CHAPITRE X
Rapports du roi avec la reine; avec ses ftrères. — Son entourage à Sans- Souci. — Son penchant pour les théâtres et les chiens. — Son activité infatigable. — Genre de son administration multiple. — Diligence des procédures. — Efforts pour se détacher de TEmpire. — Prière pour l'Empereur. — Rupture successive de ses sujets d'avec TEmpire. — Activité littéraire du roi, comme poète , comme historien. — De la religion et de TËglise.
Le roi habite, au somndet d une colline, qui s élève près de Potsdam en forme de terrasse, un château à un seul étage et d'apparence médiocre, auquel on a donné le nom de Sans-Souci. Nous sommes encore au temps oii il se décerne le titre de philosophe. Plus tard, nous verrons le nom de solitaire alterner avec celui de philosophe, jusqu'à ce qu'il finisse par l'emporter complètement sur ce dernier. Déjà, depuis longtemps, le roi s'était affranchi de tous les liens du sang et de la parenté.
Après la mort de son père, il assigna à sa femme Schœnhausen pour résidence. Une seule fois dans sa vie, il y était entré; quant à la reine, elle n'avait jamais vu l'habitation de son époux. Cependant, ils échangeaient une correspondance, froide et acerbe de la part de Frédéric, affectueuse et digne du côté de la reine. Une des
lettres les plus horribles qu'ait écrites le roi à sa femme est datée du camp de Soor, en 1745. Un jeune frère de la reine, à peine âgé de 20 ans, venait de périr au service de Frédéric. La lettre porte ce qui suit : « Madame, vous saurez apparemment ce qui s'est passé avant-hier. Je plains les morts et les regrette. Mes frères et Ferdinand se portent bien. On dit le prince Louis blessé. Je suis, avec bien de l'estime, etc. (1). » — « Je suis accoutumée à ces manières, écrit la reine à son frère Ferdinand; inais cela ne laisse pourtant pas que j'y sois sensible, surtout dans une occasion pareille, où un de mes frères a terminé sa vie dans son service ; c'est trop cruel d'avoir ces manières. »
Qu'avait donc fait la pauvre femme, qui, dans son inexpérience de jeune fille, et obéissant à la voix de son père, avait cru vrais les discours que le prince héréditaire, par soumission ou par crainte pour son père, lui avait débités et écrits, et, dans cette illusion, qui n'était pas de sa faute, lui avait juré fidélité? Frédéric ne lui a jamais fait de reproches, ou peut-être ne put-il jamais lui en lâire. Il le voulait ainsi. Cependant ils entretenaient des rapports de correspondance : du côté de Frédéric, les lettres se suivent toujours glaciales, uniformes, impérieuses. Que l'on compare maintenant une lettre, une seule de celles que l'épouse si souvent froissée et douloureusement avilie lui écrivit, au mois d'août 1756, en apprenant les préparatifs de son départ pour une nouvelle guerre, et qu'on lise ensuite la réponse du philosophe (2).
(1) OEuvres, XXVI, p. 23.
(3) Ibid., p. 28
FRlftD. II. ^*i
La reine dit : « C'est en souhaitant que vous jouissiez d'une santé parfaite que j'écris celle-ci, charmée d'avoir eu le bonheur de vous voir bien portant, mais le cœur bien sensible et bien chagrin, quand je pense que peutc^tre on aura le chagrin de vous voir partir pour plus loin; je n'ose y penser. Dieu veuille vous conserver et donner dans peu la paix et la tranquillité, et couronner de gloire et de bonheur toutes vos louables entreprises, et que le tout se change pour votre satisfaction ! Ce sont les vœux bien sincères qui partent d'un cœur tout attaché et dévoué à vous, et plein d'une amitié tendre et sincère, mais aussi bien pénétré de douleur et d'affliction, quand je pense que peut-être nous vous voyons de nouveau bientôt affronter les dangers ; je n'ose y penser sans une douleur mortelle. Pardonnez que je vous importune par mes plaintes et lamentations ; mais j'en ai l'esprit si rempli et le cœur si pénétré, que cela l'a emporté sur le silence auquel je m'étais vouée; et comme à l'unique qui cause mes craintes, j'ose bien décharger mon cœur, et vous 6tes trop gracieux pour ne point me le pardonner et entrer dans ma juste douleur.
(( Je me recommande dans l'honneur de vos bonnes grâces et bienveillance, qui suis avec le plus parfait attachement, entier dévouement et toute la tendresse imaginable, etc. »
Le roi lui répoud : « Madame, de nombreuses occupations m'ont empoché jusqu'ici de vous écrire. Par conséquent, je vous adresse cette lettre pour vous faire mes adieux et vous souhaiter une bonne santé, ainsi que des jours heureux au milieu dos agitations qui commencent à se lever. Je suis, etc. »
On le voit, la faute de son isolement ne tenait pas à celle dont le droit et le devoir étaient de se tenir à ses côtés, durant les luttes et les épreuves de sa vie. Qu'on ne nous réponde pas que cet état de choses se borna à quelques personnes, qu'il n'influa pas sur le sort de toute la nation.
