisait remarquer que la lettre dont Valori était porteur ne parlait que d'une façon générale de la nécessité de foire la paix et n'esprimaitpas nettement, de la part de Frédéric, la résolution de la faire, à lui seul, et pour son compte personnel. Yalori eut unsi le malheur de ne se trouver d'accord avec aucun des deux chefe et d'être également mal accueilli des deux parts. Celui-ci lui reprochait de croire tout perdu pour un événement qu'il aurait dft prévoir et d'avoir la peur peirae sw le visage. Il Que me fait votre roi de Prusse? disait-il, il s'agit de se bien battre si on nous attaque. » Celui-là, au contraire, lui faisait un grief d'être parti sans explications suffisantes, sans laisser à Frédéric même le temps de la réflexion, et en

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se chargeant d'une commission qu'il n'aurait pas dit accepter, car l'envoyé du roi de France ne devait pas se faire commissionnaire du roi de Prusse'.

Yalori, ainsi éconduit, repartit an plus vite, chargé d'une réponse de Belle-Isle, qui faisut un suprême effort pour conjurer un éclat dont il voulait douter encore. Si quelque chose pouvait accioUre la douleur patriotique d'un Français, ce fut l'aspect de joie générale qn'en rentrant dans le camp prussien , il vit partout éclater sur son passage. La nouvelle de la paix était publique, et, bien qu'on n'en connût pas encore les conditions, elle était accueillie par l'armée et les populations avec une satis&ction sans mélange. Yalori n'obtint qu'à grand'peine la permission d'aborder le roi, qui le reçut d'un air contraint et lui dit sfechement qu'il lui était bien obligé de sa peine. Puis, après quelques banalités sur le regret qu'il éprouvait d'avoir été ré-

i, Mimotrei de Valoii, 1. 1, p; 16* et buIt. — Broglie à Bretenll, 16et2S juin 1742. [Ministère de la guerre.) — 6elle>Isleji Amelot, IS juin 1742. [Correspondance de rambasiade auprès (f< la dUte. HlDlHtire àes stTAlna étrangère*.}

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doit à cotte extrémité, Frédéric se retira, « paraissant très pressé, dit Valori, d'être défait de mon air sérieux, qui lui semblait un reproche ».

L'embarras de l'ambassadeur était extrême.

Devutrîl rester au camp, où il n'avait plus rien à faire et où sa présence gênait tout le monde, ou retourner h Berlin pour y être témoin du triomphe de son collègue anglais et du contentement populaire? fiéûexion faite, il se détermina à attendre, par un double motif : d'abord pour t&cher de connaître quelle était la teneur exacte des clauses de la paix, si l'abandon des aUiés du roi était complet, ou s'il y avait, comme Frédéric le lui avait laissé entendre, quelqws bagatelles pour fempereur. Puis il voulait vojr, ajoutait-il, u si, avec un homme d'un tel caractère, il n'y aurait pas moyen de tirer parti de sa défection, qui ne devait pas être, suivant toutes les apparences, plus sincère que son alliance ».

Effectivement, après quelques jours passés dans la retraite la plus incommode, ce fut le roi qui le fit revenir et qui parut tout surpris d'être resté si longtemps sans 1« voir. « Qu'est-ce

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donc, mon cher Valori, lui dit-il, voua faites le bibou avec moi? Comptez que Je veux être toujours votre ami. Par ma foi, je n'ai pu faire autrement : j'ai eu des raisons très fortes, je ne puis vous les dire à présent... Je ne veux pas vous nier que j'ai toujours entretenu la négociation, mais mollement... J'ai voulu jouer au plus fit! et avoir une porte pour me tirer d'affaire en cas d'accident ; j'ai cru qu'il était arrivé et que tout était perdu à la retraite de Broglie. Dès que j'en ai su le détail, j'ai fait partir un exprès le même jour avec l'ordre de signer.

Voilà comment cela s'est fait. » Puis il lui demanda où il comptait se rendre. « Probablement à Prague, lui dit Valori. — Et pourquoi à Prague? que n' allez-vous tout droit à Berlin ? — Sire, je vais à Prague pour y attendre les ordres du roi et y men^r un homme de plus, en cas que les ennemis veuillent nous y attaquer. » Cette noble réponse ayant para émouvoir le roi, Valori, encouragé, en prit occasion pour lui représenter le danger auquel luimême s'exposait en entrant dans une voie où, ne pouvant plus compter à l'avenir sur des

