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dù surtout signaler l'étroïsmenu»' l'Angleterre manifeste dans k't» rapports internationaux, et noIaniMK'nl le cynisme ave»- lequel elle a organisé en Orient le honteux conimeree de l'opium, lùilin j'aurais à reprocher à l'Angleterre le tort qu'elle a fait parfois au monde entier, en détournant les Européens de l'union qu'ils devraient contracter, soit pour déveloi>per leurs l'essources intérieures, soit pour exercer au dehors un haut patronage ; et à ce sujet j'aurais à rappeler une imi)ortante vérité, savoir : que cette intei"vention des Européens n'est pas moins nécessaire à l'alïermissement de leur pro|)re constitution qu'à l'amélioration des races inférieures.
Ce n'est point par un engouement irréfléchi, mais avec le désir d'être utile à mon pays et aux autres nations civilisées, que j'ai insisté sur les traits les plus recommandahles de la constitution britannique. Mais si le plan de mon travail meut conduit à critiquer l'usage que l'Angleterre fait de sa i)uissance, j'aurais dù pourtant constater qu'elle se montre plus modérée dans l'abus que l'Espagne et la France ne l'ont été aux temps de leur prépondérance. Au surplus, les maux actuels de l'Europe résultent moins de l'égoïsme des Anglais que de l'erreur ou du vicedes populations; et, en ce qui nous concerne, le meilleur moyen d'y remédier est de revenir au vrai et au bien par l'exemple de nos émules.
Causes qui, malgré certains défauts, recommandent l'imitation de l'Angleterre.
Je n'ai observé aucune constitution sociale qui soit es-empte de graves imperfections. Celles que je viens de signaler dans la constitution britannique ne doivent point dissuader mes concitoyens de la premlie pour
modèle. L'opportunité de rimitulion est d'aulaut uiieux démontrée, que les plus déplorables défaillances de notre race correspondent aux meilleures qualités de nos A'oisins. Le contraste des résultats obtenus par les deux nations ne saurait être méconnu; car, depuis un siècle, la paix sociale s'est affermie en Angleterre pendant qu'elle s'affaiblissait en France. Le contraste des causes quiamènentdes résultats si opposés n'est pas moins évident.
Les Anglais témoignent en toute circonstance un profond respect pour la loi morale du Christianisme. Unis par la vérité suprême, ils ne se divisent pas, malgré les dissentiments que suscite la corruption inséparable de la nature humaine : la dose d'erreur qui en émane a des limites restreintes ; elle ne compromet jamais sérieusement les sentiments d'harmonie et de tolérance. Malgré l'essor inouï imprimé aux manufactures, la vie rurale conserve sa prééminence : elle fournit pour le gouvernement de l'Etat et des localités un personnel excellent, servant à titre gratuit, responsable de ses actes, constituant une hiérarchie naturelle fondée sur le travail et la vertu. Les gouvernants de cette origine sont intéressés à réprimer la corruption : ils sont ingénieux à trouver, par voie d'enquête, les moyens de réforme auprès des particuliers compétents.
11 en est autrement en France pour ces quatre points fondamentaux de toute constitution sociale. Les lettrés, usurpant la fonction des classes dii'igeantes, i)rècbeul le mépr'is de la morale et la renq)lacent par des doctrines incom|)atibles à tout ordre social. 1/erreur, c'est-à-dire la plus ilaiigcreuse forme de la cui'rii|)lioii, eugcudre des n'-Nolutions sans lin : les hommes de proie et de violence envahissent périodi(piemenl le pouvoir; ils créent des partis divisés par un antagonisme ardent et |)ar un
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aveuiilo esprit (l'inloltM-anoe. l.a bureaiicralic exerce la n'alité ilu pouvoir, sons l'anlorité nominale de iiouvornant< qui pour la plupart sont imliuMies de leur silualiou : elle forme uiifi caste iiTesponsable, el en ennsi'- (pience elle s'inspire de sesinténMs plus (pie de ceux du pultlic. Les hommes investis do l'autoiih' dans de telles conditions n'ont point à soull'rir de la corruption : loin de là, ils en tirent prolit et se complaisent dans les abus ; pour eux l'art de iiouverner consiste à trouver les coiultiiiaisons (jui masquent le besoin de réforme.