Nous avons déjà fait remarquer, et nous le verrons encore plus loin , que la volonté personnelle du roi décida non-seulement du sort des millions d'hommes qui lui étaient soumis, mais encore de celui de plusieurs autres pays.
Frédéric entretenait les mêmes rapports de froideur et de méfiance avec tous ceux auxquels les liens du sang le rattachaient. Déjà, pendant les premières années de son règne, la défiance contre l'héritier du trône, défiance traditionnelle dans sa maison, commence à germer dans son cœur (1). En Tannée 1747, il compare son frère Guillaume au roi Henri IV et conclut avec ces mots de Voltaire :
« Le héros vertaeux se cachait à lai-même
(( Qae la mort de son roi lai donne an diadème. »
Guillaume répond : « Je me fais un plus grand honneur de vivre sous Vos lois, que d'avoir la gloire de devenir peut-être votre successeur. » Ces mots semblent lui avoir paru trop forts, car il ajoute : « Soyez assuré, mon frère, que ces paroles sont l'expression fidèle de mes sentiments. » Le roi , qui venait d'écrire à son frère le mot de Voltaire, a-t-il
(1) OEuvreê, XXVI, p. M.
ajouté foi à cette assurance? Les frères se tenaient le plus possible éloignés l'un de l'autre et évitaient toute occasion de se trouver ensemble. Cette froideur continua jusqu'au commencement de la guerre de Sept ans, quand la discorde éclata ouvertement, par suite d'une faute réelle ou supposée de la part du prince Guillaume Cependant, ce n'était pas seulement la défiance contre l'héritier du trône qui éloignait le roi de ses parents; ses relations avec son plus jeune frère Henri étaient absolument les mêmes. Frédéric lui écrit en 1746 (<) : « Mon cher frère, nous n'avons point de reproches à nous faire : Nous nous montrons réciproquement la même froideur et, puisque vous le voulez ainsi, je suis content. » Ensuite, ils vivent six mois dans la même maison, sans se voir et sans se parler. Pendant ce temps, Henri sollicite par écrit la permission d'entreprendre un voyage militaire. Le roi refuse.
Les relations que Frédéric entretient avec ses sœurs sont également froides et mesurées. On a prétendu qu'il en était autrement de ses rapports avec la margrave de Baireuth. Seulement, dans ses Mémoires, la margrave s'exprime difleremmenl. On a dit que ces Mémoires avaient probablement été écrits pendant le temps de froideur qui régna entre frère et sœur. Cela est possible. Seulement reste la question de savoir pourquoi la margrave, qui a vécu de longues années encore après cet état de froideur, n'a pas effacé ou tout au moins atténué le portrait qu elle avait fait de son frère? Pouvons-nous
(1) OEuvres.WW, p. 153.
supposer que le portrait que nous possédons ait été adouci? Nous ne le savons pas. Pour nous, ces Mémoires ne contiennent pas la vérité pure, mais la vérité telle qu'elle se fait jour dans l'âme de la margrave. Voilà pourquoi nous faisons abstraction du jugement quelle a porté sur son frère, et nous nous contentons de celui que les événements ont rendu certain et irrécusable.
Le roi vit à Sans-Souci. Là, personne ne. l'entoure, hormis la société qu'il s'est choisie lui-raôme et qui, dépendant de lui, ne peut avoir d'autre volonté que la sienne. Celte société se compose avant tout de Français, qu'il appelle philosophes. Un des principaux, de la première époque, est La Mettrie, qui semblait vouloir appartenir à l'école des cyniques et des hédoniques. Il est mort d'une plaisanterie, dit Frédéric, parce qu'il a mangé tout un pâté de faisans. La Mettrie, dit-il plus loin, est regretté de tous ceux qui l'ont connu. Il était d'humeur joyeuse, bon diable, bon médecin et mauvais écrivain (1 ). Au fond , Frédéric semble avoir été le seul qui l'ait regretté. Il composa son éloge et le fit lire en pleine Académie.
Un autre de ces philosophes était Voltaire. Le roi avait enfin réussi à attirer à lui, à avoir journellement à ses côtés, sous le même toit que lui, cet homme qu'il avait depuis longtemps accablé de l'encens de ses louanges, d'autant plus exagérées qu'elles partaient de plus haut.
Les deux philosophes se supportaient très-mal. Mais
(1) OEuvres, XXVU, I, p. 203.
