CHAPITRE I
ReUchemeBi des liens de TEmpire après la rëformation. — Absence de d«alisiiiepoKtil|ue.— Efforts de Frédéric le Palatin. ^Gustave-Adolphe. ~ Guerre de trente ans. — A-t-elle été one guerre de religion? — Piix de Westphalie. — Ëtat de choses après la ptiz. — ffaissance des principautés de l'Empire. — Liens de TEmpire.. *' '
La grande séparation religieuse du xyi* siècle établit en Allemagne un dualisme religieux, mais non politique. Cependant, on ne saurait nier qu^elle ne fevorisât considérablement le développement de la puissance territoriale des princes. La paix de religion, conclue à Augsbourg, leur adjugea, jusqu'au • traité de Passau , la possession soi-disant légitime des biens ecclésiastiques quils s étaient appropriés. Cette paix leur garantit, en outre, la faculté monstrueuse d'user du droit de réformation , droit qui se formulait ainsi : Cujus regio , ejus religio. Elle éleva cette déplorable maxime à la hauteur d'une loi de TEmjf^ire. Ce même droit impliquait pour toujours la reconnaissance du seigneur protestant comme évêque et chef suprême de TËglise de son territoire ; concessions graves qui mettaient les princes Allemands sur la voie du pouvoir absolu. Aussi, tout en étant purement religieuses dans le principe, ne laissèrent-elles pas que d'avoir une haute signification politique. Accor-
FRéD. 11. 1
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dées par r Empereur, elles De s adressaient pas aux iodividus, elles oe proGtaient qu'aux princes et aux États de l'Empire en général I ^. Les liens de l'Empire en furent singulièrement relâchés: mais un dualisme politique n'en fut pas la conséquence immédiate et nécessaire.
Une fois que le nouvel ordre de choses fut établi légalement, la diversité des croyances religieuses ne put plus être un motif d'opposition politique contre le chef suprême de lErapire.
Il arriva bientôt que la plupart des princes protestants se divisèrent en deux camps bien tranchés. Nous employons, a6n d'être bref, celte expression protestants, pour désigner tous les acatboliques. bien que, dans Torigine, elle ne doive évidemment être appliquée qu'aux seuls partisans de Luther. La paix de religion d'Augsbourg excluait les réformés et les calvinistes : elle ne parlait que des catholiques et des sectateurs de la confession dWugsbourg. Aussi les luthériens montrèrent-ils plus d'ardeur que les catholiques pour maintenir intactes les clauses de celte paix en ce qui concernait les réformés. Les théologiens exaltaient leurs dogmes et , des deux côtés, ils s'appuyaient de Taulorilé de la Bible; quant aux princes, ils avaient autre chose en vue. L'électeur de Saxe, qui avait embrassé le luthéranisme, prenait ombrage de l'ambi lion désordonnée de 1 électeur
(i) Les individas étaient, au moins quant à la religion, privés delà protection de TEropereur. Ils devaient obéir aax princes et aux magistrats qui disaient : nous sommes protestants, nous sommes catholiques, donc dos pays, nos villes doivent embrasser le protestantisme, le catholicisme. Souvent le fils pensait autrement que le père. Les habitants du Palatinat furent forcés de changer trois fois en vingt ans. (Kote du traducteur.)
palatin, devenu ardent calviniste. Le premier se rapprochait de l'Empereur; le second cherchait un appui à l'étranger. Ce fut avec joie que l'électeur palatin et le landgrave de Hesse-Cassel prêtèrent l'oreille au roi de France qui cachait son plan secret , le démembrement de TEmpire et de la nation allemande, sous les phrases sonores de république chrétienne, de paix perpétuelle, et qui leur promit à eux, ses amis et serviteurs, quelques morceaux du grand butin.
Le couteau de Ravaillac déchira ce plan. Mais le parti qui en avait espéré la réalisation, continua d'exister en Allemagne et l'ambition de ses fauteurs s accrut à mesnre qu'ils remarquaient moins d'habileté ou de puissance morale dans les chefs qui auraient dû refréner leurs désirs. L'électeur palatin conçut le projet d'anéantir, sous prétexte de religion, les formes de l'Empire, de morceler TAllemagne, de déchirer politiquement la nation, de supplanter complètement l'Empereur, à l'élection duquel il avait concouru, auquel lui-même avait juré foi et hommage, ou de se placer vis-à-vis de lui, au sein de l'Empire, comme chef du parti protestant.
