‹ Frédéric List: Sa vie, son œuvre, son influenceChapitre 24 sur 55 · LE · texte numérisé non relu

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Et List en vient maintenant à l’étude économique des Français. Il rend hommage aux monastères auxquels la France, de même que le reste de l’Europe, « doit la meilleure part de ses progrès en agriculture durant le moyen âge » (1). Il constate : « Les Croisades, la fondation par saint Louis des Communes et des Corporations (2) et le voisinage de l'Italie et de la Flandre aidèrent de bonne heure au développement des arts et des métiers en France. »

Pour lui néanmoins la période brillante de l’industrie française ne commence qu’avec Colbert. List semble ignorer à peu près tout de l’importance de la Renaissance pour la France, et il connaît assurément mal l’œuvre économique de Sully, de Richelieu et de Mazarin. C’est même à l’égard de la France qu’il manque le plus de cet esprit de synthèse qui seul permet aux historiens de comprendre l’évolution tant intellectuelle qu’économique d’un peuple.

Son ignorance de la grandeur de la France avant re rivée au pouvoir de Colbert est complète : dans le Système National, c’est à Colbert qu’il attribue le mérite d’avoir le premier attiré en France des artistes et des ouvriers étran-

(1) List est protestant, et, souvent, il ne peut s’interdire une pointe à l’endroit des institutions catholiques. Il pratique toujours la restriction dans ses louanges. C’est ainsi que rendant hommage à l’œuvre économique des monastères, il ne peut s'empêcher d'écrire : « C’est aux monastères, qui, dans la suite, devinrent un si grand obstacle à la civilisation.… »

(2) On sait que c’est là une erreur historique. La corporation, subordonnée aux seigneurs, apparaît en France aux environs de 1060,

8ers (1). Pendant son séjour en France en qualité d’envoyé des Etats-Unis, on le rapprocha des théoriciens étatistes lorsqu'il émit une opinion favorable aux subventions et aides matérielles accordées par l'Etat aux représentants de l'élite intellectuelle d’un pays. Pour la France, il citait l'œuvre accomplie dans ce sens par Louis XIV. 11 a donc, dès le point de départ, une vue très erronée de notre histoire nationale. I1 a été séduit par l’œuvre et la personnalité de Colbert, et il n’a pas compris que Colbert est plus un génial continuateur qu’un innovateur. Il a présidé à l’évolution de l’économie française, mais n’a point fait de révolution. Cela, List ne le voit pas, on pourrait même dire qu’il ne veut pas le voir tellement il se plaît à faire de Colbert un lutteur dans son genre, en opposition avec toute la politique précédente. Cette injustice est typiquement exprimée lorsqu'il fait partir de Colbert la protection par l'Etat des grandes valeurs intellectuelles, et la puissance impériale de la France. II est curieux de constater que sur ce point List a subi l'influence des théoriciens de son époque, de ces théoriciens qui, dans un esprit de

(1) Pour ne citer que quelques exemples, apprécions l’attitude de Louis XIII à l'égard des artistes peintres : Louis XIII loge au Luxembourg et charge de la décoration du dôme de la Sorbonne le Belge Philippe de Champaigne et pensionne le Flamand Rubens. Mieux encore, il fait quérir à Rome le Français Nicolas Poussin qui y résidait et le loge au Louvre. Louis XIV n’a fait que continuer la politique de son père. Si, toujours à titre d'exemple, on dresse la liste des écrivains, artistes ct savants matériellement soutenus par Louis XIII, nous trouvons les noms des premiers académiciens Conrart, Maleville, Chapelain, Cerisey, Gombauld, Godeau, Habert, Ménage, Gomberville, Bois- Robert, d'Urfé, Vaugelas Corneille lui-même; le médecin Bouvard, l’anatomiste Héroard, l’ingénieur Desargues, les mathématiciens Roberval, Dubreuil et Fermat, l’abbé Bouilliaud, l’astronome Fabri de Peirese, le géographe Picard, le botaniste Cornut, le chirurgien Guy Patin, le juriste Julien Lebret (et l’internationaliste Grotius, Hollandais qui fut pensionné), les peintres Le Naïn, Bourdon, Le Sueur, Vouet, les architectes Le Roy et Le Mercier, les sculpteurs Bourdin, Guillain, Anguier, le jardinier Boyceau, le miniaturiste Nicolas Robert, les graveurs Callot et Bosse, le calligraphe Jarry, les musiciens Hervelois, Mauduit, Caurroy, Guédron, Boësset, Lambert, Danican-Philidor, Bournonville. L’injustice de List à l'égard de tout ce qui précède Louis XIV et Colbert, et notamment à l'égard de Louis XIII et de Richelieu, est particulièrement caractéristique de la conception de l'histoire économique française en Allemagne, et même en France. List a été très loin dans cette erreur, puisqu'il oublie complètement les antécédents immédiats des actes de Colbert qu’il croit originaux et dont nos exemples veulent prouver qu’ils n'étaient que la continuation d’une méthode ayant déjà donné de beaux résultats.