à quoi bon revenir sur des détails qui ont été décrits tant de fois? Les disputes entre le roi et Voltaire allaient trèsloin. Frédéric lui donnait en face des noms tels que l'on peut à peine les imaginer. Il le disait mûr pour les chaînes et les travaux forcés, et, dans des lettres à sa sœur, également pour le gibet et la roue (<). Cependant, les deux philosophes ne se devaient rien. Dès que Voltaire était assuré que le bras du roi ne pouvait plus Tatteindre, il dépeignait celui-ci comme mûr pour Sodome et Gomorrhe (2). Quelques années plus tard, quand les injures réciproques eurent cessé, ils recommencèrent à s'admirer et à s'encenser de plus belle, et Voltaire déclara que ce qui s'était passé n*était « qu'une querelle d'amants. »
Le cercle qui avait autrefois entouré le prince héréditaire à Rheinsberg, s'était dissous depuis longtemps. Quelques-uns des membres étaient morts, comme Jordan. D'autres s'étaient retirés, pour se mettre à l'abri de rhumeur changeante du rpi et entretenaient de loin une correspondance avec lui. Le théâtre comptait encore au nombre de ses délassements. Il va sans dire que la troupe n'était composée que de Français. Mais ces derniers ne trouvaient pas leur compte avec ce roi mesquin. Us lui causaient bien des tracasseries, surtout parce que là aussi (3) il voulait tout faire lui-même et
(1) OEuvres, XXVII, p. 226. Avril 1733.
(2) Vie privée; Dohm (V. 227) voudrait la faire passer pour non authentique ; mais Preuss (V. 1 , 255) présente des observations qui mettent la probabilité de son côté.
(3; OEuvreg, XXVII, 3, p. 143.
être son propre intendant. « La troupe des histrions est comme la mer, s'écrie-t-il d'un ton fâché. Elle recueille une infinité de fleurs et n'en devient jamais plus pleine ou rassasiée. « C'est alors probablement que naquit, parmi cette sorte de gens, le proverbe : travailler pour le roi de Prusse. Par contre, le roi faisait à leurs représentations l'honneur de les apprécier parfaitement. On le voyait souvent pleurer amèrement au théâtre.
Car il n'était pas entièrement dépourvu de sentiment; seulement le sentiment, chez lui, avait pris une direction étrange. Il aimait ses chiens et leur mort l'affligeait profondement. En décembre 1731, il écrit à sa sœur, la margrave de Baireuth : « J'ai un deuil domestique, qui a entièrement dérangé ma philosophie. Je vous confie toutes mes faiblesses : j'ai perdu Bichey et sa mort a renouvelé en moi la perte de tous mes amis, de celui surtout qui me l'avait donné. J'ai été honteux qu'un chien ait si fort affecté mon âme ; mais la vie sédentaire que je mène et la fidélité de cette pauvre bête m'avaient si fort attaché à elle, ses souffrances m'ont si fort ému, que, je vous le confesse, j'en suis triste et affligé. Faut-il être dur? Doit-on être insensible? Je crois qu'une personne capable d'indifférence })Our un animal fidèle ne sera pas plus reconnaissante envers son égal, et que, s'il faut opter, il vaut mieux être trop sensible que dur. Voilà, ma chère sœur, comme je suis le sophiste de mes passions, et comme je me déguise à moi-même mes faiblesses. 11 faut bien peu de chose pour déranger notre raison, et le sentiment est en nous toujours plus fort que le meilleur syllogisme. Après tout, on ne saurait se
^^ " ^Ê^ * it.SLJ^C.^EJ^^ Â « • Bin^V ^^L- ^iM'^'TCnlL-^
refciDdre . el qcaiid mêiDe oo panrieodrait en soi à ^-i^toidre aoe [OâârjD. ao^itdc il en renaît ooe antre qui b reiDpbce. Je lis les Réflexions de Temperear Marc-Antonin poor me fortifier lime, et je trooTe an c/>risr>btear plas affligé qoe mcM-méme. qui traite les bofumes comme s ils n'avaient point de partie animale ni de sensations, et f en reviens à Êpicare I . •
Vers la même époqoe. le roi déploie one activité extr^-me et sans relâche. Qoelqoe sii^lier qœ paisse ^'tre son désir d'être lame de son État, one espèce de \ ice-Diea sar la terre, on ne peut méconnaître qu'il fit de grands efforts pour changer ses paroles en autant de réalités. Sa journée est divisée en heures du matin jusqu'au soir. Il est le maître de tous .ses moments, et tout son entourage sait exactement à lavance ce que le roi fera à telle ou telle minute du jour. Cest un exemple que peu de rois ont donné, et auquel peu d'hommes peuvent atteindre, même ceux dont la seule volonté décide de l'ouvrage qu ils exécuteront.
