Mars
La signature de notre Convention^) m'a fait un plaisir infini. Je l'ai toujours regardé comme un nouveau lien de rendre indissoluble l'amitié et la bonne intelligence entre les deux Cours, et j'aurai bien de la peine à vous exprimer ma satisfaction sur la conclusion d'un ouvrage aussi salutaire aux deux Cours. Les motifs qui ont engagé le Comte Panin à l'antidater, trouvent également mon approbation, et en général, je suis très content de la manière dont elle a été rédigée. Mon Ministère vous adressera, par le courrier porteur de celle-ci, les ratifications, afin que vous puissiez les échanger dans le terme que vous êtes convenu ; et je joins ici encore ma réponse à la lettre obligeante, que l'Impératrice m'a faite en dernier lieu*
Au reste, mes ordres d'hier vous auront déjà
1) La Convention entre la Russie et la Prusse, au sujet de la Pologne, fut signée lé ,* Février 1772 à St. Pëtersbourg.
appris rheureux changement arrivé dans les dispositions de la Cour de Vienne, et je me flatte, par les motifs que j'y ai allégués, que l'Impératrice trouvera très conforme à ses intentions, tout ce que j'ai fait pour les mettre à profit.
11 est d'ailleurs bien vrai, ainsi que vous l'observez dans votre dépêche du 14 Février, que le Prince Kaunitz ne m'a pas donné pleine connaissance de tout ce qu'il a dit au Prince Galitzin, et mes dépêches précédentes vous auront déjà fait voir, que je pense comme le Comte Panin sur la conduite de cette Cour; mais ce qui me confirme qu'elle agit à présent de bonne foi, c'est le risque qu'elle court, si elle voulait nous tromper. Il en est tout autrement avec la France. Dans la situation, où se trouve actuellement cette Puissance, elle peut se jouer d'elle et la duper impunément; et je me trompe fort, ou les insinuations que le Prince Kaunitz a fait faire, en dernier lieu, au Duc d'Aiguillon, ont eu effectivement cette intention pour base. Tout ce sur quoi l'on peut compter sûrement, selon la dernière déclaration tant à la Russie qu'à moi, c'est la mutuelle garantie de nos acquisitions en Pologne, que la Cour de Vienne a promise solennellement, et il est possible, qu'il en résulte avec le temps une Alliance entre les trois Cours, à laquelle je n'aurai certainement
rien à redire. Bien au contraire, j'en serais d'autant plus charmé, que rien ne sera plus propre pour affermir pour toujours la tranquillité de l'Europe. En effet, aussi longtemps que trois Cours aussi puissantes ' que les nôtres seront bien amies et alliées, aucune des autres n'osera entreprendre quelque chose qui puisse la troubler, de sorte qu'à tous égards, je ne peux assez vous exprimer la joie que je ressens actuellement du pli avantageux et favorable que les affaires ont pris.
Du Roi au Comte Solms.