La politique agricole de Colbert

Il déforme la vérité historique

simplification purement doctrinale, font succéder à une ère de demi-sommeil l’ère resplendissante du mercantilisme colbertien. Cette séparation arbitraire que List fait entre les temps pré-colbertiens et les temps colbertiens, la Renaissance n’apparaissant pour lui que comme une sorte d’heureux accident, prouve, de sa part, une insuffisance grave dans sa compréhension de la mentalité nationale française. L’économiste, ici encore, s’est servi de l’histoire plus qu’il ne l’a servie.

Ainsi Colbert va le premier, au dire de List, comprendre la nécessité d'attirer en France ceux qui, par leur industrie, font la fortune de l'étranger, et celle de supprimer ou tout au moins d’amoindrir les douanes intérieures (enceinte des cinq grosses fermes), de protéger les industries naissantes et de multiplier le nombre des manufactures, d’améliorer les moyens intérieurs de transports. Enfin, il l’admire d’avoir tenté de diminuer le taux de l’intérêt et d’avoir humanisé les impôts.

Il examine maintenant la politique agricole de Colbert. Dans son esprit, il n’y avait pas de politique systématique du blé : Colbert se serait contenté de faire obstacle à l'exportation des grains lorsque ceux-ci étaient chers. Il se contredit un peu lui-même, admirant parfois cette mesure pour la déplorer un peu plus loin. Il cherche en tous cas à justifier Colbert, écrivant dans le Système National que le développement de l’industrie manufacturière et la demande des produits agricoles indemnisèrent largement l’agriculture du tort que lui causaient les restrictions. A dire vrai, List élude la question et, lorsqu'on étudiera sa théorie en matière agricole, on comprendra très bien les raisons de sa gêne.

Demeurant ici, comme List, dans les considérations d'histoire économique, il convient sans doute de redresser les faits que déforme notre auteur. Le roi, bien avant l’arrivée de Colbert au pouvoir, pratique une politique du pain à bon marché. « Dans ce but, la culture des céréales est considérée comme la culture fondamentale, et il est interdit de lui substituer sans autorisation des cultures jugées plus rémunératrices… La constitution des stocks est interdite; le producteur doit amener ses grains au marché public, où les particuliers sont admis à vendre aux marchands et où les transactions s'effectuent sous la surveillance des au-

torités de police. Chaque région doit normalement se suffire et consommer ses grains. L’exportation de province à province et, à plus forte raison, l’exportation hors du royaume n’est permise qu’aux années d’abondance. » (Olivier-Martin.) Ce n’est qu’en mai 1763 que, sous la poussée physiocratique, le roi rend libre le commerce intérieur des grains, permettant même en 1764 une liberté relative de l’exportation. L’argument des physiocrates est que le produit net de l’agriculture se relèvera si on laisse monter le prix du blé, ce qui stimulera la culture en permettant une plus grande pratique des soins agricoles coûteux. « Le consommateur paiera plus cher, mais ne manquera pas de grains, car le commerce, libéré de toute entrave, encouragé par une certaine marge de gain, saura bien répartir la récolte dans tout le pays ou en faire venir de l’étranger. » (Olivier-Martin.) Tout cela conduisit Turgot à établir la liberté absolue des grains en 1774. De mauvaises années de récôlte, l’augmentation terrible du coût de la vie furent parmi les causes de la chute de Turgot et imposèrent le retour à la règlementation traditionnelle, qui, un peu atténuée, règnera jusqu’en plein x1x° siècle. Tels sont les faits, et il est bon de les connaître pour être en mesure non seulement de comprendre l’erreur commise par List dans ses études historiques, mais pour pouvoir commenter avec des bases historiques les affirmations doctrinales que nous aurons à étudier.