Ce projet de l'électeur calviniste rencontra de toutes parts une vive opposition. Ce n'étaient pas seulement les catholiques, mais bien les luthériens eux-mêmes qui s'en offusquaient. Le prince-électeur de Saxe , soutenu par le prédicateur de la cour, Hoe de Hœnegg , s'en montra vivement froissé. Les sermons des théologiens luthériens de Wittenberg et de Tubingue respirèrent plus d'ardeur, voire plus de fougue que ceux des théologiens catholiques de Vienne. Le jour oii la nouvelle de la victoire des
armes impériales au Weissenberg, près de Prague, arriva à Berlin, fui un jour de joie et de réjouissance publique. Frédéric, qui s enfuit auprès de son beau-frère, le princeélecteur de Brandebourg, ne fut ni accueilli ni traité avec honneur : la population de Berlin avait destiné à ce roimendiant calviniste une réception beaucoup plus dure (1).
Les mêmes sentiments se manisfestèrent dans tous la^ pays. Le bourgeois allemand ne se laissa pas aveugler par un prétexte quelconque de religion. Il ne crut pas que sa croyance luthérienne fût incompatible avec sa fidélité envers l'Empereur pour lequel il priait, tous les dimanches, dans son temple.
Le palatin, cependant, ne cessa pas de redoubler d'efforts. Toutefois ses démarches et ses peines aboutirent à un résultat négatif : le rêve d'une dissolution politique de TEmpire, sous prétexte de religion et avec le concours de l'étranger, fut complètement perdu pour lui.
C'est alors que le roi de Suède, Gustave-Adolphe, parut sur la scène. Il reprit le projet de l'électeur palatin et déploya, pour en venir à bout, une habileté rare alliée à une admirable énergie. Les circonstances, il est vrai, étaient des plus favorables. La cupidité de Wallenstein et les déprédations de ses bandes, avaient aigri au plus haut point tous les Allemands. En outre, VEmpereur venait de publier ledit de restitution, par lequel il réclamait un grand nombre d'évéchés et d'abbayes. De là, fermentation dans toutes les classes de l'Empire, aussi bien parmi les catholiques que parmi les protestants : les premiers étaient exaspérés plutôt à cause de
(1) CosMAR, Schwarzenberg, p. 399.
ET LA NATION ALLKMANIïK.
Walleostein , les seconds plutôt à cause de l'édil de restitution.
Ces événements profitaient dans une large mesure à Gustave- Adolphe ; mais sa propre perspicacité le servait plus encore. Cependant, remarquons-le, bien qu'il fit prêcher une guerre de religion, il n'obtint, pendant les quinze premiers mois qu'il passa sur le territoire allemand, aucun succès notable. Lorsque, à Elfsnabben, il monta sur la flotte appareillée, le duc de Poméranie , Bogislav, et les États lui députèrent des envoyés chargés de lui porter un message par lequel ils suppliaient le roi de vouloir bien leur épargner Taffranchissement qu'il leur avait promis (1). On parla partout clans le môme sens. Personne n'avait appelé le roi de Suède : personne ne lui souhaita la bienvenue. Ni les Poméraniens , ni les Brandebourgeois , ni les habitants du Mecklembourg ne firent rien pour lui spontanément. Aussi écrivit-il, en juillet 1631 , une lettre secrète dans laquelle il se plaignait amèrement de ce que ses gens fussent forcés de vivre de rapine et de vols indignes (2).
La bataille de Brettenfeld fut le premier événement cjui modifiâtes sentiments en faveur de Gustave- Adolphe. Elle donna à l'appel de la guerre religieuse ce caractère de légitimité que procure souvent le succès et , pour la première fois, la peur des canons arracha aux Allemands ce cri forcé : Il y va de la religion !
Le but du roi de Suède , qui ressort de l'ensemble des événements avec une certitude irrécusable, il l'avait lui-
(1) CBKimiTZ, Guerre de Suède, 1, 55.