Résumé de l'histoire d'Angleterre (1)
Il existe dans la constitution britannique un pouvoir qui est à la fois plus sage et plus stable que les trois principales autorités de son organisme politique (2) ; qui, aux bonnes époques, développe la prospérité en déférant l'action gouvernementale aux vertus de la royauté, aux talents de la noblesse et au mécanisme du parlement: qui, aux époques de défaillance de ces trois institutions, intervient plus directement pour conjurer l'effet des catastrophes intérieures ou des empiétements de l'étranger ; qui enlin a fait grandir la nation anglaise plus régulièrement qu'aucun peuple connu, depuis la fondation de l'Ileptarcliie, jusqu'à l'époque de gloire et de prospéritéqui a immédiatement suivi la paix de I8I0. Ce pouvoir prépondérant dans la constitution sociale de l'Angleterre est la famille anglo-saxonne. Dès la première invasion des hommes du Nord, il met à profit les rapports sociaux les plus intimes pour semer les meilleurs germes de l'orgaiùsation agricole et de la vie rurale, il est ensuite adopté par les artisans, qui, sortis
(1) La Conslilutioii de i Angleterre, 1, livre doiixièinc.
(2) Montesquieu a sigualé ce caractère, sans en recherclier les causes, dans six lignes où il offre le tableau sommaire de la conslilulion sociale des Anglais. Dans ses Lettres persanes (Lettre GXXXVI), il l'ait jjarler ainsi un savant parisien guidant un étranger dans une lublioliièque i)ublique : t Ce sont ici les « historiens d'AngleU'rre, où l'on voit la liberté sortir sans cesse t des leux de la discorde et de la sédition : le prince toujours « chancelant sur un trône inébranlable; une nation impatiente, t sage dans sa fureur même, et qui, maltresse de la mer (chose t inouïe jusqu'alors), mêle le couïmerce avec l'empire ».
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d'ahord de< populations vouéos ?i la rultiire du sol, constitiiont pou à peu des classes distinctes, disséniinées dans les campaiines, ou groupées dans les bourgs et les lités. Knfiu. sous les règnes des deux premiers Tudors, la coutume anglo-saxonne de la liberté testamentaire, prati(iuée par les agriculteurs et les artisans, se substitue au droit d'afnesse. importé sur le sol de l'Angleterre par la contpiète normande et conservé iusi|u'alors par les familles nobh^s. C'est depuis cette mcniorablc réforme (|ue les pères de famille de toute condition, devenus les vrais législateurs de la vie privée, exercent sur la vie publique une influence prépondérante. Lv, régime social qui, dans la phraséologie moderne, est nommé « la liberté politique » a donc en fait surgi du complément apporté à la liberté civile, sous les monarques les plus absolus qui aient régné sur l'Angleterre. C'est, entre plusieurs faits signalés dans ce livre, l'une des causes delà sympatbie que beaucoup d'Anglais gardent pour la mémoire des Tudors (1).
I l) e La stabilité des biens fonciers, garantie par le droit de « tralur librement est le palladium de la liberté anglaise, le « double boulevard qui Ta défendue jus(|u'iï présent contre « l'oninipotence monarchique et contre les envahissements de « la démagogie. Grâce à celte institution, le respect de soi s'al- « lie au respect des ancêtres, sous l'abri du toit paternel. L'es- « prit de liberté trouve partout des foyers de résistance, de <( force et de durée enracinés dans ce sol, qui n"a pas, comme « ailleurs, penJu en quelque sorte la (|ualit(j dimineuble pour a devenir une terre inanimée, une p(jussiére indill'ércntc, pos- « session éphémère d'une génération ou deux, sans liens avec « le passé, sans intérêt dans l'avenir; sorte de monnaie un peu ■■ plus encombrante que l'autre, en attendant que les cédules « hypothécaires et les nouvelles combinaisons du crédit l'aient a transformée en valeur au porteur ». (.Montalembert. De l'arenir polt(it/ue de l'Anylelerre, \\. 122). — Voir aussi, sur les rapports di- la liberté testamentaire avec la liberté civile et pnlitique, La Réforme sociale, 21, III.