On jugera peut-être différemment , quant aux tendances de cette autocratie. Ce n étaient pas seulement des grandes affaires de TÉtat que le roi s'occupait spécialement, ou les rapports avec Tétranger qu'il dirigeait seul et de son propre chef, il ne formait pas seulement à lui seul tout son ministère pour chaque branche des affaires intérieures : il s'intéressait aux détails les plus insignifiants et souffrait qu on I en importunât. Cela avait lieu surtout de la part dos officiers, pour lesquels
'\) O^wmv, XXVII, 1. p. 304
il éprouvait une sollicitude toute particulière, parce qu'il les considérait comme les colonnes d'un État militaire. Ils lui faisaient part des souffrances que leur occasionnait la « croix conjugale, » de leurs querelles avec des Juifs pour des bijoux, de leurs dettes ; ils lui racontaient les folies de leurs fils dépravés, et attendaient du roi secours et conseils pour leurs ennuis domestiques (1). Le moindre de ses sujets avait la permission de s'adresser au roi pour lui expliquer ses difficultés et pouvait s'attendre à une réponse. Au fond, cela avait lieu plus souvent en apparence qu'en réalité, car, en règle générale, le roi se contentait de donner ces requ^^tes ou ces plaintes aux fonctionnaires qu'il avait commis à cette fin. Seulement, dans Tesprit du peuple, on cultivait l'idée que loreille du roi était ouverte à toutes les plaintes. Mais là où ces plaintes venaient heurter les principes chéris du roi, on ne devait jamais espérer une réponse favorable. Le ministre Cocceji avait, en raison de ses mérites, pu obtenir la permission de faire venir de la bierre de Zerbst ; un autre ne pouvait pas s'attendre à une pareille faveur.
Le zèle du roi ne se ralentissait jamais, quand il s'agissait d'atteindre un but qu'il jugeait avantageux. Il voulait que la marche des procès fût accélérée et exigeait prompte justice. Il faisait des efforts incessants jusqu'à ce qu'il eut obtenu ce qu'il désirait. L'ardeur et l'empressement qu'il fallait y mettre pouvaient être préjudiciables à l'efficacité des instructions, il est vrai; mais toujours
(1) Preuss, Urktindenbuch, 1, 89, 93, 97, 217, 222.
est-il que Ion doit reconnaître sa bonne volonté, du moins, quand cette bonne volonté ne tendait qu'au bienêtre de ses sujets et n'avait pas quelque but accessoire . En effet, le règne de Frédéric n'a, jusque dans ses moindres actes, qu un seul but essentiel, celui de se détacher des liens de l'Empire. L'Empereur était encore, d'après la constitution de l'Empire, la source de toute juridiction. Frédéric-Guillaume 1*' n'avait pas éprouvé sans un profond dépit, que lui, monarque souverain en Prusse, devait se justiûer des plaintes de ses sujets devant le tribunal de l'Empire. Il éprouva encore avec non moins de chagrin, non seulement qu on lui donna tort, mais que mc^me on prononça contre lui 1 exécution ordinaire. Cela n arriva passons Frédéric II. Une partie de ses pays jouissait du soi-disant privilège de non apellando, en vertu duquel les habitants de ces pays ne pouvaient porter des plaintes contre l'électeur et le margrave devant les tribunaux de 1 Empire. Frédéric étendit ce privilège, sous forme de défense, à tous ses pays allemands. 11 défendit à ses sujets de s adresser aux tribunaux de 1 Empire. Ils ne leur permettait d'obtenir justice que devant ses propres magistrats. Voilà comment une des colonnes les plus vénérables de TEmpire allemand fut renversée sans bruit et sans fracas. I..es sujets de Frédéric obi^renl. Mais pouvaient-ils faire autrement? D'un côté, l'esprit de servilisme, la crainte du roi les ptiralys^ùent : de l'autre, les corporations des États, autrefois si puissantes, n étaient plus que des ombn^s. Penilanl le Ions: ro^ne de Frédéric, on s'habitua à ivt elal de choses, el l'on finit par croire qu'il n en avait jamais ete autrement .