(2) Gbijei, Histoire de Suède, UI, iU.
même révélé sans détours aux patriciens de Nuremberg (1 ). Le succès de ses armes n'en était pas la cause. Le roi Tavail mûri à Stockholm et il le poursuivait avec une dextérité merveilleuse jointe à cette entente pratique des affaires dont il fît preuve plus tard dans chacun de ses pas en Allemagne. «La première et la dernière fin de toutes les négociations, disait-il, est d'obtenir un nouveau chef évangélique; l'avant-dernière , d'arriver à une nouvelle organisation entre les Etats évangéliques et ce chef (2). Le moyen pratique d'y parvenir, c'est d avoir la conduite générale de la guerre ; celui qui dispose d'une armée dispose de tout, si, d'ailleurs, il sait aller droit au but. »
Le boulet qui emporta Gustave-Adolphe à la bataille de LUtzen , mit de nouveau fin à ce projet. Le plan d'une séparation politique de l'Empire allemand par l'appel à la guerre de religion et avec le secours de la France sembla perdu, jusqu'à ce qu'il plût à une main habile de le reprendre. La France et la Suède n'avaient autre chose en vue que d'extorquer aux Allemands de l'argent pour enrôler des mercenaires Allemands , et de détacher de rAllemagne, au prix du sang allemand , autant de provinces qu'il serait possible ; puis , de changer la constitution de FEmpire , de façon à trouver , dans un temps donné, le terrain préparé pour de nouvelles acquisitions.
C'est avec de telles dispositions que ces deux puissances firent la paix de Westphalie. Elle tendait le plus possible à paralyser l'action des forces unies de l'Empire, à affaiblir la puissance impériale, à faciliter aux princes
(1) Breier, Documents pour servir à l'histoire de la guerre de Trente ans, p. 207.
(3) SOELTL, Guerre de religion, HI, 375.
le chemin du pouvoir absolu. Voilà pourquoi les Français et les Suédois ne voulurent pas conclure la paix en l'absence des représentants des princes Allemands, et ils firent si bien qu'ils l'emportèrent : les princes furent convoqués. On leur accorda le droit de conclure des alliances selon leur bon plaisir, avec la réserve fort élastique que ces alliances ne pourraient être dirigées ni contre l'Empereur ou l'Empire, ni contre le serment par lequel ils s'étaient liés envers l'Empereur. Les droits de ce dernier furent tellement écornés que désormais il ne put plus être question d'un gouvernement de lEmpire proprement dit. L'administration intérieure passa entièrement aux souverains du territoire. Les Français et les Suédois osèrent espérer que les princes Allemands ne s'arrêteraient pas en si bon chemin et ils n'attendirent qu'une occasion favorable pour les aider à marcher en avant. Ils allèrent jusqu'à rêver qu'à chaque nouvelle élection , les princes imposeraient au chef de l'Empire des conditions nouvelles ; conditions qui auraient pour effet de les rendre plus indépendants et vis-à-vis de l'Empereur et vis-à-vis de leurs sujets. L'Empereur étant le protecteur naturel des États contre le despotisme des princes, si ces derniers parvenaient à s'affranchir de la suzeraineté de l'Empereur , ils n'en pourraient que plus sûrement écraser les États. Ce n'était plus guère difficile. Durant la sombre horreur de la guerre brutale de Trente ans, toute force morale avait été brisée, toute spontanéité étouffée. Cependant, ni la paix elle-même, ni l'ordre de choses qui naquit de la nouvelle constitution de l'Empire, n'amenèrent un dualisme au sein de l'Allemagne. L'oppo-
silion religieuse qui régnait entre les catholiques , les luthériens et les calvinistes, compris les derniers dans la paix, contribua puissamment à paralyser TEmpire, sans parvenir encore à le déchirer. Sans doute, il y avait au sein de l'Empire une association évangélique dont l'électeur de Saxe était le chef. Puis naissaient des querelles pour des objets qui pouvaient avoir une certaine importance, mais qui le plus-souvent n'en avaient point. Toutefois ces chicanes , — les discussions futiles ne méritent pas d'autre nom , — se bornaient aux princeset aux Etats : elles n'étaient pas dirigées contre la Maison impériale. D'autre part , il faut bien l'avouer , les électeurs et les États catholiques n'étaient pas toujours plus dévoués , plus fidèles que les protestants. Après la mort de Ferdinand in, ce ne furent pas les électeurs catholiques, mais bien les princes de Brandebourg et de Saxe qui poussèrent à l'élection de Léopold ; les autres avaient jeté les yeux sur le roi de France. Les princes de Brandebourg et de Saxe l'emportèrent, et la maison de Habsbourg demeura en possession de la couronne impériale. Peu de temps après, cinq princes catholiques, et, parmi eux, quatre ecclésiastiques, se firent un devoir de courir aux armes pour aider le roi de Suède, — un protestant, — à maintenir sa domination sur les évôchés sécuralisés de Brème et de Verde (1). Néanmoins ces sortes d'alliances varient ; elles se tournent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Nous voyons donc une fois de plus qu'à ce moment la diversité des croyances religieuses n'avait pas encore engendre un dualisme permanent.