Sous le régime de la famille anglo-saxonne, le père et la mère choisissent librement l'héritier le plus digne d'exercer après eux la seule autorité r|ue Dieu ait instituée parle IV^ commandement du Décalogue éternel. Ils lui transmettent tiois éléments de succès qui leur ont été légués par les ancêtres, et qui ne peuvent être détruits par la corruption ou la folie des gouvernants : la loi suprême de l'humanité perpétuée depuis la création de l'homme par les races patriarcales de la Grande- Steppe, puis transportée par leurs essaims sur les rivages de la mer du Nord (1) ; la coutume nationale, c'est-à-dire l'application pratique de cette loi aux actes de la vie journalière ; eniin le foyer domestique et Fatelier de travail, c'est-à-dire les deux établissements qui, dans une société libre et prospère, déterminent la fonction et le rang de la famille. La volonté paternelle ne transmet pas seulement à l'héritier le moyen de conserver par le travail et la vertu le rang des aïeux : elle lui impose l'obligation d'établir successivement les autres enfants et de créer les ressources nécessaires, avec le concours de ceux qui ne sont point encore établis. Les actes de dernière volonté confient parfois à l'héritier la garde de certains intérêts pul)lics. Souvent même ils encouragent directement, par des dons et legs, les corporations qui conjurent l'expansion du mal ou affermissent les principes du bien.
C'est avec cette admirable organisation que la race anglo-saxonne, malgré les fréquentes défaillances des gouvernants, a toujours attribué chez elle la prépondérance à la hiérarchie du travail et de la vertu. Les éléments dtî cette hiérarchie constituent partout « la meilleure classe dirigeante ». Ils appartiennent, il est
(I) La liéfitvme sociale, 65, IV
vrai, à la vie privée ; mais, en fait, ils gouvernent, ou contrôlent tout au moins, avec une autorité irrésistible une foule d'intérêts publies. Celle classe a élé souvent opprimée en Angleterre par des gouvernements aveugles et corrompus; mais elle n'a jamais été soumise, comme la classe analogue, mais moins stable, de l'ancienne France, aux sauvages attentats des bommes de la Terreui'. Elle a pu se maintenir à toutes les époques, avec toutes les formes de gouvernement et sous les gouvernants les plus divers, parce qu'elle s'est toujours appuyée sur les trois bases fondamentales de la constitution britannique, le Décalogue, la famille-soucbe et le testament.
Le Play. 31
Les difficultés de la réforme en France (1).
La principale difficulté.
La force a été souvent employée avec succès pour ramener au bien les races dégradées par les passions sensuelles et les appétits grossiers ; mais elle ne saurait triompher des maux qui nous affaiblissent depuis un siècle. La difficulté de la réforme n'est pas dans le vice que fit déborder sous le règne de Louis XV l'oubli du Décalogue, mais dans l'erreur que commirent les lettrés en prenant le change sur la cause du mal, et en se perpersuadant qu'ils le guériraient par leurs faux dogmes. L'erreur n'est point une nouveauté dans le monde: elle y a produit, selon les temps, les lieux et les races, des désordres fort divers; mais le mal n'a jamais été aussi profond ; jamais non plus la réforme n'a été aussi difficile .
Autrefois l'erreur s'attaquait à certaines conséquences de la vérité, à certaines nuances de la religion, par exemple, sans en nier les préceptes fondamentaux, sans violer les coutumes qui en maintenaient la pratique. Les hommes qui n'étaient pas dégradés par le vice avaient, au milieu de la plus cruelle guerre, le Décalogue comme moyen de ralliement. Le foyer, l'atelier, la corporation et la commune, conservaient leur organisation traditionnelle. Lors donc que par un judicieux emploi de la force unie à la justice, les gouvernants mettaient fin à la guerre soulevée par les intérêts de la
(Ij La lièforme sociale, III, livre VII.
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roligion, de la province et de l'Etat, la paix se rétablissait aussitôt dans le corps entier de la nation. Telle fut, après les désastres de la Ligue, l'œuvre réparatrice de Henri l\, de Louis Xlllet de leurs grands ministres. A notre époque, l'erreur entraîne des désordres plus dangereux. Les trois faux dogmes de 1789 ont progressivement ruinéau scinde notre race les préceptes du Décalogue. Les lois oppressives de la Terreur ont détruit les coutumes traditionnelles, au moyen desquelles tous les peuples civilisés répriment l'esprit du mal et favorisent le règne du bien. Seule entre les nations qui occupent avec un certain éclat la Sf'ène du monde, la France a perdu les grands principes qui tiennent unis les individus dune même race ; elle n'a même plus les institutions dans lesquelles ils pourraient se réunir (juand ils auront enfin aperçu le danger de leurs divisions. Dans ces conditions, un souverain qui dispose de la force peut empêcher les guerres de religion, restaurer une paix matérielle dans la commune, la province de l'Etat , mais il reste impuissant contre l'antagonisme social qui désole la nation entière. Ce mal, en effet, a ses racines dans le foyer domestique et l'atelier de travail, où ne peut pénétrer l'action du plus puissant souverain, et d'où sortent périodiquement les foules qui le renversent avec les inutiles résultats de son œuvre éphémère ! Quand une race d'hommes s'est placée dans les conditions inouïes que je viens de rappeler; quand elle a reuqDlacé la loi suprême par la doctrine des lettrés et les traditions du genre humain par ces nouveautés de la veille; elle n'a plus qu'un moyen de salut. Le mobile de la réforme ne se trouve plus que d.uiv Ir-s calamités nationales (J).