ET LA NATION ALLEMANDE. 2o5
Il y avait encore autre chose. Le souvenir des liens qui attachaient le peuple allemand à VEuipircctà son chef, se renouvelait tous les dimanches dans son esprit, au moyen de la prière que le curé ou le pasteur, d'après les préceptes de la Bible, adressait à Dieu pour l'autorité suprême de l'Allemagne. Cela devait être changé, le nom de l'Empereur devait s effacer de la mémoire du peuple , mais prudemment , afin de ne point rencontrer des diflicultés. Le 24 mai I7o0, le roi donna au ministre de Dankelman, l'ordre de cabinet qui s'y rapportait. On conduisit les choses, en effet, avec prudence. Ce furent tout d'abord les pasteurs de la campagne et des petites villes à l'est du Weser qui omirent la prière du dimanche pour l'Empereur. Quand les paysans et les petits bourgeois de ces parages s'y furent accoutumés, on passa tout doucement aux plus grandes villes, dans les pays à l'ouest du Weser. Le roi ne donna jamais des ordres réels ; la chose devait se passer en silence et rester inaperçue, car, en cas de réclamation, on voulait pouvoir ignorer le fait. De cette façon, on habitua cette partie de la nation allemande à l'idée qu'il n'y avait plus d'Empereur, et la jeune génération ne connaissait de chef suprême sur la terre que le roi. C'était dans son genre un chef-d'œuvre politique qui ne coûta ni hommes ni argent, et qui fut néanmoins d'un effet incalculable. Désormais, les sujets du roi de Prusse n'avaient plus rien à démêler avec l'Empire et l'Empereur. Frédéric voulait faire d'eux autre chose : ils devaient former une nation prussienne. Dç combien de succès ses efforts n'avaient-ils pas déjà été couronnés? Nous avons vu
comment, avant lui, on ne pouvait songer à créer un antagonisme entre les sujets prussiens et ceux de la Maison impériale et comment les premiers jugeaient sévèrement la guerre que le roi entreprenait dans son intérêt personnel. Deux fois, il avait triomphé du mécontentement général. La seconde guerre avait échoué comme guerre de conquête : il lui donna le nom d'une guerre défensive bien réussie. Beaucoup de sang avait coulé et beaucoup de gloire avait été acquise. 11 n'y a rien pour cimenter la désunion et la haine comme le sang. Le sang unit les habitants du Brandebourg, de la Poméranie, de la Prusse, contre la Maison impériale, et les sépara des sujets de celle-ci. Les uns et les autres n'avaient aucune cause de haine naturelle, ils se haïssaient pour ce qu'ils avaient fait. A cela s'ajoutait encore le vain fantôme de la gloire que le roi faisait miroiter à leurs yeux, en même temps que les avantages que la gloire devait rapporter. Frédéric avait inspiré à la noblesse le désir et l'amour de la guerre. Quel changement immense s'était opéré parmi ces hommes! Cent ans auparavant, ils n'auraient pas été en état de se défendre contre n'importe quel ennemi, que ce fût contre les bandes de brigands de Mansfeldt, ou contre l'armée mieux disciplinée de Gustave-Adolphe. Tout cela s'était modifié peu à peu jusqu'à ce que Frédéric II prononça cette parole décisive : « L'homme de naissance qui ne porte pas les armes, n'est qu'un misérable (i) ! » C'est dans ces sentiments qu'il fit instruire l'héritier du trône, afin qu'il entendît ces mots chaque
(1) Instruction à Borke pour V éducation du prince de Prune, 1751.
jour et apprît à les prononcer lui-môme. La direction à donner à ces a armes, » n*est pas douteuse, d'après rhistoire que Frédéric nous a laissée. Elles n'étaient pas destinées à se tourner contre l'est, ou contre louest, mais bien contre le sud. Frédéric pouvait compter qu'une troisième guerre de conquête ne ferait pas tant de mécontents que les deux premières. 11 travaillait encore d'une autre manière. Il était général et déployait, comme chef, une activité extraordinaire. Il écrivit un ouvrage spécial sur la tactique que les généraux seuls pouvaient voir, en donnant leur parole d'honneur qu'ils garderaient le secret. Frédéric leur interdit de le lire en présence de leurs domestiques. Ensuite, il faisait des vers. On s'est beaucoup moqué de lui à cet égard. Nous croyons que c'est à tort. Nous n'avons aucunement l'intention de nier que ses vers ne soient parfaitement longs et ennuyeux ; mais Frédéric dit très-souvent qu'il les faisait pour lui-môme et nullement pour le monde de la critique. Si l'on veut formuler un blâme, ce n'est pas au roi qu'il faut s'adresser mais bien à ceux qui ont extrait, pour lui, de chaque chiffon de papier qu'il noircit, une gloire éternelle. Toutes ces occupations n'épuisaient point l'activité du roi. Il trouvait encore le temps et les forces de se poser comme écrivain dans cette branche de la littérature, qui exige les efforts les plus assidus de l'intelligence humaine, c'est-à-dire l'histoire.
On fait souvent trop peu de cas des travaux historiques de Frédéric II. Nous ne voulons point parler de leurs qualités intrinsèques, de la valeur qu'ils ont en euxmômes, mais de l'importance qu'ils empruntent de la
position même du roi. Uénergie avec laquelle cet homme imprima, pendant quarante-six ans, sur tous les actes de son règne, le cachet de ses vues et de ses opinions personnelles, avec laquelle il revêtit en quelque sorte de l'uniforme prussien les sentiments de ses sujets, dont son opiniâtreté brisa les résistances, fut soutenue à un haut degré par ses travaux comme historien. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler quelques faits. Par suite du mépris avec lequel le roi Frédéric-Guillaume !•' traitait toutes les sciences, l'ignorance et la grossièreté étaient devenues telles, qu'en 1748 le grand chancelier écrit au roi qu'il éprouvait la plus grande difficulté à trouver un homme en état de devenir président d'une cour supérieure (1). « Ceux de la noblesse, dit-il, ne se sont plus appliqués aux éludes depuis trente ans, mais ils se sont voués au service militaire. Les bourgeois ont acheté leurs positions en payant des sommes pour la caisse des recrues et ne se sont pas, par conséquent, appliqués aux sciences solides. » .