Pour List, qui raisonne ici d’une façon peu mesurée, toute la chute du système colbertien vient de la révocation de l’Edit de Nantes! Non seulement il n’y a pas alors de chute de ce système, maïs encore le jugement de List est ici visiblement déformé par une crise d’anticléricalisme, Il se plaît à dire que l’œuvre de Colbert fut ruinée « en trois ans par les intrigues d’une maîtresse bigote, qui firent retomber la France dans son apathie » (1). Il aurait gagné à plus de modération, ne s'étendant que sur l’erreur commise par la France en se privant d’éléments actifs qui, chassés du territoire natal, allaient faire profiter de leur science et de leur habileté les puissances concurrentes.

(1) Opinion absolument contraire de M. Jacques Boulenger dans Le Grand Siècle.

Le traité d'Eden

Bien-fondé du protectionnisme en France

Les Allemands

Lente évolution

Avec beaucoup plus de sens critique, il signale les désastres occasionnés par les « rééditions avec la France du traité de Méthuen », où l’Angleterre pratique à l'égard de la France les mêmes procédés qu’elle avait pratiqués à l'égard du Portugal, obtenant par le traité de Versailles de 1785 (que List appelle, de même qu’il parle du « traité de Méthuen » pour le Portugal, « traité d’Eden », du nom de son signataire anglais, William Eden, d’ailleurs plus connu sous le nom de Lord Auckland). Ce traité, aboutissait pour la France à favoriser en partie son exportation des vins et des objets de luxe cependant que l'Angleterre pouvait exercer sa concurrence sur tous les grands domaines de la production industrielle française, et List observe très justement : « La concurrence anglaise avait fait naître en France un goût pour les articles anglais qui entretinrent longtemps après l’abandon du traité une contrebande étendue et difficile à réprimer, cependant que les Anglais n’eurent pas autant de mal à accoutumer de nouveau. leur palais aux vins de la péninsule. »

Observant les avantages de la production des fabriques sous la période impériale, il constate que la concurrence anglaise, réduite jusque-là à la contrebande, reprit un caractère officiel après la chute de Napoléon, l'Angleterre condamnant pour la première fois le protectionnisme et vantant le libre-échangisme d'Adam Smith. « Le libre commerce avec l’Angleterre causa de si terribles convulsions dans une industrie qui avait grandi sous le système continental, qu’il fallut chercher un prompt refuge dans le système prohibitif, sous l’égide duquel, au témoignage de M. Dupin, l’industrie manufacturière de la France doubla de 1815 à 1827. »

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Et List étudie l’histoire économique des Allemands, Il ne nous est pas utile de nous étendre sur ces commentaires, car nous ne ferions que reprendre les opinions de List déjà signalées en retraçant l’histoire de sa vie.

Il constate que l’agriculture des Allemands demeura longtemps barbare, malgré l’influence des villes et des monastères. Les associations entre villes furent « fortes pendant quelque temps grâce à l’esprit de liberté qui les ani-

mait au début, mais il leur manquait la garantie de la durée et le ciment du principe d'unité ». Il constate que « les villes n’auraient pu parvenir à l'unité qu’à l’aide de la monarchie héréditaire » opposée au principe d'élection impériale, Voici pour lui les grandes causes du « malheur de la nation allemande » : « l’invention de la poudre et de l’imprimerie, la prépondérance du droit romain, la réfor-

mation, la découverte de l'Amérique et de la nouvelle route de l’Inde » (1).

List déclare que : « L'Allemagne a suivi dans sa civilisation une marche différente des autres pays. Alors que partout ailleurs, les progrès intellectuels ont été la conséquence des progrès matériels, en Allemagne, les progrès matériels ont été la conséquence de la culture morale. » C'est pourquoi il observe que la civilisation des Allemands est « pour ainsi dire théorique » et c’est par cela qu’il explique le succès en Allemagne des systèmes idéalistes et notamment du système libéral. Avec un peu d’exagération, il fait partir les progrès manufacturiers en Allemagne de l’arrivée sur le sol allemand des Français expatriés par la Révocation de l’édit de Nantes. Il admire sans restrictions le génie de Joseph II dont les procédés lui semblent compa-

