‹ Frédéric le Play d'après lui-mème; vie-méthode-doctrine; notices et morceaux choisisChapitre 8 sur 35 · Visites sociales à l'Exposition de 1900, \)^v · texte numérisé non relu

Visites sociales à l'Exposition de 1900, \)^v

I Revue, 4900, II, 229).

; (2) Voici cotte page : < Le testament est

\ liberté dans le droit civil. Le testament, oi

f ment lié au sort do la liberté civile: il osl g('

la liberté est mal assise ; il est respecté ([Ui a, dans la société, la pbco qui lui appartient

'il la légitime conquête de la liberté do l'hou'

», ni-

puis, de lui exprimer, de la part du souverain, le désir qne l'altenlion des sénateurs fût attirée sur les vices de notre régime successoral. Le Play accomplit cette démarche, mais elle resta infructueuse. Au mois de novembre 1869, l'Empereur Tinvita à un dîner de famille, au palais deSaint-Cloud. Dans l'entretien qui suivit et qui dura deux heures, il lui confia la mission de faire, auprès de cinq sénateurs, qu'il désigna expressément, un nouvel et suprême effort pour préparer un mouvement d'opinion favorable à la restauration de l'autorité paternelle. Il lui demanda, d'autre part, de résumer en un petit volume les principes développés dans la Réforme sociale. Le Play s'acquitta de la première partie de sa tûche, mais sans plus de succès qu'auparavant (i). Pour la seconde, qui dépendait de lui

et le testament étant la plus énergique expression de la volonté du propriétaire, il s'ensuit que, tant est la liberté civile dans un État, tant y est le testament. L'histoire prouve que, toutes les fois que la liberté civile est comprimée ou mise en question, la propriété et par conséquent le testament sont sacrifiés à de tyranniques combinaisons... Un peuple n'est pas libre s'il n'a pas le droit de tester, et la liberté du testament est une des plus grandes preuves de sa liberté civile. Partout et dans tous les pays, civilisés ou non, les désirs exprimés par le père à son moment suprême parlent plus haut aux enfants recueillis que toutes les lois de l'ordre civil ». (Troplong, Traité des donations entre vifs et des testaments ; préface).

(1) Cependant une vaste enquête agricole, ouverte en 1866 et close en 1869, avait éclairé l'opinion sur les besoins et les vœux de nos populations rurales. Les informations recueillies et les réponses reçues furent souvent peu précises parce que les questions n'étaient pas elles-mêmes toujours bien posées. Néanmoins elles déterminèrent le gouvernement àprésenter, dès l'ouverture de la session 1869-1870, un projet de loi modifiant les articles 826, 832 et 1079 du code Napoléon, et « reconnaissant au père de famille la faculté d'attribuer à ses enfants l'intégralité d'un de ses immeubles, sous la condition d'une soulte en argent à payera ses frères et sœurs ». Le projet s'étendait au partage ab intestat et permettait aux tribunaux, chargés de liquider les successions dos mineurs, de procéder de même. Le cabinet du 2 janvier 1870 le retira, mais il déposa sur le bureau du Sénat, le 28 juin suivant, une sorte de diminutif de ce projet, c L'en- Le Play. 9

seul, il reprit immédiatement la plume, et il apporta à Napoléon 111, en janvier 1870, le livre intitulé : V Organisation du travail. C'est peut-être le meilleur et le mieux composé de tous SCS ouvrages. Il y rappelait ces paroles que rEm4)ereur avait prononcées à Bordeaux en 1852, et qu'il venait de confirmer récemment dans une réponse, du 1er janvier 1869, aux vœux exprimés par Mgr de Paris : « Je veux conquérir à la religion, à la morale, à l'aisance, cette partie encore si nombreuse de la population qui, au milieu d'un pays de foi et de croyance, connaît à peine les préceptes du Christ; qui, au sein de la terre la plus fertile du monde, peut à peine jouir des produits de première nécessité ». Le Play pressait Napoléon III de réaliser ce programme: « Il importe à la gloire du second Empire qu'il soit exécuté. Après une époque de corruption, il est temps de reprendre l'œuvre qui, à l'époque de Descartes, donna aux mœurs et aux idées de la France un ascendant irrésistible. La nation doit enfin se soustraire, par un généreux effort, aux passions et aux préjugés que lui or légués la corruption de la monarchie et les violences de Révolution.... Puisse ce travail réparateur s'accomplir i dant la seconde partie du règne de Napoléon III I Puiss bientôt rendre à la France l'ascendant intellectuel et qui lui fut acquis, après une semblable réforme, à la règne de Louis XIII l » (1).

