Mimoiret de Valori, 1. 1, p. 10. — L'expression à quelque
prtst que ce mit, s« trouve biea dnas une des dépêches d' Amelot, mais elle est ealonrée de réserves qui ea UmfteDt ti en •ttinaent ta portée.
LA DdPBCTIOK DE FRÉDÉRfC 319
faire. Ce sont les Anglais qui vont devenirplus hautains que jamais. Je ne sais cependant s'ils aiment beaucoup le roi de Prusse, ni si le roi peut prendre beaucoup de confiance dans la reine de Hongrie, qui n'oubliera jamais qu'elle & perdu la Silésie. — Non plus que la Lorraine, me permettra d'ajouter Votre Éminence, répon- ■ dit le Prussien avec assez d'à-propos. — D'accord, reprit le cardinal; vous voyez bien que nous avions des raisons d'être ensemble. « Puis il ajouta dévotement : «Enfin, nous sommes dans les mains de Dieu : il faut espérer qu'il nous donnera les moyens de sortir de l'état où nous sommes *. »
Qui le croirait? Si l'on gémissait à Versailles, il y avait encore une autre cour où l'on versait des larmes : c'était à Vienne. Marie- Thérèse aussi pleurait. Au lendemain d'une pais qui lui rendait on royaume, la délivrait d'un de ses ennemis, et la vengeait de l'autre, elle se montrât inconsolable. « Elle répète,
1. Oiambiier à Frédéric, B jnillet 17*2. ~ La correspouduice de l'envoyé prussien avec «tu Bonrer^ existe eu copia BQ mlnisiËre iea affaires étrangères : je ne tais coiuuteut aot tKbite» en ont eu possession.
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fscnl Robiason, qu'elle a perdu le plus bean joyau de sa couronne ; elle oublie qu'elle est reine, et, quand elle voit un Silésien, elle fond en larmes comme une femme ordinaire. » Par moments aussi, elle s'en:^ortait contre l'influence an^aise, qui l'avait contrainte à céder, et le pauvre Robinson recevait des éclats de sa colère. « Lord Hyndfort parle & son aise,disait-il, de cette amputation, parce qu'il est à distance; mais celui qui assiste à une grandn opération, bien qu'il ne souffre pas autant que le patient, souffre pourtant avec lui, et quelquefois aussi c'est le patient qui le fait souffrir {wilh him and from Aim) '. »
Si l'impression était diverse, mais partout également profonde dans les cours, elle ne l'était pas moins sur les différents thé&tres où pouvait se produire l'opinion publique et populaire. En Angleterre, en Hollande, dans tous les pays protestants, c'était une effusion de joie sans mesure. On jouissait de rbumiliation de la France, et dans le jeune héros qui traitait
1. Raamer, Heitràgt lur neuen Gesrhkliie. — Hioke, 1. ï, p. 821.
&A DÉFECTION DE FRËOÉRIC 321
ainsi sans façon la grande puissance catholique, on saluait d'avance un nouveau Gustave ou un futur Guillaume d'Orange. Dans les rues de la Haye, sous les fenêtres mêmes de l'ambassadeur de France, on faisait des feux de joie en criant : « Vive la Prusse et mort aux Français [ » A Paris, au contraire, l'indignation, la consternation étaient grandes, et Fleury ne disait que la vérité quand il assurait Frédéric qu'il était impossible d'empêcher le sentiment public de s'épancher avec une juste sévérité, (c La rage contre Votre Majesté, écrivait Chambrier, est sans mesure ; elle se traduit par des expressions que je n'oserais pas reproduire sans un ordre exprès. >>
Fleury aurait d'autant moins pu arrêter le cours de l'irritation populaire qu'elle ne l'épargnait pas lui-même, pas plus que ses ministres et ses généraux. L'esprit frondeur et critique que le respect de la royauté ne contenait plus qu'à peine avait beau jeu pour se donner carrifere, et l'on sait quelle était la forme habituelle de l'opposition sous celte monarchie absolue, tempérée, comme on l'a dit, par des
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chansons. On chansonnaît donc sans pitié la duperie de Belle-Isie et l'impuissance de Broglie ; on faisait même des caricatures où l'on représentait le cardinal à quatre pattes devant la reine de Hongrie, qui le frappait de verges. Mais autant en avait-on fait à madame de Maintenon, h Villeroy, k Chamillart. L'amertume même de ces satires n'était que l'expression de l'orgueil national froissé. C'était toujours entre Françws, à portes closes, qu'on échangeait ces récriminations railleuses. De prétendus amis de l'humanité n'avaient pas encore appris au publie de France à se dégager de tout préjugé de patriotisme et, dans l'intérêt de la philosophie et des lumières, à porter leurs hommages et à faire confidence de leurs griefs à des souverains étrangers ou ennemis. On pleurait les malheurs, on critiquait les fautes de la France ; mais personne n'aurait songé h faire compliment à l'infidèle allié qui avait eu l'art d'en tirer parti.
