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assez nombreuses, bien que la pondération du chimiste fit contraste avec l'inégalité de caractère de l’économiste allemand. Ministre de l’intérieur de 1800 à 1804, Chaptal fit preuve d’une parfaite compréhension des problèmes économiques français. Il réalisa en France une des idées chères à Frédéric List : il créa la première grande école d’Arts-et- Métiers. Ce fut un grand constructeur de tunnels, de routes et de canaux. Il déclare que « toutes les villes de France doivent être voisines ». Son programme « manufacturier » s'inspire évidemment de l’exemple de Colbert, qui inspirera plus d’une fois Frédéric List. Enfin, les travaux scientifiques de Chaptal ont toujours été dirigés vers des résultats pratiques, facilitant, améliorant, accroissant la production française : on lui doit, dit Gaston Boucheny, d’avoir « naturalisé en France la teinture du coton par le rouge d’Andrinople, la culture du pastel et sa substitution à l’indigo; il a donné la plus grande extension au procédé : de Bertholet pour le blanchiment, etc. ». Ce sont là travaux conformes à la doctrine nationaliste : assurer au pays le moyen de se passer de l'étranger par l’extension de ses possibilités productives. Chaptal n’emploie jamais ce ton purement scientifique qui rebuterait un lecteur comme List. C’est même une des raisons pour lesquelles il n’occupe dans la plupart des livres consacrés à l’étude générale des sciences chimiques qu’une place sans rapport avec l’importance de ses travaux (ainsi dans l’Histoire de la Civilisation française, de Rambaud et dans l'Histoire de la Chimie, de M. Albert Colson, Tome XIV de l’Histoire de la Nation francaise, de M. Hanotaux). Ce savant ami des réalisations utiles, ce vulgdrisateur, ce créateur d'institutions commerciales et nationales, ce ministre intelligent et actif, cet écrivain simple et persuasif devait naturelleméænt attirer la sympathie de List. En 1819, alors qu’il donne une nouvelle édition de l’Art de faire les vins, Chaptal s’adonne décidément à la chose économique et, cette même année, il écrit De l’industrie française. Cette œuvre importante, que la plupart des commentateurs de Chaptal ne citent même pas dans la liste de ses œuvres, parce qu’elle constitue une exception dans cette liste d'ouvrages de chimie, eut le retentissement qu’il était aisé de prévoir, étant donné à cette époque la notoriété tant scientifique que politique de son auteur. Chaptal y défendait des idées tout à fait conformes à
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celles de List : il constate que les tentatives faites par un pays pour créer une industrie nouvelle se heurtent à la puissance des industries étrangères de même nature. Cellesci ont pour elles leur propre passé, leurs méthodes éprouvées, leurs capitaux, les avantages commerciaux qu’elles ont su s’assurer. Or, le pays qui peut créer chez lui une industrie nouvelle ne doit pas rester ainsi soumis à l’étranger, notamment parce qu’une simple rupture diplomatique peut le priver de produits de première nécessité, et surtout parce que ce serait laisser au bénéfice de l’étranger l’emploi de la main-d'œuvre manufacturière et le bénéfice de la vente. En conséquence, il a le devoir de protéger son industrie naissante, et pour cela il doit faciliter à l’intérieur du pays, par un accroissement de la commodité des transports et la suppression de toute barrière commerciale intérieure, l’industrie en question et, au contraire, établir un système protecteur de tarif douanier limitant l'importation aux nécessités nationales et empêchant la concurrence étrangère de ruiner les efforts nationaux.
Certains auteurs prétendent que la lecture de Chaptal « convertit Frédéric List ». Marguerite Hirst, qui croit que List fut converti avant son voyage en Amérique, estime que List eut connaissance de l’œuvre de Chaptal avant son arrivée sur le continent américain et penche donc vers cette opinion.
L'ouvrage de Chaptal, s’il eut un certain succès en France, en eut un bien plus vif aux Etats-Unis, où les partisans de la protection, amis d’Henry Clay, ne manquaient pas de collectionner les ouvrages français confirmant leur thèse : il est probable que ce fut Ingersoll qui révéla Chaptal à List. Mais nous ne pouvons pas parler de conversion. On a cherché souvent à faire de List un libéral repenti qui, après avoir essayé de faire triompher en Allemagne les idées libérales, parcourut son chemin de Damas et renia ce qu’il avait adoré. Nous nous sommes attaché à démontrer qu'il n’y avait pas eu conversion mais logique évolution. Le libéralisme « intérieur » de List appelle son protectionnisme. À toutes les phases de son existence, notamment lors de la création de la Société de Commerce et de sa rivalité avec Elch, il spécifie qu’il n’adopte nullement les théories libre-échangistes. Il n’a jamais changé d’opinion. Les partisans de la conversion s’appuient sur une
Une conversion?
Intérêt des « Lettres »