quôto agricole, portait V Exposé des motifs signé par Ollivier, a résumé avec une imposante autorité des tiens depuis longtemps manifestées par beaucoup d't au sujet du morcellement progressif et indéfini de rurales >. Mais le dispositif ne répondait guère à préambule. Il se bornait à modifier les articles Gode, de manière à permettre que chaque lot ne nécessairement • la même quantité de meubles, d' droits ou de créances de même nature et vale jours après, la guerre était déclarée à la Pru? devenait caduc {Journal officiel du 29 juin 187 (1) L Organisation du travail^ p, 206 et 498

Le souverain approuva les cooclusions de l'ouvrage et invita Fauteur à les présenter, comme l'expression de la pensée impériale, à deux membres du gouvernement. Ceux-ci persistèrent à les repousser. « Ayant appris, dit Le Play, que j'avais retrouvé chez eux rindifférence et le préjugé qui avaient paralysé les lenlatives de 1858 et de I8G4, l'Empereur perdit définitivement l'espoir d'accomplir la réforme », et il se jeta dans l'entreprise où tombèrent, d'une chute commune, son gouvernement et la France (1) .

Cette catastrophe n'étonna pas Le Play ; il l'avait même, dès longtemps, annoncée. Tous ses ouvrages laissent percer ce pressentiment, et sa correspondance, en vingt endroits, est plus explicite encore. « Hélas! écrivait-il à M. Ch. de Ribbe en 4868, le mal est momentanément sans remède; car les gouvernants et les fonctionnaires liquidateurs qui vivent des abus s'accordent à gloriHer ce qui est. La réforme viendra seulement de catastrophes, si elles, ne nous tuent pas tout à fait ». — « J étais arrivé, depuis quinze ans, ajoutait-il plus tard, à voir si clairement notre décadence intellectuelle et morale, aggravée par l'accroissement des richesses matérielles, qu'une seule chose m'étonnait : c'est que la société pût tenir debout. L'erreur nous a plus dévorés que ne nous dévorent à cette heure les communistes et les Prussiens » (2).

A peine la paix est-elle signée que Le Play se remet au travail. L'épreuve, loin de l'abattre, semble Taiguillonner, et les onze années qui lui restent k vivre ne seront qu'un apostolat con«

(1) Les Ouvriers européens, I, 45.

(2) Lettres à xM Ch. de Ribbe. 1*<- septembre 1868 et 12 octobro 1870, (Charles do Ribbe, Le Play d'après sa correspondance).

tinii. Il refuse un siège à rAssemblée nationale, ne voulant pas consumer stérilemenl ses forces dans cette m(^\ée confuse des partis. Il publie, en 1871, V Organisation de la famille et la Paix sociale après le désastre. « Je suis ici sur la brèche, écrit-il de Paris le 12 juillet, et j'y resterai, agissant dans l'hypothèse où les incommensurables erreurs de notre race seraient guérissables. Les malheurs de la patrie m'ont fait connaître des collaborateurs dévoués, qui vont travailler à la besogne du salut » (1). II s'était déjà attaché une élite de disciples fidèles, au premier rang desquels il faut citer MM. Focillon, Ch. de Ribbe, Claudio Jannet, Cheysson, Rostand, Delaire, Jules Michel. Il en cherche de nouveaux. Il organise les Unions, groupes locaux et autonomes qui, en se multipliant sur divers points du territoire, avaient pour tâche d'y répandre le goût des études sociales et d'y propager les principes de la réforme. Des personnages politiques, des notables, français et étrangers, vont l'entretenir ou correspondent avec lui (2). Ses amis déposent sur le bureau ûf l'Assemblée nationale, le 25 juin 1871, un projet analogi à celui que le gouvernement impérial avait présenté, dr la session de i869-i870, au Corps législatif (3). Les Cha bres de commerce avaient été saisies de la question s?