Il) « C'est par des calamités nationales qu'une corruplion nationale doit se guérir ». Lettre de Bolingbroke.
Les exagérations de l'esprit de nouveauté.
La première erreur des lettrés qui nous ont poussés vers l'ai^îme des révolutions est d'avoir inventé la matière de leurs enseignements, au lieu de la chercher dans les constantes traditions du genre humain. Or l'esprit de nouveauté, fécond dans l'ordre matériel, n'offre que des dangers dans l'ordre moral. D'un autre côté, pour rendre la prospérité à un peuple souffrant^ il faut nécessairement le ramener aux éternels préceptes du Décalogue. Nos prétendus réformateurs, qui méprisaient l'expéi'ience du passé et attendaient la vérité « du développement de l'esprit humain » {{), ne pouvaient donc être que les agents de notre décadence.
Au milieu de leurs imprudentes nouveautés, les promoteurs de la Révolution de 1789 se sont d'abord jetés dans une erreur d'où devaient découler toutes les autres. Us ont admis que Dieu n'intervenait pas dans la direction des sociétés et que l'homme avait en lui-même tous les éléments de la prospérité. Cette présomptueuse conviction resta, il est vrai, à l'état latent au sein, de l'Assemblée nationale (2); mais elle se fit jour dans les
(1) Cette oi-reur apparaît dès le début de la Déclaration des droits de 1789: « Les représentants du peuple français..., con- « sidérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de « l'homme sont les seules causes des malheurs publics..., ont « résolu d'exposer dans une déclaration solennelle ces droits... « de l'hoinine afin que.. . » — Voir aussi V Histoire de la civilisation, par M. Guizot.
(2) L'Assemblée nationale, en rédigeant la constitution de IT'Jl au milieu du débordement d'erreurs qui suivit les événements de Vai'cnnes, conserva les termes suivants de la Déclaration des droits de 1789 : « En conséquence, l'Assemblée nationale « reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre <v suprême, les droits suivants de l'iiommc et du citoyen ».
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motliûcations appor(pos par la Coiivcnlioii à la Déclaration (les droits. Kn cette occasion, 1rs aiitcnirs dos lois révolutionnaires qui continuent à perdre notre race firent encore mention de « l'Eti-e supi'i)me o ; mais ils s'accordèrent à penser qu'ils pouvaient se passer de lui (1). Jamais lorirueil de l'hounne ne s'était manifesté plus follement que par cette prétention exclusive à la sagesse dont la source n'est point en lui.
Les faux dogmes de la Révolution.
La génération sur laquelle pèse les calamih's de la première Révolution conserva, tant i|ii'cil(' vécut, un sinistre souvenir de cette époque; mais les lettrés qui fondèrent leur fortune politique sur le renversement de la Restauration inculquèrent, par leurs sophismes, à la génération suivante une impression opposée. Leur succès fut facile : car les écrivains qui, à l'exemple de .Joseph de Maistre, flétrissaient justement la Révolution, gardaient le silence sur les vices de l'ancienne monarchie; en sorte qu'ils semblaient soutenir cette thèse, évidemment inad-
(i) Les membres de la Convention se nriircnl sur doux points en contradiction avec leurs prédécesseurs; ils supprimeront la haute direction de Dieu, et déclarèrent qu'il assistait inerte au spectacle de leur grandeur : ils attribuèrent celte impiété à l'ensemble du peuple Iranoais. La nouvelle déclaration du 2:i juin 1793 modifie ainsi qu'il suit celle de 1791 : « En conséquence, t le peuple français proclnme, en présence de l'Être suprême, « la déclaration des droits de Ihommo et du citoyen ►. Les révolutions inspirées par l'esprit du mal ne s'iirrélent pas tant qu'il reste quelque limite à franchir dans les voies de l'erreur. On peut donc être assuré que si la constitution de 179:5 n'eût pas été renversée par les hommes qui voulaient revenir à la vérité, une nouvelle déclaration eût bientôt supprimé jusqu'au nom do l'Être suprême.
missible, qu'une si grande catastrophe était un effet sans cause.