Je me trompe, il y eut une exception, une seule, et Frédéric reçut les félicitations d'un Français. Faul-i! le nommer? Ce fut Voltaire.
Le grand écrivain inaugurait ce jour-là ce large système d'indifférence aux malheurs publics dans lequel, vingt ans plus tard et jusqu'à la fia de l'ancien régime, il fut suivi par tant de disciples. Mais la première épreuve qu'il en ât faillit lui tourner si mal, qu'elle aurait dû suffire à l'en dégoûter. À la vérité, l'infidélité de Frédéric ne le prenait pas entièrement au dépourvu ; avec sa perspicacité accoutumée, il avait lu en quelque sorte depuis longtemps à travers les lignes de prose ou de vers que son ami royal lui adressait, et il ne craignait pas, sinon de l'encourager dans le dessein qu'il entrevoyait^ au moins de l'assurer par avance qu'il ne lui en saurait pas trop mauvais gré. Dès les premiers jours de juin, arrivant de provinc» à Paris, il lui écrivait :
SllAt que je loii «perça, On court, on m'an^te aa pasaaga, > Eh bien, dit-oa, Imez-vom tu Ce roi e! brillant et bî sage ?
Eal-il vrai qu'avec sa varta,
L est pourtant grand politiqoet
Fait-il des vers, de la mnaiqua,
Le jour mémo qu'il a'eat battu ? ■
K ... On dit qu'il sait de près Isa pu ,
Et de Gustave et de Turenn«
3i4 FRÉDÉBIC II £1 UARIE-TnËHÈB&
Clans les camps et dana les combat*, Et que, le soir, dans an repas, C'est Catulle, Horace et Mécène. > A mes cAtJs, hd raisonneur.
Endoctriné par la gazette, He dit d'un ton rempli d'humeur ; ■ Arec l'Autriche on dit qu'il traite.
— Non, dit l'autre, il sera constant, H sera Fappui dé la France, n One bégueule, on «'approchant.
Dit : • Que m'iovporle sa constanu !
n est aimable, il ine suffit ; Et voilà toat ce que j'en pense, Puisqu'il sait plaire, tout eat dit '. •
Aussi, le jour même où il concluait le traité qui mettait la France & deux doigts de sa perte, Frédéric n'hésita pas & envoyer à un correspondant qui se montrait d'avance de si bonne composition un véritable dithyrambe, ampoulé et incorrect, sur les bienfaits de la paix :
paix 1 heureuse paix I répare sur la terre Tons les maux que Ini fait la destractive gaern. Et que l«n fmnt, paré de renaissantes fleurs. Plus que jamais serein, prodigue tes faveurs I Uais, quel que soit l'espoir sur lequel tu te fonde,
Pense que tu n'anras rien fait, SI tu ne peux bannir deux monatree de ce monde,
L'ambltiOD et l'intérêt >l