Le nouveau roi, au contraire, se livrait avec ardeur à Tétude des sciences et des belles-lettres. Du temps de Frédéric-Guillaume, l'officier qui était au courant de la pratique militaire, et dont la compagnie ou le bataillon savait méthodiquement faire ses conversions et lirait avec aplomb, trouvait, dans le dédain des choses intellectuelles, presque un nouveau moyen d'avancement. Sous Frédéric II, il n'en fut plus de même. La connaissance de la littérature devint utile; non point, en vérité,
[\) Preuss, 1,521.
la connaissance de chefs-d'œuvre allemands : élucubrations pédantesques, écrites péniblement dans un style informe et traînant, mais bien celle des productions du génie français : toutes compositions à l'allure facile et dégagée, qui l'emportent de loin sur les recherches nébuleuses et diffuses des penseurs germaniques et qui ont dignement préparé le terrain des esprits, en attendant qu'il pût être travaillé par l'ironie de Voltaire et de ses satellites. Le roi lui-même était à la tête de ce mouvement. Rien nest donc plus facile que d'étudier ses tendances, en fait d'histoire, d'après les matériaux qu'il réunit de sa propre main. Il exposa hautement ses doctrines dans les deux circonstances qui, après la personnalité ou la famille, saisissent et émeuvent le plus puissamment le cœur humain : celles qui ont trait à la religion ou à la patrie. Rassemblons en peu de lignes ses opinions sur la première et, de peur de dénaturer sa pensée, laissons-le parler lui-même (1).
« L'établissement de la religion chrétienne a eu, comme tous les empires, de faibles commencements. Un juif de la lie du peuple, dont la naissance est douteuse, qui mêle aux absurdités d'anciennes prophéties hébraïques des préceptes d'une bonne morale, auquel on attribue des miracles et qui finit par être condamné à un supplice ignominieux, est le héros de cette secte . Douze fanatiques se répandent de l'Orient jusqu'en Italie; ils gagnent les esprits par cette morale si sainte et si pure qu'ils prêchaient; et, si Ton excepte quelques miracles propres à
(1) OEuwre», VU, 153. Avant-propos de l'Abrégé de V Histoire ecclésiastiqtte de Fleury.
ébranler des imaginations ardentes, ils n'enseignaient que le déisme. Cette religion commençait à se répandre dans le temps que Tempire romain gémissait sous la tyrannie de quelques monstres qui le gouvernèrent consécutivement. Durant ces règnes de sang, le citoyen , préparé à tous les malheurs qui peuvent accabler Thumanité, ne trouvait de consolation et de soutien contre d'aussi grands maux que dans le stoïcisme. La morale des chrétiens ressemblait à cette doctrine; et c'est Tunique cause de la rapidité des progrès que fit cette religion. Dès le règne de Claude, les chrétiens formaient des assemblées nombreuses oîi ils prenaient leurs agapes, qui étaient des soupers en communauté. Ceux qui étaient à la tête du gouvernement, d'autant plus soupçonneux qu'ils ne pouvaient se déguiser leur tyrannie, s'opposaient aux assemblées, aux conventicules , et à tout attroupement du peuple, par la crainte qu'il ne tramât quelque complot, et qu'un chef de parti audacieux n'arborât l'étendard delà révolte. Le zèle des dévots brava les défenses du sénat ; quelques fanatiques troublèrent les sacrifices du peuple et poussèrent leur pieuse insolence jusqu'à renverser les simulacres des dieux ; d'autres déchirèrent les édits des Empereurs ; il y eut même des chrétiens engagés dans les légions, qui refusèrent d'obéir aux ordres de leurs supérieurs. Delà, ces persécutions dont l'Église fait trophée; de là, le juste supplice de quelques chrétiens obscurs qu'on punit comme réfractai res aux lois de l'État et comme perturbateurs du culte établi. Il fallut bien que les chrétiens fissent l'apothéose de leurs zéla-
leurs. Les bourreaux païens peuplaient le paradis ; après ces exécutions, les prôtres recueillaient les ossements des suppliciés et leur donnaient une sépulture honorable. Il fallait bien qu il se fît des miracles à leurs tombeaux. Le peuple, abruti dans la superstition, honora bientôt les cendres des martyrs ; bientôt on plaça leurs images dans les églises; de saints imposteurs, enchérissant les uns sur les autres, introduisirent insensiblement Tusage de l'invocation des saints. Mais sentant que cet usage était contraire au christianisme, surtout à la loi de Moïse, ils crurent sauver les apparences en distinguant le culte de latrie de celui de l'idolâtrie. Le vulgaire, qui ne distingue point, adora grossièrement et de bonne foi les saints. Toutefois, ce dogme et ce culte nouveaux ne s'établirent que successivement, et ils ne parvinrent à leur perfection qu'après le règne de Gharlemagne , vers le milieu du ix* siècle... Durant l'adolescence de l'Église, pendant les premiers siècles, les puissants de l'Empire et ceux qui le gouvernaient étant païens, les promoteurs d'une secte encore obscure ne pouvaient avoir de pouvoir ; d'où il résultait nécessairement que le gouvernement de l'Église n'avait qu'une forme républicaine ; que, généralement parlant, les opinions n'étaient point gênées ; et que, malgré une variété infinie de sentiments, les chrétiens communiquaient entre eux. Ce n'est pas à dire que l'esprit obstiné de quelque prêtre ne soutînt opiniâtrement sa croyance et ne se roidît contre ses contradicteurs. Mais ce zèle se bornait à de simples disputes, et comme ces ecclésiastiques manquaient de puissance pour persécuter, ils manquaient de moyens