(!) LONDORP, ActapubHca, VIH, 417, sqq.
Cependanl , au point de vue politique , les affaires étaient conduites de façon à affaiblir le plus possible la puissance impériale : ce but, la Suède et la France l'avaient signalé aux princes comme devant leur procurer des avantages immenses. La raison en est simple. D'abord TEmpereur, en s'attachant étroitement les Landsstànde (1), n'aurait pas eu de peine à rétablir, sur des bases plus solides, l'unité de pouvoir. Entre ces corps éminemment conservateurs et le chef de l'Empire , il existait une communauté naturelle d'intérêts , dont les effets se manifestent partout , jusqu'au milieu des horreurs de la guerre , quand le cliquetis des armes des mercenaires n'étouffe pas les voix. A l'issue de la guerre, les princes, plus logiques qu'ils ne l'avaient été jusque-là, cherchèrent à dominer complètement les États des pays et les magistrats. Mais comment les réduire? A l'aide des mercenaires. Et , encore un coup , comment payer ces mercenaires? On extorquerait de l'argent aux Etats. Or, un décret de l'Empire imposait aux États la nécessité d'accorder des subsides pour l'entretien de forteresses et de garnisons ; en d'autres termes , de donner bénévolement aux princes le moyen d'entretenir une armée permanente. Les Etats comprirent la portée de ces exigences. Ils ne craignirent pas de recourir à la protection de l'Empereur et d'invoquer les tribunaux. C'était marcher tout à fait à rencontre des intérêts des
(1) U y avait les Landstànde elles Reichsstànde. Les premiers se composaient des membres de la noblesse et des députés des villes de pays (ou mêdiaies). Les seconds se composaient des princes et des magistrats des villes libres (ou immédiates). {Note du traducteur.)
14 FRÉDÉRIC II, ROI l)K PRISSE,
princes. C'est pourquoi ces derniers imposèrent à Léopold I®^ comme condition de son élection, de débouter, le cas échéant, les Etats de leur demande, et de les astreindre à l'obéissance vis-à-vis de leur seigneur territorial. Les princes-électeurs allèrent plus loin : ils stipulèrent qu'il leur serait permis , en vertu de leurs droits traditionnels, de gouverner malgré leurs sujets et de les ramener à l'obéissance, s'ils s'en écartaient. Enfin, leurs prétentions allèrent jusqu'au point de vouloir être libres d'exécuter ou non les mandats que les tribunaux, sur les instances pressantes de leurs sujets, auraient pu leur imposer (1).
Léopold refusa longtemps d'accepter de pareilles conditions. Mais la couronne impériale ne pouvait s'obtenir qu'à ce prix : pour la ceindre, il fallait s'exécuter.
Les empiétements des princes sur l'autorité de l'Empereur comme sur les droits de leurs sujets furent continuels. Ils restreignirent les droits du chef de l'Empire d'un traité à un autre, et dans la mc^me proportion, enlevèrent à leurs sujets la protection du tribunal suprême. Il ne resta à l'Empereur, de môme qu'aux autres princes de l'Empire, d'autre gouvernement réel que dans ses États héréditaires. Il était juste et naturel qu'il leur consacrât une sollicitude toute particulière, tandis que, dans le reste de TEmpire , oîi on lui suscitait toutes sortes d'obstacles, il restreignît son action et ne déployât aucune activité forte et élevée. Mais , par suite de ce système , les liens de l'Empire se détendirent de plus en plus.
(1) LoNDORP, Actopii6/ûra, VI I, 343.