(1) On a parlé de la « haine » de List pour le droit romain, Nous la retrouvons exprimée dans ce paragraphe constatant la faiblesse de l’Allemagne au commencement du xvir° siècle :

« L'adoption du droit romain n’affaiblit aucun pays autant que l'Allemagne. L'incroyable confusion qu’elle apporta dans les relations privées n’en fut pas la pire conséquence. Elle causa plus de mal encore en créant une caste de lettrés et de juristes séparée du peuple par l'esprit et par le langage, qui traita le peuple comme un ignorant, comme un mineur, refusa toute valeur au sens commun, substitua partout le secret à la publicité, et, placée sous une étroite dépendance de l'autorité, fut partout l’organe et le champion de celle-ci, s’opposant partout à la liberté. C’est ainsi qu’au commencement du xvirr° siècle, nous ne voyons encore en Allemagne que la barbarie; barbarie dans la littérature et dans la langue; barbarie dans l’administration et dans la justice; barbarie dans l’agriculture; disparition de l’industrie manufacturière et du grand commerce; absence d’unité et de force nationales: partout impuissance et infériorité par rapport l'étranger. Les Allemands n’avaient conservé pour eux qu’une seule chose : leur caractère primitif, source de leur goût pour le travail, pour l’ordre, pour l’économie, pour la modération, de leur courage persévérant dans l'étude et les affaires, de leur sincère désir du mieux. Ils avaient gardé leur grand fond naturel de moralité, de mesure et de réflexion. »

De telles opinions sont fréquemment émises en Allemagne de nos jours. M. Sombart et M. Othmar Span, notamment, ne sont pas éloignés de la pensée de List à l'égard du Droit Romain,

Les Russes

Les Américains

du Nord Les méthodes

anglaises

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rables à ceux de Colbert. Surtout, il constate les effets du blocus continental, exigeant l’essor des manufactures tant allemandes que françaises. Mais au retour de la paix, la concurrence anglaise menace de ruiner la prospérité commençante de l’Allemagne. Le tarif douanier prussien de 1818 marque le commencement d’une ère nouvelle et la Foire de Francfort-sur-le-Mein de 1819 consacrant une association pour la suppression des douanes intérieures, va révéler à l’Allemagne son propre avenir.

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Pour la Russie, c’est à Pierre le Grand que va l’admiration de List, mais il constate l’influence néfaste des libreéchangistes qui dominèrent jusqu’à la réaction du comte Nesselrode. |

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List va étudier longuement l’histoire économique des Américains du Nord.

« Les colonies de l’Amérique du Nord furent tenues par la métropole (anglaise), sous le rapport des arts industriels, dans un si complet asservissement, qu’en dehors de la fabrication domestique et des métiers usuels, on n’y toléra aucune espèce de fabrique. » Il cite des faits précis : « En 1750, une fabrique de chapeaux établie dans le Massachusetts provoqua l’attention et la jalousie du Parlement, qui déclara toutes les fabriques coloniales dommageables au pays (Common nuisances), sans en excepter les forges, dans une contrée qui possédait en abondance tous les éléments de la fabrication du fer. En 1778 le grand Chatham, alarmé par les premiers essais manufacturiers de la Nou- “elle-Angleterre, soutint qu’on ne devait pas permettre qu’il se fabriquât dans les colonies un fer à cheval. »

Il ne prononce pas une condamnation à l’égard de l’Angleterre, mais il observe que sa tentative de monopolisation de l’industrie manufacturière fut la principale cause de la révolte de la colonie. Et ceci confirme ce que nous disions précédemment, à savoir que, dans l'esprit de List, les peuples doivent défendre chacun leurs intérêts propres, les uns cherchant à assurer la pérennité de leur domination, les

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autres consacrant tous leurs efforts à parvenir à l’émancipation. Nous entendons bien qu’on peut s'appuyer sur cette idée pour prétendre que le système de Frédéric List est profondément inhumain, qu’il consacre la nécessité d’une lutte permanente entre des pays d’évolution différente et dont les intérêts sont en opposition. Mais cette idée, au fond, n’est pas inhumaine. Elle présente le défaut de se réfugier dans des considérations chimériques. List croit que de cette lutte nécessaire jaillira l’égalité future des peuples. Et nous avons déjà dit que cet idéal lointain d’une égalité garantie par la liberté commerciale est une négation théorique des différences techniques et géographiques qui s’imposent entre les nations.