Les lettrés qui envahirent le pouvoir après la Révolution de 1830 se présentèrent comme les continuateurs de l'œuvre révolutionnaire. Selon leur doctrine favorite, « la Révolution française » a ouvert pour l'humanité une ère toute nouvelle. La France, appliquant enfin dans toute leur étendue « les immortels principes de 1789 », allait acquérir la prépondérance contenue en germe dans la plus féconde méthode de réforme. Les événements de 1848 ont cruellement réfuté ces illusions. La souffrance de notre race affolée de nouveauté, et la prospérité des nations soumises aux vieilles traditions du genre humain, démontraient la fausseté de la méthode révolutionnaire et de ses prétendus principes. Les lettrés de l'âge précédent qui persistaient à attacher leur renommée à ces erreurs, étaient cependant con traints d'avouer que, sous leur gouvernement et l'influence de leurs doctrines, la France s'était complètement désorganisée (1). Les lettrés de la dernière génération continuent malheureusement, pour la plupart, à suivre l'impulsion imprimée depuis quarante ans par ces maîtres funestes ; cependant les plus perspicaces commencent enfin à chercher la renommée dans une meilleure direction. Le contraste qui se prononce de plus en plus entre les désastres de la France révolutionnaire et les succès des peuples de tradition condamnera prochainement sans appel l'œuvre de 1789.
Quant à l'explication de nos avortements politiques, elle est indiquée en traits éclatants par les idées qui ont préparé la Révolution, et par les deux déclarations qui ont tracé les voies suivies par ses adeptes. Elle a pour
(1; iJi' lu l'ropriéti}, par M Thiors ; avant-propos.
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l)oinl (le départ la n»''u^'llion do l'intorvention de Dieu dans les aflaires humaines, doù découle logiquement la iTovanoe aux trois faux, dogmes. En etTot, si le règne du bien ne provenait pas de la haute direction que Dieu donne au libre arbitre de rhonimc il aurait sa source dans la « perfection originelle », en vertu de laquelle chaque homme serait naturellement porté à éviter le mal. Sila tendance au bien est universelle dans l'humanité régie par la loi naturelle, « l'égalité providentielle» des hommes devient la base de toute bonne organisation sociale. Ces deux erreurs réunies engendrent, par une déduction logique, le troisième faux dogme. Depuis les premiers âges de l'humanité, les constitutions les plus admirées, celles qui ont le mieux fondé le bonheur des hommes sur la paix, ont toujours présenté les mêmes caractères : elles ont fermement réprimé les tendances innées de la jeunesse et les écarts de l'âge mûr au moyen d'une puissante hiérarchie ; en d'autres termes, elles ont violé les deux premiers dogmes des novateurs. La contradiction ({ui existe entre les doctrines de la Révolution et les faits de l'histoire implique donc « le droit de révolte » contre les plus légitimes traditions du genre humain. Beaucoup d'honnètcs gens égarés ont cru de bonne foi aux deux premières erreurs, sans apercevoir cette terrible conclusion ; mais celle-ci s'est bientôt imposée aux esprits. Les gouvernements qu'ils ont fondés ont tous eu le même sort : impuissants sous l'autorité des fondateurs, ils ont été promptement envahis par les hommes de proie et de violence; ils sont alors devenus impossibles, puis ils ont disparu au milieu d'inévitables catastrophes.
Nos lettrés révolutionnaires ont en vain tenté de nous montrer de vrais |)rincipes dans les nouveautés de 1789. Celles-ci, en effet, ne comprennent que les trois faux
dogmes et plusieurs erreurs qui en émanent. L'analyse des 52 articles des deux déclarations démontre l'exactitude de ce jugement. Certaines vérités traditionnelles forment le fond de ces documents ; mais les plus importantes y sont, soit dénaturées par les faux dogmes, soit faussées par diverses erreurs (1). C'est ce qui a donné à tous les actes suscités par ces déclarations le caractère pernicieux qu'Edmund Burke signala tout d'abord à l'attention de ses concitoyens tandis qu'ils suivaient avec étonnement et méfiance les réformes de nos prétendus constituants .
(1) Les articles des doux Déclarations peuvent être classés ainsi qu'il suit :