LUE
intitulé « De l’importance d’une industrie manufacturière nationale ». 11 y reprend (lui-même dira l’avoir repris pour lui autant que pour les autres) son exposé de l’importance que présente pour un Etat la force industrielle, considérée comme la productrice de tous les autres biens. Il met en relief la nécessité pour les industriels d’être unis par et dans le service national et d’être défendus contre la concurrence étrangère par les soins de l’Etat. D’où la nécessité pour les petits Etats d’une grande nation, composant pour List l'Etat par excellence, de s’unir sous une discipline unique.
Cette étude eut en Allemagne un assez grand retentissement. Rotteck qui avait été le collaborateur de List pour le Staatslexicon, prit nettement position contre lui. Il lui reprocha, dit List, « d’avoir pris pour texte de mes plaintes la détresse des fabricants, et non l’écoulement des espèces et l’appauvrissement de l'Etat ». Il l’accusa d’inventer un système qui favoriserait les industriels allemands au détriment de toutes les autres forces de la nation. La vérité est que Rotteck évoluait dans le sens libéral et en même temps s’éloignait de la doctrine d’union nationale. List lui répondit sèchement. La querelle ne cessa de s’envenimer; Rotteck finit par se brouiller avec List, et voici le jugement que List portera sur lui : « il eut fait plus sagement d’avouer franchement dans ses écrits comme dans ses discours parlementaires qu’il ne possédait pas la moindre notion pratique en matière de commerce international et de politique commerciale, et que le domaine de l’économie politique lui était entièrement étranger, au lieu de s’expri-
mer dans les uns et les autres de manière à diminuer son
autorité en d’autres domaines ».
Il envoie également des articles à la Gazette d’Augsbourg, que dirige toujours le Docteur Kolb, avec lequel il échange une correspondance affectueuse. Le compte rendu que List donne, dans cette Gazette, de l’Exposition industrielle de Paris de 1839, où il reprend ses arguments nationalistes, lui vaut, dans les colonnes du même journal, une réponse du professeur Rau, de l’Université d’Heidelberg, qui lui reproche surtout de ne citer que Smith et Say comme représentants de l’idée libérale, et de ne pas mentionner les principaux membres allemands de l’école cosmopolite. List répondit qu'il l'avait fait dans le
Rotteck
€ La Gazette d'Augebourg >
Un deuil cruel
rieures, il faut convenir qu’il avait pratiquement raison.
but d'éviter de nouvelles polémiques. En effet List se prépare plus sagement que jamais à sa besogne de rénovateur national et, pour cela, il fait effort sur lui-même pour ne point risquer de nouvelles querelles de doctrine. Peut-être aussi est-il guidé dans cette nouvelle voie et par son désir d’apaiser ses contradicteurs éventuels, et par son désir de ne pas signaler à l’attention du public allemand ceux de ses compatriotes qui s’opposent à sa doctrine. Mais ce qui le guide est essentiellement la volonté d’éviter de nouvelles attaques : ne nommant que les maîtres étrangers de la doctrine cosmopolite, il sait fort bien que les partisans allemands de cette doctrine ne se tiendront pas pour battus et manifesteront leur activité, mais il met ainsi le combat sur un terrain moins brûlant et, en ces temps de luttes inté-