‹ Frédéric le Play d'après lui-mème; vie-méthode-doctrine; notices et morceaux choisisChapitre 9 sur 35 · I- Enfin deux économistes célèbres, l'un protestant, M · texte numérisé non relu

I- Enfin deux économistes célèbres, l'un protestant, M

I leye, l'autre Israélite, M. Luzzati, Pont salué comme

tre. « Après avoir bu à toutes les sources, lui ccri\ nier, je ne puise à présent qu*à votre méthode Tins I mes études » (1).

Aussi Le Play pouvait-il conclure par ces lignes j satisfaites et modestes, la dernière page de son dor

i « Après une longue vie d'eflbrts désintéressés, tou

! au môme but, j'ai le bonheur de voir aujourd'hui a<

I de nombreux adhérents des idées que je n'ai pas

I mais qui m'ont été en quelque sorte dictées par 1"

; passé et par l'observation des peuples conlempoi

mômes qui sont encore rebelles à ces idées conimt discuter.. . Au temps, aux circonstances, à la force I et à Dieu de faire le reste ! » (2).

(1) Ces jugements ci ces honiiiiages 'd'aniis, de « d'admirateurs qui. à dos titres très divers, ont a connu Le Play, se trouvent disséminés dans laRovuo sociale, 1881, 1, 137 et II, 307 ; 1882, I, 9, 351, 430.

(2) La Constitution essentielle de V humanité, p. 32i

Cependant l'infatigable ouvrier touchait à l'heure du repos. Il avait achevé sa lâche, « inventé une méthode, créé une doctrine, constitué une école, laissé une œuvre. Œuvre, école, doctrine, méthode, voilà des mots qui sonnent étrangement au milieu des minuties incohérentes de la vie littéraire et politique de ce temps ; ce sont de grandes et substantielles choses dont on nous a déshabitués. Quand on voit l'effroyable gaspillage que nos contemporains les plus capables font de leur esprit et de leur labeur, on se sent rasséréné en face d'un homme qui a su échapper à la spécialité dispersive, comme disait Auguste Comte, à la mobilité des impressions, aux discussions oiseuses, à rinvasion des faits contingeots et des préoccupations secondaires » (1).

En 1879, une crise, accompagnée de vomissements de sang, avait failli emporter Le Play. Il s'était aussitôt préparé, suivant une expression qui lui était familière, à bien mourir, « J'ai revu, dans celte seconde maladie, écrivit-il alors à M. Lacointa, l'approche des joies éternelles. Comme dansla première de 1830, nfies impressions ont été les mêmes. Du coup d'œil suprême, je n'ai point vu, comme certains mystiques, le néant de la vie humaine. Loin de là, j'en ai de nouveau constaté l'importance. La vie présente est le poste où nous devons gagner le classement dans la vie future. Nous devons être heureux d'y rester pour faire notre devoir » (2).

Le Play n'avait jamais connu le scepticisme. Toujours il

(1) Paul Leroy-Beaulieu, Journal des Débats du 25 juin 1882, reproduit dans la Revue la Réforme sociale» i882. 11,70. L'auteur a complété ce jugement par un magistral discours sur Le Play et son œuvre, fait à la Société d'Economie sociale ilbid.» 1888. II. 1).

(2) Lacointa, Le Play, extrait du Correspondant.

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demeura inébranlable dans sa confiance en Dieu et dans son atlachement à la loi du devoir. A mesure que ses observations s'étendirent, le Décalogue tout seul cessa de lui suffire ; la transcendance morale et sociale de l'Evangile frappa, subjugua de plus en plus son esprit et TafTermit dans les croyances de ses premières années. Son secrétaire lui ayant un jour demandé comment sa méthode et sa doctrine pouvaient servir la cause du catholicisme, Le Play lui répondit : « Les hommes, les familles, les sociétés sont soumis à deux besoins impérieux dont la satisfaction assure le bonheur terrestre : la possession du pain quotidien, la fidélité à la loi de Dieu. Or, si l'observation scientifique des faits nous apprend à connailre comment les hommes satisfont au premier de ces besoins, elle nous montre en outre que la religion catholique est celle qui satisfait le mieux au second. De toutes les religions, aucune ne donne autant qu'elle les moyens d'être fidèle à Dieu et de pratiquer la vertu. Sa doctrine, ses sacrements, son clergé, son culte, tout contribue à préserver les hommes et à les diriger dans la voie du bien » (!)•

Le sage à qui Sainte-Beuve faisait honneur « d'avoir tenté de relever parmi nous la statue du Respect t, (2) mourut, le 5 avril 1882, dans la foi de cette Eglise, que M. Guizot n'avait pas craint de saluer comme « la plus grande, la plus sainte école de respect qu'ait jamais vue le monde » (3). Ses obsèques eurent lieu à l'église Saint-Sulpice. La pompe des escortes officielles et des discours funèbres en fut bannie. Son corps repose dans le cimetière du Vigen, petite commune de la Haute- Vienne, près du domaine rural de Ligoure qu'il avait acheté.

(1) Baunard, Frédéric Le Play, (La foi et ses victoires, II. 344).

(2) Nouveaux lundis, IX, 197.

(3» MfédiUitions «t éhid^s morales, p. 71.

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