Il est (le la plus haute importance de remarquer que ce n'était pas tel ou tel prince , isolé dans son action , qui agissait ainsi ; beaucoup d'électeurs, dont les intérêts étaient, sous d'autres rapports, des plus opposés, prenaient les m(?mes attitudes. État de choses déplorable , mais le même partout : aussi bien dans la Marche de Brandebourg, que dans la Souabe ou dans les provinces Rhénanes. Et toutefois, répétons-le, il n'existe pas encore de dualisme politique. Aucun prince n'est si puissant qu'il puisse seulement songer à vouloir figurer, comme souverain , à côté des Habsbourg. Partant la possibilité de l'union existe encore. C'est par l'intervention de puissances étrangères dans les affaires de l'Allemagne, c'est par l'argent étranger et par la guerre des mercenaires que l'unité de l'Empire a reçu des atteintes; que le pouvoir de l'Empereur, et par cela môme le droit de chaque Allemand en particulier, est amoindri. Mais ce ne sont encore là que de légères fissures, et on ne voit pas qu'une fente plus large soit sur le point de déchirer le vaste corps de l'Empire. La plaie a été faite par l'intervention étrangère : il est donc encore possible qu'elle se referme par une force intérieure.
Car enfin, au milieu de cette situation misérable de l'Empire, il restait encore maints liens qui rappelaient à la nation, — si j'ose encore me servir de ce terme, — son ancienne communauté d'intérêts et son unité d'origine. Malgré toutes les restrictions qu'ils avaient mises à l'élection de l'Empereur, les princes, cependant, prêtèrent le serment ordinaire de fidélité. L'Empereur demeurait le principe de toute juridiction . sur cette
pierre angulaire reposait, en dernière analyse, le droit de possession de chaque Allemand. Le notaire, qui passait un contrat, le faisait en vertu du pouvoir suprême de l'Empereur. Dans toutes les classes de la population, jusque dans les plus infimes , Thabitude de parler de l'Empereur était entretenue dune manière durable et vivace par la prière que Ton récitait pour lui , le dimanche, dans les églises de toutes les croyances. Le laboureur des bords de la mer Baltique et de la mer du Nord comme le paysan des vallées alpestres priait, tous les dimanches, avec son curé, suivant le commandement de Tapôtre, pour TEmpereur qui était son autorité souveraine, ainsi que l'autorité la plus élevée de la terre. Car, à cette époque, la primauté d'honneur était encore décernée à l'Empereur par toutes les nations. Enfin, les cérémonies mêmes de la Diète impériale, ces cérémonies si longues, et, il faut bien le dire, si puériles, contribuaient à faire ressortir la dignité dont l'Empereur était revêtu, et elles révélaient avec la dernière évidence combien le nouvel élu, tout chef qu'il fût d'un Empire ébranlé, l'emportait sur les autres membres de l'assemblée.
Ces mêmes dispositions se manifestaient encore dans la volonté de l'Allemagne de maintenir l'homogénéité de l'Empire dans ses relations avec l'extérieur. A l'est comme à l'ouest, TEmpire avait à craindre des ennemis dont les chefs exerçaient un pouvoir absolu et qui partant étaient toujours prêts à la guerre. Les États héréditaires de l'Empereur étaient le boulevard de l'Empire non moins que de la civilisation chrétienne de l'Occident
contre les disciples de Mahomet; aussi, ce ne fut pas en vain que TEmpereur fit un appel à ses peuples pour la protection de ses États héréditaires et par là môme de tout TEmpire. Les armées de Brandebourg, de la Basse- Saxe et de la Souabe renouvelèrent à l'Empereur et à TEmpire le serment de fidélité et volèrent au secours de Vienne assiégée. Ils combattirent encore pour la môme cause, sur les bords du Rhin, contre le dévastateur dont la cruauté surpassait celle des Turcs. Les Allemands différaient entre eux d'après les branches distinctes auxquelles ils appartenaient. Maiscettediversité n'engendrait pas un antagonisme réel, une haine de peuple à peuple, un état d hostilité permanente du Nord contre le Sud. On maintint une foule de formes que l'époque postérieure regretta amèrement. Pour sauver l'Empire, il ne manquait qu'une chose : le sentiment vif et profond de la nationalité dans toutes les classes de la société allemande. Une famille, moralement et intellectuellement affaiblie, lutta péniblement contre les destinées matérielles de la vie. Toute impulsion vigoureuse semblait arrêtée.
18 FRÉKÉRIC II, ROI OE PRUSSK,