pour contraindre leurs adversaires à penser comme eux . « Vers le commencement du iv® siècle , lorsque Constantin , par politique , se déclara protecteur de l'Église, tout changea. A peine ftit-il assuré sur le trône, qu'il convoqua un concile œcuménique à Nicée. Des Pères qui le composaient, il s'en trouva trois cents d'une opinion contraire à celle d'Arius; ce furent ceux qui déclarèrent et reconnurent nettement la divinité de Jésus-Christ... Ainsi, de concile en concile on vit éclore des dogmes nouveaux. Ce fut à celui de Chalcédoine que le Saint-Esprit eut son tour : les Pères qui le composaient auraient cependant trouvé plus d'une difficulté à ajouter cette troisième personne à la divinité du Père et du Fils, si quelque prêtre plus rusé, plus fourbe qu'eux, ne leur en eût fourni l'expédient, en ajoutant un passage, qu'il avait imaginé pour cette fin, au commencement de l'Évangile selon saint Jean : « Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et cette parole était Dieu, etc. (i). » Toute grossière que paraîtrait cette imposture de nos temps , elle ne l'était pas alors. Le dépôt de la foi et des Écritures avait déjà passé du peuple entre les mains des Pontifes : c'étaient eux qui, d'une multitude d'écrits, avaient choisi ceux qu'ils déclarèrent canoniques.. . Les évoques, en établissant de nouveaux dogmes, devaient s'apercevoir nécessairement de leur puissance et de leur crédit. Toutefois, ils manœu-
(1) L'éditeur des OEuvres fait la remarque : « C*est une méprise. Le roi veut dire que le passage sur la Trinité, I , Jean, V, 7, a été interpolé. » A quoi bon cette observation ? Le roi a évidemment voulu dire ce qu*il dit. La véritable méprise certainement saute aux yeux , mais elle n'est pas plus sérieuse que tout le reste.
vraient avec une certaine adresse : ils hasardaient quelque enfant perdu, qui avançait une opinion nouvelle' convenable à leurs intéri^ts et qu'ils voulaient adopter ; et ensuite, ils assemblaient un concile oh elle était reçue comme un article de foi. Ce fut ainsi que je ne sais quel moine trouva, dans un passage du livre des Machabées, la doctrine du purgatoire ; TÉglise la reçut, et cette opinion lui valut plus de trésors que la découverte de l'Amérique n'en rapporta à l'Espagne... L'Eglise passa par différentes formes. Le gouvernement républicain dura pendant les trois premiers siècles. Cette administration éprouva, par la suite, les révolutions auxquelles sont sujets tous les ouvrages humains. Lorsque les ambitieux se trouvent en concurrence de pouvoir et de prétentions, ils n'épargnent ni ruses, ni artifices pour se supplanter, et les plus fourbes l'emportent, à la longue, sur leurs rivaux. Ces fourbes furent les Papes : ils profitèrent de l'état de langueur oîi se trouvait l'Empire d'Orient, pour usurper l'autorité des Césars, et pour faire passer les droits de la couronne impériale à la tiare des Pontifes. Grégoire III, surnommé le Grand, fut le premier qui tenta de telles entreprises. Le Pape Etienne, qui suivait le môme projet, fit quelques pas de plus dans cette carrière. Chassé de Rome par Astolphe, roi des Lombards, il passa en France ou il couronna l'usurpateur Pépin, à condition qu'il délivrerait Rome des Lombards.. Les ténèbres de l'ignorance allaient en s'épaississant de siècle en siècle : que fallait-il de plus pour étendre et pour accréditer l'imposture? Un moine, nommé Hildebrand, jeta les vrais fondements de la grandeur papale... C'est
de son pontiticat qu'il faut dater Tépoque du despotisme de l'Église. Ses successeurs attribuèrent, dans la suite, au clergé , les privilèges dont avaient joui les tribuns (le l'ancienne Rome ; leurs personnes furent déclarées inviolables, pour les soustraire entièrement à la domination de leurs souverains légitimes... Par ce moyen, l'évoque de Rome s'assurait d'un parti , d'une milice prôte à combattre à ses ordres dans tous les empires. » C'est dans le même sens que le roi apprécie plus loin la puissance ecclésiastique au moyen âge. En parlant des croisades, il ne peut s'empêcher de déplorer le mal qu'elles ont fait à l'humanité. D'ailleurs, n'importe où il se tourne, il lui est impossible d'apercevoir, dans le rôle
de l'Eglise au moyen âge, un côté favorable, quel qu'il soit. Il arrive enfin au trafic des indulgences.
