‹ Frédéric List: Sa vie, son œuvre, son influenceChapitre 25 sur 55 · C2 LE · texte numérisé non relu

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Telle est l'œuvre historique de Frédéric List. Qu’en doiton penser, en définitive? On remarque évidemment une grande absence de méthode : List passe en revue certains faits à l'exclusion de certains autres, et le tri auquel il se livre n’a pas d’autre but que de soumettre l’histoire au service de sa doctrine. On ne peut pas parler d’une étude scientifique des faits historiques du point de vue de l’économie : c’est au contraire un exposé littéraire, celui d’un journaliste particulièrement érudit, sachant discerner dans l’histoire humaine les exemples caractéristiques qui orneront, tant d’une façon positive que d’une façon négative, les principes que sa théorie se réserve d’exposer.

Ce que l’on peut encore condamner, c’est cette séparation faite entre l’histoire économique et la doctrine proprement dite. L'histoire n’apparaît, dans ces conditions, que comme une imagerie servant de préambule. Cet avantpropos ne prend pas ainsi la force d’une démonstration. Au contraire, si List, ayant au besoïn écrit pour lui-même ce résumé non pas de l’histoire économique des peuples, maïs de certains faits de cette histoire observés en fonction du système national, avait ensuite utilisé ses matériaux au fur et à mesure que l’exigeait le développement de sa doctrine, il eut été beaucoup plus convaincant.

Ainsi on peut dire que la faiblesse de son exposé historique vient de ce que d’une part il ne s’en est pas servi pour tirer en conclusion les leçons fondamentales qui seront à la base de sa doctrine et que, d’autre part, il n’a pas fait un exposé assez complet pour que les exemples illustrant cette doctrine s'imposent avec force à l’attention du lecteur, Son exposé historique est cependant surtout

Que penser de l’œuvre historique

de List?

Une division arbitraire

Un exposé illustratif et non démonstratif

Les excuses de List

Ce qu’on doit retenir

illustratif, mais il ne s’agit que d’une sorte de préambule et l’on sent que ce préambule n’est pas scientifique.

List a d’ailleurs bien des excuses : il est vraiment le premier à avoir cherché dans l’histoire des leçons utiles au raisonnement économique. Qu'il ait cherché ces leçons après coup, encore qu’il ait eu la prudence de les signaler avant d'exposer sa théorie, cela n’est pas douteux. Son procédé n’est pas scientifique, mais il indique à la science économique un domaine que jusqu'alors elle n’a pas abordé. Par ces faiblesses mêmes, par ces erreurs d’application, il compose un procédé tout nouveau d’études économiques, étant entendu que ceux qui se serviront de ces exemples tireront de ces faiblesses la prudence dont ils auront besoin.

On peut dire, malgré l’opinion personnelle de List, que dans le Système National et dans toute son œuvre, la partie historique est assurément la moins importante. On comprend, à ce point de vue, le peu de cas qu’en fait M. Rist dans son Histoire des doctrines économiques. Mais on ne peut pas considérer comme un accident ce qui en réalité est une révélation : que List se soit servi avec insuffisance et avec gaucherie de l’histoire, cela n’empêche pas qu'il est le premier à avoir joint à une étude de doctrine une étude historique. Nous verrons d’ailleurs, en étudiant l'influence de Frédéric List, que cette leçon servit à de nombreux économistes postérieurs.

Si List n’a pas su faire un tout de sa doctrine et des lecons historiques qui ont présidé à son élaboration, il faut penser que cela lui était difficile, pour ne pas dire impossible, en cette époque où la doctrine est maîtresse et où l’histoire ne joue dans l’économie politique qu’un rôle anecdotique ou récréatif. Il y a donc bien là la révélation d’une méthode nouvelle, qui aura pour premier résultat de contraindre l’économie politique à respecter les réalités sociales.

De l'initiative de List nous retiendrons trois choses essentielles, plus vraies pour Frédéric List que pour aucun autre

Premièrement, l’économie politique n’est pas une science abstraite, mais elle est la science maîtresse des Peu: ples s’appuyant sur leur expérience vitale.

Deuxièmement, les principes de l’économie politique ne se découvrent pas par un simple travail de raisonnement

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d’où ne sourdent que des propositions idéologiques, mais s’appuient sur les réalités de l’histoire et président aux modifications des destinées historiques des peuples.

Troisièmement, il n’y a pas de cloison étanche entre la discipline historique et la discipline économique. Elles s’interpénètrent, influent l’une sur l’autre, ne s'expliquent que l’une par l’autre. On pourrait presque dire que List est l’'inspirateur de cette belle formule de Roger Sémichon : « L'histoire est mère et fille de l’économie, pourrait-on dire si l’on ne pouvait également prétendre que l’économie est mère et fille de l’histoire. Disons tout simplemer+t qu’elles sont sœurs »,

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