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alliés qu'il délaissait, il ne tarderait pas à se trouver en tète-à-tète avec Marie-Thérèse victorieuse et pleine de ressentiments. « Votre Majesté, lui dit-il, aura lieu de s'en repentir. — Est-ce une prophétie de Nostradamus que vous me faites? — Non, sire; maïs je crois que c'est l'expression de la saine politique et de la droite raison. — Écoutez, mon aoù, croyez que je vois ce que vous me dites sur mes intérêts. Vous ne pouvezdoncpasdouterquejene m'intéresse encore à vous. Pourquoi ne pas faire agir les Saxons? ce sont des c..., j'en conviens, et puis il y a ce jésuite doucereux, ce Guarini, que je me reproche d'avoir trompé. — Sire, reprit Valori, que Votre Majesté ne se flatte pas de cela; le pfere Guarini n'a jamais été sa dupe; il a toujours dit que Votre Majesté trompait ou tromperait ; et je l'assure que j'ai rompu plus d'une lance contre lui h cet égard. — Mais ce n'est pas tromper, cela, c'est se tirer d'affaire. » ■ La fin de cet étrange colloque, qui n'eut pas lieu tout d'une traite, mais fut plusieurs fois interrompu et repris, indiqua clairement quel en était le but. « Prenez vos mesures, dit le

tA DÉFECTION tii FRÉDÉRIC 'Ul

roi, pour que je sois averti de ce gui se passera dans Prag:ue et de tous les événements de laguerre; car, si vos affaires prospèrent, comme je m'en flatte, et que vous battiez les Autrichiens, je serai en état de parler, et, leur représentant leur faiblesse et la nécessité où ils seront de satisfaire en partie les alliés, je redeviendrai, par là. en quelque sorte médiateur, malgré les Anglais et la reine de Hongrie, et vous pensez bien que, pour lors, mon intérêt sera de rendre la partie de l'empereur bonne. » Là-dessus, il le quitta en le serrant dans ses bras et en lui disant : « Ah t caro, venez donc à Berlin, je vous en prie. » Valori avait vu juste : à peine engagé dans une nouvelle alliance, Frédéric songeait déjà à se ménager des intelligences dans le camp qu'il venait de quitter. La distribution des cartes entre les joueurs était changée, mais le double jeu continuait, et Frédéric offrait à Valori, dans sa confiance intéressée et intermittente, la place qui ne pouvait plus appartenir à Hyndfort *.

1. Valori k Amelot et à BeUe-Isle, iO, 21 et 28 Juin lUi. [CorreipondancedePrui'gp. Minlntère den nffufres étrangèresO

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Si Yalori avait attribué un autre caractère à ces caresses, s'il eût cm y voir, par exemple, l'indice d'un reste d'intérêt que le roi aundt porté à la séctuité de ses anciens alliés, il eût été cruellement déçu quand la ratification, arrivée de Vienne dans les derniers jours de -juin, rendit publiques les conditions de la paix; car il aurait été impossible d'y trouver l'ombre même d'un souvenir pour l'aUiance qui finissait. L'Autricbe cédait & la Prusse toute la Silésie haute et basse, moins les duchés de Teschen, la ville de lïoppao et quelques pouces de territoire de pen d'importance. En revanche, le roi de Prusse ne contractait d'autre engagement que de rembourser k l'Angleterre un prêt fait autrefois à l'Autriche et hypothéqué sur les revenus de Silésie. Be la France, le nom n'était même pas prononcé : nulle précaution pour assurer la liberté de la retraite de son armée, ni pour lui ménager la faculté d'entrer en négociation et de prendre part à la paiz.

Même silence sur l'empereur, pas même une bagatelle en sa faveur. A la vérité, on y pariait bien de la Sase, mais c'était pour engager le

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roi Auguste k entrer lui-même dans le nouveau traité, en commun avec l'Angleterre, la Russie, la Hollande et le Danemark, sous la condition expresse d'avoir k retirer, au plus ' tard, dans la quinzaine, toutes les troupes qu'il ' entretenait encore en Bohème. En un mot, on lui offrait la vie sauve, à la condition de s'en- ' gager du soir au lendemain dans une coalition nouvelle dirigée contre la France. Avec le caractère connu d'Auguste, l'acceptation n'était pas douteuse.

C'était le comble et le deraier coup ; quand Belle-Isle le comprit, il fut atterré. De l'im^ mense effort soulevé par sa diplomatie, rien ne restait plus qu'une armée de vingt-cinq mille Français, manquant de tout et bloqués au fond de l'Allemagne, derrière des remparts démantelés. Frédéric ne lui en écrivait pas moins pour le consoler : « Je regarde cette affaire comme une navigation entreprise par plusieurs dans im même but, mais qui, dérangée par un ntnifrage, met chacun des navigateurs dans la nécessité de se sauver k la nage et d'aborder où il peut. De ce bord, néanmoins, je tends la

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main à mes alliés et je ne veux mon salut que pour procurer le leur. » Et à l'empereur : « Me voyant réduit dans une situation où mon épéa ne peut plus servir & Votre Majesté d'aucun secours, je l'assure que ma plume la servira toujours et que mon cœur ne se démentira jamais pour Votre Majesté Impériale *. » A Fleury enfin il adressait une épltre longue, embarrassée et confuse, où il récapitulait ses griefs vrais ou prétendus et finissait par celte assertion hardie : « La guerre présente est un tissu des marques de bonne volonté que j'ai données à mes alliés *. »

Si Belle-Isle était navré de voir s'écrouler tout l'échafaudage de ses espérances, on peut juger quels furent les sentiments de Fleury, qui ne les avait jamais partagées. « On dit, écrit l'ei voyé d'Angleterre, que le cardinal a fondu en larmes. » Sur quoi pleurait-il? était-ce sur la France, ou sur lui-même et sur ses

