FRÉDÉRIC II ET HARIE-THÉRÈSE
aux espérances qu'on lui avait fait concevoir. Lalecture du message, faite aux deuzchambres réunies par le protonotaire palatin, fut accueillie par des huées ironiques et suivie d'un véritable tumulte. Des voix confuses, s'élevant de tous les points de la salle, répétaient qu'on n'avait qu'à s'en aller puisqu'on n'obtenait rien, qu'il était inutile de faire venir les gêna pour se jouer d'eux, que la reine s'en tirerait comme elle pourrait avec ses conseillers allemands, puisque, décidément, comme son père et son aïeul, elle n'avait confiance qu'en eux. Pendant plusieurs jours, les séances répétées de la diète ne présentèrent qu'un spectacle de confusion. Au dehors même, le vieil esprit d'insubordination paraissait se réveiller ; des pamphlets, des vers satirique^, des caricatures circulaient dans la ville, dirigés d'abord contre les ministres, mais bientôt la personne royale elle-même n'y fut pas ménagée. Les propos tenus dans les lieux publics étaient alarmants ; quelques jours de plus d'un pareil état, et le séjour de Presbourg n'eût plus présenté aucune sécurité.
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Ce fut à ce moment même, dans les premiers jotirs de septembre, au milieu de cette agitation croissante, qu'arrivèrent coup sur coup de la capitale d'abord, puis de tous les points de l'Europe, les plus désastreuses nouvelles ; trois armées ennemies en marche, l'Autriche en- Tahie, Vienne menacée, la Suëde en armes, l'Angleterre défaillante. L'orage éclatait de toutes parts sur la tète de la malheureuse femme pendant que le terrain se dérobait sous ses pas. Par moments, sa santé semblait âéchir. Bien que son dernier enfant, le petit archiduc Joseph, n'eût encore que sixmois, elle se préparait déjà aux épreuves d'une maternité nouvelle, et s'écriait en fondant en larmes : « Je ne sais s'il me restera un lieu sur la terre où je puisse faire mes couches. » Puis, rappelant son courage et se relevant : k Je ne suis qu'une pauvre reine, disait-elle, mais j'ai le cœur d'un roi I »
C'est alors qu'on put voir quelles illuminations soudaines jaillissent parfois d'une grande Ame. Avec la perspicacité qu'ont souvent les femmes, Marie- Thérèse avait remarqué que, de tous les griefs qui irritaient ses indociles su-
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jets, celui peut-être dont ils parlaient le moins, mais qui les blessait le plus au vif, c'était la crainte qu'on témoignait de les voir en annes et d'admettre leurs contingents dans les troupes impériales avec leur organisation propre et sons leurs chefs nationaux. Sur ce point, les ministres allemands étaient intraitables dans leurs recommandations de prudence, et le spectacle de turbulence qu'ils avaient sous tes yeux semblait leur donner raison. La reine comprit, ^u contraire, quel parti elle pourrait tirer de cette susceptibilité nationale pour rétablir l'affection ébranlée des populations, par un grand acte de confiance que justifiait l'excès même de son malheur. Des lois anciennes prévoyaient le cas où, dans un extrême péril, tous les hommes valides devaient se lever en armes pour courir à la défense de la patrie. Cette levée en masse portait le nom d'insttrrection, •suivant une expression latine, beaucoup moins détournée de son sens naturel que l'acception que nous lui donnons en français. Au risque de faire p&mer de surprise et p&lir de terreur ses conseillers, ce fut h cette ressource
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suprême que la reine résolut de faire appel.
EUe fit d'abord part de son dessein k quelques confidents choisis, réunis en comité secret : tons les Allemands le combattirent avec effroi, ce qui k soi seul était une raison pour que les Hongrois l'acceptassent avec entbousiasme. Ceux-ci seulement émirent en même temps l'avis que la reine devrait se retirer avec l'héritier du trône dans la ville forte de Raab, éloignée de la frontière, où ces personnes sacrées seraient en sûreté sous la garde de l'afTAotion populaire. La princesse accepta leur promesse do concours, mais ajourna l'exécution du conseil. U ne lui convenait ni d'aller s'enterrer dans une citadelle, ni peut-être de pousser jusqu'à ce point la confiance ',
Le lendemain, le palatin, qui était dans le secret, réunit à sa table, dans un grand banquet, les membres des deux assemblées. Leur nombre, bien que considérable, était loin d'être complet, car les plus mutina ou les plus indifférent» étaient partis après la lecture si mal ao-