(1) Lettre à M. Ch. de Ribbe, 12 juillet 1871.

(2) Les lettres échangées entre Le Play et ses correspon et livrées à la publicité, de mai 1872 à mars i875. ont été duiles dans 8 brochures sous ce titre : V Union de la paix a Correspondance n® 1, 2, 3, etc. Les auteurs des lettres ad: à Le Play étaient : le comte de Butenvali ancien m plénipotentiaire, ancien conseiller d'Etat, ancien sén.* MM Lucien Brun et Pradié, députés; Mgr Isoard, audi rote pour la France, plus tard évéquc d'Annecy; M. F Gurzon, propriétaire rural ; lord Denbigh, pair d'An' lord Robert Montagu, membre de la Chambre des c

(3) D'après cette proposition, qui porte les sigr MM. Mortimer-Tcrnaux, Lucien Brun et Baragnon clés 832 et 1079 du Code civil auraient reçu les mo suivantes. Les lots, dans une succession, auraient pu

vanto : En quoi l*éducation et les lois anglaises ou aile mandes contribuent-elles à pousser la jeunesse vers le commerce d'exportation ? Deux de ces Chambres, celle de Paris et celle de Bordeaux osèrent, en 1875, indiquer, la première, « comme un objet d'étude digne du législateur », la seconde, « comme une nécessité nationale », la restitution au père de famille du 'droit de disposer librement de ses biens (1).

Ainsi, les idées de Le Play avaient cheminé et gagnaient peu à peu les sommets. Malheureusement la violence des passions politiques égarait l'opinion et la détournait de ces graves problèmes, a Pauvre France, écrivait Le Play en 1839, nos gouvernements, depuis soixante-dix ans, ont toujours autre chose à faire que la principale : la réforme sociale » (2). Pour lui, il ne se lassait pas de travailler, il publia, en 1875, la Constitution de V Angleterre, et. Tannée suivante, la Réforme en Europe et le salut en France. La deuxième édition des Ouvriers européens parut, de 1877 à 1879, en six volumes. Le premier contient, avec de précieux souvenirs

posés, on proportions inégales, do meubles, immeubles, droits ou créances, et mémo ne comprendre que des biens d'une seule nature. — L'action en rescision contre les partages d'ascendant, qui est de 30 ans ou de 10 ans selon qu'il s'agit d'une disposition testamentaire ou d'une donation entre-vifs, eût été réduite à 5 ans ou à 2 ans. — Enfin, tandis que, s'il y a lieu de revenir sur un partage entre-vifs les biens doivent être,' — c'est du moins ce qu'exige la jurisprudence, — estimés suivant leur valeur au moment du décès, ils l'eussent été suivant leur valeur au moment de la donation. Voir le rapport sommaire fait sur cette proposition par M. Baragnon. Elle ne fut, d'ailleurs, pas discutée {Journal officiel du. 29 juin 1871).

Un des trois signataires, M. Lucien Brun, a décrit plus tard avec talent, dans son Introduction à l'étude du droit, les vices de notre régime successoral.

(1) Les procès-verbaux de ces délibérations ont été insérés dans VAnnuaire de l'Union pour Van 1875^ p. 207 et suiv.

(2) Lettre à M. Gh. de Ribbo, 18 avril 1859,

NOTICE suit I.A VIE

iv ::

sur la vie de Le Play, une étude ma^i^istr d*ob.servation. Chacun des cinq autres est e duction où l'auteur esquisse la constitutioi ses races auxquelles appartenaient les fa d*un épilogue où il résume les principaux sy étaient introduits depuis 18jI>, date de I: C'est comme un abrégé de riiistoire socia! péen et des provinces limitrophes de l'Asie e dant un quart de siècle.