« La vente des indulgences, dit-il plus loin, consomma l'ouvrage et fil perdre au Saint-Siège la moitié de l'Europe, qui renonça à son obédience. Cette grande révolution des esprits devait arriver tôt ou tard, parce que, d'un côté, l'ambition ne connaît point de bornes, et que, de l'autre, l'esprit humain n*est capable que d'un certain degré de patience, et qu'en possession de duper les nations depuis tant de siècles , les Pontifes ne pouvaient prévoir qu'en suivant la trace de leurs prédécesseurs, ils eussent le moindre risque à courir.
« Un moine de Saxe, courageux jusqu'à la témérité, doué d'une imagination forte, capable de profiter de l'effervescence où étaient les esprits , devint le chef du parti (|ui se déclara contre Rome ; ce Bellérophon terrassa la Chimère, et l'enchantement fut détruit. Si l'on
s'arrête aux bassesses grossières de style, Martin Luther ne paraîtra qu*un moine fougueux , écrivain barbare d'un peuple peu éclairé. Si on lui reproche, avec justice, des invectives et môme des injures prodiguées sans nombre, il faut considérer que ceux pour qui il écrivait, s'animaient par les imprécations et ne comprenaient pas les arguments. Mais si nous examinons en gros l'ouvrage des réformateurs, il faut convenir que l'esprit humain doit à leurs travaux une partie de ses progrès. .. Quand Luther n'aurait fait que délivrer les princes et les peuples du servile esclavage oîi les tenait la cour de Rome, il aurait mérité qu'on lui érigeât des autels comme au libérateur de la patrie... 11 résulta encore un avantage de la réforme ; c'est que les théologiens de tant de sectes, obligés de combattre de la plume, étaient forcés de s'instruire; le besoin de savoir les rendit savants...
(( Tel fut le bien que produisit la réforme. Si nous le comparons aux maux qu'elle causa, il faut convenir que le bénéfice qui nous en revient a été chèrement acheté. . . Rien de plus acharné ni de plus impitoyable que la haine théologique : cette haine, se mêlant à la politique des souverains, occasionna ces guerres qui ravagèrent tant d'empires ; des torrents de sang inondèrent l'Allemagne, la France et les Pays-Bas; ce ne fut qu'après des succès longtemps balancés, après toutes les horreurs que la méchanceté des hommes, abandonnée à elle-même et jointe au fanatisme, peut commettre, qu'au milieu des débris fumants de leur patrie, que l'Allemagne et la Hollande acquirent ce bien inestimable, la liberté de penser.
« Qui ne voit pas, en parcourant cette histoire de l'Église, que c'est l'ouvrage des hommes? Quel pitoyable rôle font-ils jouer à Dieu ! Il envoie son Fils unique dans le monde ; ce Fils est Dieu ; il s'immole à lui-même pour se réconcilier avec sa créature; il se fait homme pour corriger le genre humain perverti. Que résulte-t-il d'un aussi grand sacrifice? Le monde reste aussi corrompu qu'il l'était avant son avènement. Ce Dieu qui dit : « Que la lumière soit, » — et la lumière fut, — se servira-l-il de moyens insuffisants pour parvenir à ses fins adorables? Un simple acte de sa volonté suffit pour bannir le mal moral et physique de l'univers, pour inspirer telle croyance qu'il lui plaît aux nations, et pour les rendre heureuses par des voies que lui fournit sa toute-puissance. 11 n'y a que des esprits étroits et bornés qui osent attribuer à Dieu une conduite si indigne de sa providence adorable, en lui faisant entreprendre, par la voie des plus grands miracles, un ouvrage qui ne lui réussit pas. »
C'est ainsi que s'exprime Frédéric. U n'est pas difficile de reconnaître, parmi les productions historiques du xvm® siècle, dans une sphère plus ou moins élevée, les traces et les influences de ce déplorable demi-savoir que Frédéric affichait dans ses ouvrages et que la force, que la puissance de son exemple imposait en quejgue sorte, comme un attribut commun, à tous ceux qui dépendaient de lui immédiatement ou médiatement. Frédéric donna à son siècle l'impulsion de ses opinions personnelles ot la postérité n'est pas encore parvenue à s'en afrrnncliir : aujourd'hui encore elle s'en ressent.
Cependant il faut le dire, c'est là le côté de ses doctrines qui ne déteignit pas d'une manière directe sur sa vie pratique. L'autre face de ses tendances est plus importante : Nous voulons parler de ses travaux sur rhistoire de TAUemagne. Considéré sous cet aspect, il émet des idées souverainement neuves, tout comme pour sa conduite politique.
268 FRËnËRIC II, ROI DE PRUSSE,