1. Pol. Corr., t. u, p. 20G et iVl. — l'rédéiic à l'emparatir et à Belle-lBle, 13 juin 17i2.

2. Pol. Con:, t. ii, p. 206 et 208. — Frédéric & Flenry, 18 jnin 1742.

vingt ans de succès, presque de gloire, évanouis en un clin d'œil ? Si l'amour de la vie n'était chez les Ames faibles le dernier sentiment qui persiste et qui s'accroît même en approchant de la tombe, peut-être eût-îi regretté, ce juur-Ià, le miracle de sa longévité. Louis XV fît meilleure contenance, et, après quelques jours de confusion, te mot d'ordre fut donné à la cour de parler de l'événement avec sang-froid, presque avec indifférence, comme d'un fait depuis longtemps prévu, et même de s'abstenir de toute récrimination amère contre le roi de Prusse. C'était dignité autant que prudence. De fait, dans l'extrémité où on se trouvait réduit, la paix paraissant né~ cessaire, il était superflu d'en accroître les difficultés en irritant un orgueilleux et en refusant (pour se servir de sa métaphore) la main qu'il pouvait tendre encore aux naufragés.

C'est ce sentiment, traduit avec plus de réserve et moins d'excès de politesse que de coutume, qui perce dans la réponse directement adressée par le cardinal à Frédéric :

« Sire, je ne dissimulerai pas l'amertumode

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coeur que m'a causée la lettre dont il a plu & Votre Majesté de m'honorer, le 18 de ce mois, et je suis persuadé qu'elle me la pardonnera elle-même dans le fond de son cœur... J'avus une si parfaite confiance dans la parole si souvent réitérée de Votre Majesté de ne rien écouter que de concert avec nous, et nous avons, de notre c&té, si fidèlement observé ce traité, que je ne puis exprimer l'étonnement avec lequel j'ai appris les changements inespéré (sic) de Votre Majesté. Je n'entrerai pas, par respect, dans la discussion de tous tes motifs du parti qu'a pris Votre Majesté, quoique j'eusse beaucoup de choses à y répliquer ; mais cela serait inutile, et, dès que Votre Majesté a fait la paix, nous n'avons qu'à, y souscrire, sans même nous en plaindre dans le public. Je puis l'assurer de notre circonspection et de notre ^Uence. J'avoue qu'il n'en est pas de même de la nation ; Votre Majesté connaît la liberté avec laquelle elle parle ; mais, si on entreprenait de l'arrêter, peut-être cela ne servirait qu'à l'aigrir... Je souhaite que Votre Majesté trouve dans ses nouveaux alliés la même bonne foi et

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la même droiture qu'elle trouvera toujours en nous ; notre intérêt sera toujours de maintenir Bon pouvoir et son autorité, et je me flatte qu'elle est trop éclairée pour ne pas convenir que le sien s'y rencontre aussi. Tôt ou tard, elle le sentira enoore davantage, et, s'il m'est permis de parler de moi après des noms si respectables, je prendrai la liberté d'assurer que rien ne me fera oublier toutes les marques de Jionté personnelle dont elle a bien voulu m'bonorer *. » La dernière phrase peut-être était superflue. Le même courrier emportait des instructions adressées à Belle-Isle, pour lui enjoindre de se rendre au camp autrichien et d'y porter des ouvertures de paix. Valori affirme, dans ses Mémoires que sur le texte de ces instructions Fleury ajouta cette note de sa propre main : « La pais, monsieur, à quelque prix

. 1. Fleury & Frédéric, 30 jnia lTt2. — {Correspondance de 'Pruite. MinistËre des affairée étraDgères.) — Cetle lettre u'est

pas celle qai est insérée daos l'Histoire de mon temps. Fleury écrivit deux fois à Frédéric : une première foie, le 21 jnia, quand on pouvait croire qne la seule chose qu'il se proposAt étftit d'entrer en négociation pour la pnix en commun avec ses alliée ; et une seconde, le 30 juin, quand sa détec* tioD fut connue et certaine. C'est la première «enlement de cet dens letlrea que Frédéric a publiée

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que ce soit. » Quelque digne de foi que soit le témoignage de Valori, je dok k la vérité de dire que j'ai cherciié vainement ce post-scriptum sur les minutes conservées aux Affaires étrangères '.

Quelques jours après, Fieury avait assez bien repris son sang-froid pour pouvoir donner audience à l'envoyé de Frédéric, M. de Chambrier, qui était resté plus d'une semaine sans oser se présenter à Versailles. Il le reçut avec i'aùr de douceur et de résignation chrétienne qui convenait à son caractère de prêtre, et dont il savait habilement se servir pour masquer sa faiblesse. « Puisque le roi de Prusse, dit-il, a cru devoir faire celte paix, sans nous y comprendre, c'est sans doute qu'il a cru ne pouvoir faire autrement. Il faut tout oublier, et sortir de la situation fâcheuse où nous sommes. Je rapporte tout à la Providence :

quand elle veut humilier, elle a le moyen de le

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