Je ne veux pas omettre ici ce ([ui fut, on dernier acte de la vie active de Le Play. M. mençait alors, contre la liberté religieuse et seignemcnt, la guerre que MM. Waldock-Rc devaient reprendre et poursuivre, le premic savante, le second avec la furie sectaire que avait souvent recommandé, pour l'étude de tiques ou sociaux, la méthode qui consiste voie d'enquête, les solutions qu'ont adoptées les. Il demanda, en 1879, à un de ses a M. Saint-Georges Mivart, membre de la Soci dres, une simple c/e'c7ara^i07i de faits coneei et les idées de ce pays sur la liberté d'éduca qu'il reçut apprit aux défenseurs de eetlo . qu'ils avaient pour eux toutcequerAngleterr tre ou de notable parmi les hommes publics professeurs des Universités d'Oxford, de Gam dres (i).

M) Glarlslone, cntre"autros, avait écrit à Mivart ; c J'accepte avec cordialité les prop(

Enfin, en 1881, « disputant à la maladie, arrachant en quelque sorte à la mort les jours qui lui étaient [nécessaires pour donner à sa pensée une forme définitive, à son œuvre un couronnedéclaration et je suis tout à fait content d'être cité à cet effet ». Lord Rosebery et Lord Garnarvon avaient envoyé leur adhésion. M. Saint-Gorges Mivart ajoutait courtoisement : « Il est à peine nécessaire de dire que les signataires sont loin d'avoir la présomption de vouloir se mêler aux affaires intérieures d'une nation amie. Mais ils ne peuvent pas refuser leur témoignage à ce qu'ils croient être vrai et bon ».

La déclaration portait notamment : 1» Tous les habitants de V Angleterre^ nationaux ou étrangers, sont libres d^ouvrir une école à leurs frais, d'enseigner ou de s'associer pour l'enseignement à leur gré, pourvu qu'ils ne commettent aucune offense contre la morale publique, au sens ordinaire de ce terme. — 2" L'adoption d'une loi qui priverait des individus ou des catégories d'individus de leur liberté à cet égard serait regardée comme un acte absolument tyrannique. Aucune mesure de ce genre n'aurait chance d'être votée par le Parlement. — 3° Chaque père de famille a le droit de faire instruire ses enfants dans l'école de son choix, de subventionner et d'employer une école de son propre culte, dont les maîtres sont librement choisis.^ 4« L'abolition de cette liberté serait considérée comme une oppression intolérable. . .

Vers la môme époque, dans une discussion ouverte h. la Chambre des lords sur la création d'une Université en Irlande, un membre du parti libéral, ayant manifesté la crainte que le gouvernement n'exerçât une action abusive sur le choix des professeurs et sur la direction des études, s'attira du grand chancelier, lord Gairns, cette réplique : « Je crois que le noble préopinant a l'imagination quelque peu troublée à la suite des nouvelles qu'il a reçues de l'autre côté du détroit. On lui a raconté, paraît-il, que, dans un pays européen, au nom des principes de 89 \rires), peut-être même de 93 {nouveaux rires), des assemblées délibérantes avaient reconnu à l'Ktat le droit de se substituer aux pères de famille, d'enseigner k l'enfance, selon les caprices changeants du législateur, l'histoire, la morale, les principes de la politique et jusqu'à ceux qui touchent à la grande question religieuse.

« Nous n'avons pas à nous mêler de ce qui se passe chez des peuples amis (rires) ; qu'ils organisent à leur gré la famille» l'éducation, l'administration, la police, c'est leur affaire. Mais il y a et il y aura toujours chez l'Anglo-Saxon quel([ue chose de sacré ; le chez soi, le droit des pères et des mères de famille, la

ment suprême » (1), Le Play fit paraître la Constitution essentielle de l* humanité. C'était une synthèse abrégée des principes sociaux indispensables non pas seulement à la France actuelle, mais à tous les peuples et à tous les temps.' C'était aussi comme le testament public de l'auteur. Il en a lui-même défini l'objet et les conclusions dans une page où la gravité du vieillard s'unit à la fermeté de vue et à la sérénité du penseur. « Tourné par mes études et ma profession, écrit-il, vers la pratique des sciences exactes, j'en ai appliqué les procédés à la science par excellence, celle des sociétés. Pendant un demisiècle {g?*ande œvi spatium), j'ai parcouru l'Occident et l'Orient, m'asseyant au foyer de tous les sages, pour les interroger sur le secret du bonheur, t Or, voici ce que cette enquête m'a permis de constater : sous tous les climats, sur tous les sols, malgré la diversité des époques, des langues, de la religion et de la souveraineté, partout et toujours, en un mot, le bonheur des peuples se présente accompagné d'un certain ensemble de conditions, qui font, non moins invariablement, défaut chez les peuples souffrants. On se trouve ainsi conduit à rattacher, par le lien de la cause à l'effet, le bonher à cet ensemble de conditions et de principes, qui réponde