List constate que la politique des Etats-Unis ne s’orienta vers la protection que sur la demande expresse du peuple américain aidé par Washington « vêtu d’un habit en drap indigène ». List ne cite même pas, dans le Système National son illustre ami Henry Clay. Mais il signale l’œuvre accomplie par Madison pour ruiner la concurrence anglaise. Il remarque qu’aucun pays n’a été si mal jugé par les auteurs libéraux que cette Amérique « vouée par Smith et par Say à l’agriculture, tout comme la Pologne », condamnée à servir la métropole, à lui fournir des matières essentiellement nécessaires à son industrie qu’elle lui restituera en partie et avec bénéfice sous forme d’objets manufacturés.

List montre l’opposition entre les espérances fondées par l’école libérale sur la jeune nation américaine et le bon sens de celle-ci, la conduisant à renier cette doctrine. L'Amérique a compris que « l’agriculture d’un pays ne peut parvenir à un haut degré de prospérité qu’autant que l’échange des produits fabriqués est garanti pour l’avenir; que si l’agriculteur demeure dans l’Amérique du Nord et le manufacturier en Angleterre, cet échange sera fréquemment interrompu par la guerre, par des crises commerciales ou par des mesures restrictives adoptées à l’étranger; que, par conséquent, pour asseoir sur une base solide la prospérité du pays, le manufacturier, selon l’expression de Jefferson, doit s'établir à côté de l’agriculteur. Les Américains du Nord comprenaient enfin qu’une grande nation ne doit pas poursuivre exclusivement des avantages matériels immédiats, que la civilisation et la puissance, qui, comme

est que

Washington

List moins historien contradicteur

de Smith

Les leçons de l'Histoire

Adam Smith le reconnaît, sont des biens plus précieux et plus désirables que la richesse matérielle, ne sauraient être acquises et maintenues qu’à l’aide de l’industrie manufacturière; une nation qui se sent appelée à prendre place parmi les plus cultivées et les plus puissantes, ne doit reculer devant aucun sacrifice pour posséder la condition de ces biens alors que cette condition, les Etats voisins de l'Atlantique la possédaient Si les Etats de l’Atlantique n’étaient pas manufacturiers, ils ne pourraient pas se maintenir au même degré de civilisation, ils déclineraient sous tous les rapports. C’est cet exemple qui a amené les Etats-Unis à restreindre l’importation des articles fabriqués à l’étranger et à protéger leurs propres fabriques. » Ainsi l'Amérique apparaît à List comme le meilleur exemple de son système.

Quelles leçons générales List tirera-t-il de ces données historiques? La lecture du chapitre du Système National consacré à l’exposé de ces leçons (1) déçoit.

On n’en peut retenir, à côté de redites inutiles, que quelques formules. Il remarque notamment qu’un peuple ne parvient à la grandeur économique que s’il jouit de la liberté politique. Mais cette liberté, dans son esprit, est bien différente de celle que prêchent aujourd’hui les grands démocrates. Prenant ce thème de la liberté, il insiste judicieusement sur la nécessité de la liberté intérieure qui seule permet pour lui l'établissement du nationalisme économique et justifie son bien fondé international. Il éprouve le besoin de revenir sur le cas de Colbert. C’est, cette fois, pour trouver au mercantilisme colbertien des antécédents anglais. Il donne là une opinion basée sur quelques faits mais n’autorisant pas une telle généralisation. Une vue plus impartiale de l’histoire économique l'aurait conduit à étudier les précédents espagnols et à constater au contraire combien les Anglais se servirent chez eux de l'expérience colbertienne : c’est ce qu’a très logiquement

démontré dans son cours le professeur Perreau, en mon-

trant que le système colbertien réalise la perfection du

(1) Première Partie, chapitre X.

mercantilisme, PEspagne n’en donnant qu'un exemple incomplet, accidentel, et l’Angleterre n’exploitant à son tour ces principes économiques que pour justifier les faits et gestes d’une politique d’opportunisme conquérant. List conclut enfin en reprenant son idée fondamentale, la grande leçon qu'il tire de son exposé historique, à savoir qu’un peuple doit subir tour à tour trois phases de son évolution économique : liberté initiatrice, protection sacrificielle, liberté émulatrice.

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