liberté plus essentielle que toutes les autres, celle de la far Malheur à qui voudrait y toucher ! Le noble préopinar bien que nous ignorons, chez nous, ce que peut ôtreun m de l'instruction publique avec son grand Conseil, ses profe ses favoris, ses méthodes et ses programmes. Encore u que le noble lord se rassure ! » (Annuaire de l'Economif 1879, p. 81 et 305, et Les projets de loi de M. Jules Fer l'opinion anglaise, par M. Alexis Delairc).

(1) A. Delaire, dans un intéressant article sur la C essentielle de l'humanité (Revue la Réforfhe sociale^ Nul n'était mieux qualifié pour analyser l'œuvre de Play que M. Alexis Delaire, si fidèlement attaché ai dant cette période de sa vie, et son successf fonctions de secrétaire général de la société d'Eco qu'il remplit avec un dévouement inlassable dep ans.

depuis les premiers âges, aux traits permanents de la nature humaine, et qu'on peut appeler, par conséquent : la Constitution essentielle de V humanité (1).

Mais Le Play voulait encore, autant qu'il dépendait de lui. perpétuer par des institutions durables sa méthode et sa doctrine. Il avait déjà fondé la Société d'Economie sociale et les Unions de la paix sociale. Il méditait la création d'une Revue périodique. « Soyez sûr, écrivait-il dès 1863, que je ne reculerai pas d'une semelle. Je suis^ormand, je me sens imprégné de la ténacité qu'on acco.rde généralement à nos ancêtres. Donc vous verrez la revue de la Réforme sociale, pourvu que Dieu me prête vie » (2). Il ne put réaliser cette partie de son programme que seize ans plus tard, mais enfin il la réalisa. Le premier [numéro de la Réforme «ocia/e parut le 15 janvier 1881.

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Le Play professait non seulement dans ses ouvrages, mais aussi, sous une forme plus attrayante et plus neuve, dans ses entretiens. Sainle-Bcuve, après avoir analysé un passage des Ouvriers européens, écrivait : « La manière dont il raconte de vive voix est bien autrement circonstanciée et curieuse ; et, en général, sur tous ces pays qu'il a vus et sur les singularités de mœurs, je ne sais rien de plus intéressant que sa conversation. C'est le môme langage uni et simple que dans son livre, avec l'abondance en plus, avec la particularité et un certain accent qui grave » (3). Son salon de la place Saint-Sulpice, dit

(1) Programme de gouvernement et d'organisation sociale (f après l'observation comparée des divers peuples, par un groupe d'économistes, lettre préface de M. F. Le Play, 1881.

(2) Lettre à M. Ch. de Ribbe, 29 septembre 1865. h) Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, IX, 170.

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un de ceux qui ont eu Thonneur de le fréquenter, « réunissait dans un pMe-mêle original les conditions les plus diverses. Un membre de la Chambre haute d'Angleterre y donnait la réplique à un élève de TEcoledes mines, un évèque français causait avec un Turc de l'ambassade ottomane. On parlait cinq ou six langues à la fois ». Quant au maître de la maison, « petit, d'un tempérament sec, nerveux et ogile, simjilemcnt vêtu, presque toujours en veston bleu, il n'yavaitde remarquable chez lui que la tête. Mais quelle expression ! Le front haut, découvert, fortement bombé, les yeux enfoncés, le regard calme et droit, habituellement baissé vers la terre, de temps à autre se relovant rapide, étonnant de pénétration et de puissance ; on y lisait sa profonde connaissance des hommes ». La parole de Le Play était brève, un peu saccadée, mais bienveillante et libérale aux opinions comme aux personnes.

Un publiciste raconte ainsi une visito qu*il Ht, à la fin de l'année 1871, dans le cabinet studieux de la place Saint-Sulpice : « Près de la cheminée, j'aperçois un vieillard de petite taille, au regard étincelant, qui me lend la main et, sans préambule, sans phrases inutiles, me montre du doigt une table où des livres sont rangés dans un ordre parfait : « Jeune homme, dit-il, vous voyez-Ià trente années d'études, d'observations et de voyages. Ce granrl in-folio, qui est près de la muraille, en a été le premier résumé ; mais n'ayant pas lardé à reconnaître que c'était trop lourd pour les estomacs français, j'ai réduit l'œuvre en ces trois volumes que vous voyez ici... Puis, m'étant de nouveau aperçu que mes concitoyens ne pouvaient le supporter, j'ai condensé les trois volumes en un seul, jusqu'au jour où j'ai résumé le livre en celle brochure qui, elle-même, a été réduite à ces quelques pages... Vous, faites le contraire, commencez par ces pages, et, si vous pouvez les supporter, passez à la brochure, puis vous remonterez aux volumes ». — .Je veux répondre par quelques politesses banales.* U m'arrête d'un geste et, avec une douceur et une

autorité que je n'ai jamais rencontrées dans ma vie, il me dit : « Pas de phrases inutiles, la vie est courte, nos moments sont précieux. Ecoutez bien ce que je vais vous dire ». Et, avec cette parole sobre et nerveuse qui lui était particulière, il me fait le résumé de sa vie et de ses ouvrages.. . « Voyez-vous, les temps sont graves. Je l'ai dit à l'Empereur devant M. de Morny : Sire, on vous trompe. Votre empire mourra de deux choses : le suffrage universel et la théorie des nationalités. Les nationalités vous conduiront à ceci : que l'Alsace sera allemande. Et le suffrage universel vous conduira à ceci : que le palais où je vous parle. Sire, sera sans doute détruit ». — Pour moi, conclut le publiciste, je ne saurais dire ce que J*éprouvais en écoutant cet homme extraordinaire »,

Aider à établir, à préparer du moins le règne de la paix sociale : telle avait été la passion maîtresse de Le Play. Voici en quels termes, quelques mois avant de mourir, il résumait l'œuvre de sa vie : « Appuyée sur l'observation exacte des faits contemporains et sur l'histoire du passé, notre Ecole a fait voir que, dans tous les temps et dans tous les pays, il existait, audessus des formes changeantes des institutions et des mœurs, certaines conditions immuables et permanentes comme la nature môme de l'humanité, et auxquelles était lié le maintien de la paix sociale. C'est là, dans ce domaine inaccessible aux parlis et à la violence, que nous convions tous les hommes de bonne volonté, sans leur demander le sacrifice de leurs convictions personnelles sur les points réservés d'un commun accord. Pendant qu'au dehors on cherche passionnément ce qui divise, chez nous on s'attache obstinément à ce qui unit » (1).

Ce long effort de labeur et de génie, quoique bien loin d'avoir obtenu les résultats immédiats qu'il eût mérités, n'avait cependant pas été vain. Le Play avait suscité, parmi l'élite intellec-

(1) Lettre à M. Emile de Laveleye, 21 décembre 1881 (Revue la Réforme sociale, 1882, I, 12).

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tuelle et morale de son temps, d'illustres adhé pape Léon XIII, à qui il avait fait hommage de l'avait nommé, dans les termes les plus flatteurs deur de Tordre. de saint Grégoire-le-Grand. Le < Bonnechose le comparait, dans son mandement pou de 1881, à ces « anciens sages de la Grèce qui Egypte et dans les contrées les plus reculées d recueillir, de sanctuaire en sanctuaire, les traditions du genre humain, pour y trouver les secrets de sor de ses destinées ». Le cardinal Lavigerie lui écriva êtes Tun des hommes que je respecte et que j'admire Mgr Lamazou, évèque de Limoges, allait jusqu'à ■ tombe : « Dans les temps actuels, un Père de l'Egli

i pas pu rendre un plus éminent service à la cause r

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