CHAPITRE Il
| La Doctrine :
Les Idées générales de Frédéric List en Economie politique
List distingue l’économie politique de l’économie cosmopolite, Les
richesses et le pouvoir de créer des richesses : théorie des forces pro-
ductives. Division du travail. De l’économie privée à l’économie nationale. Essai d’une définition d’une économie politique.
Economiste, et qui plus est économiste allemand, List n’attache pas moins d’importance à l’exposé de ses idées générales en matière économique qu’à celui de sa théorie constructive. Son programme repose sur des bases philosophiques et scientifiques qui en sont à ses yeux la plus haute justification. Lorsqu'il précise sa pensée, dans ce vaste domaine des idées générales de l’économie politique, il affirme son originalité, qui autorisera l’originalité de son système constructif, et s'oppose aux conceptions habituelles à ses prédécesseurs. Ce nous sera donc l’occasion, en suivant la pensée de List, en la confrontant avec celle d’économistes éminents, en la commentant avec impartialité, de pénétrer à la fois au cœur même de sa doctrine et dans le domaine complexe des querelles de méthodes, des luttes d’idées auxquelles il a pris part avec ardeur.
Ce ne sont là, disions-nous, que des idées générales; ce n’est là qu’un travail préparatoire, et c’est bien ainsi que l’entendait List. Pour se convaincre de l'intérêt éminent que List lui portait, il suffit de signaler que List y consacre
Intérêt porte par List
à l’élaboration
de ses idées générales
Economie cosmopolite et
économie politique
113 pages des 467 pages du Système National (1) et, selon Eichhorn, les 2/5 de ses autres écrits.
List va d’abord s’efforcer de distinguer sa conception personnelle de l’économie politique de la conception classique admise par l’école libérale.
Les libéraux, dans l'esprit de List, n’ont jamais étudié l’économie politique proprement dite. En effet, l’économie politique est pour lui la science qui enseigne comment une nation arrive à la prospérité. Or, Quesnay, Smith et Say, pris en exemple, pratiquent la science qui enseigne Comment le genre humain peut arriver au bien-être. Cest là une formule fréquemment reprise par List et qui dénote une méconnaissance absolue de l’œuvre des physiocrates français, ceux-ci ayant toujours prétendu que la prospérité du monde dépend de celle des Etats, et réciproquement, et n’ayant par conséquent rien écrit qui permit de distinguer entre deux sciences économiques. Mais List considère au fond que celui qui subordonne la prospérité d’une nation à celle de l’univers ne relève pas de la même discipline que celui qui se contente d'étudier les modes d’acquisition de la prospérité par une seule nation. Il y a donc une première division qui s’impose dans les études économiques : d’une part, l’économie cosmopolite, c’est-à-dire l’étude de l’économie universelle; d’autre part l’économie politique, c’està-dire l’étude de l’économie de la nation. Tant que List reste sur le plan didactique, cette division méthodique de la science économique ne peut pas surprendre : lorsque List, journaliste à Reading, propose ainsi un nouveau plan pour l'étude de l’économie humaine, il est dans la logique même des choses, et son plan d’étude confirme la division chère à tous les manuels d’économie politique entre, par exemple, le commerce intérieur et le commerce international. Mais où List s’égare, c’est lorsqu'il distingue deux sciences, dont l’une, qu’il intitule économie nationale, serait la seule qui pourrait vraiment prétendre au caractère scientifique parce que seule elle présenterait un champ complet d’études, études pratiques s'entend, cependant que l’autre, économie universelle ne serait qu’une confronta-
() Dont 85 sont constituées par les six premiers chapitres du Livre II.
mie
tion de théories. Ainsi Say, lorsqu'il présente les avantages de la liberté du commerce, admet l'existence d’une république universelle qui n’existe pas; il prend pour base de ses études une vue de son esprit; il raisonne sur des suppositions; il expose un idéal et soumet l'efficacité de sa méthode à la réalisation de cet idéal qu’il considère néanmoins comme pratiquement obtenu pour placer son raisonnement : il y a là un véritable cercie vicieux. List note que Say distingue une économie publique, celle qui s'attache à l’étude d’une économie nationale, et une économie politique qui correspond sensiblement à ce que lui, List, appelle l’économie cosmopolite.
Chacun pose les définitions qui favorisent sa doctrine : si les libéraux ont défini l’économie politique au sens cosmopolite, c’est que cette définition permettait l’échafaudage d’un raisonnement sur le libre-commerce et l’ordre naturel des choses du monde. Il y a là pour List un postulat inadmissible parce que non réalisé, Ce postulat, List l’appelle : « l’idée d’une confédération de tous les peuples dans la paix perpétuelle ». C’est d’ailleurs une idée que notre auteur ne rejette pas; il a confiance dans les progrès de la civilisation et de la fraternité internationale : il signale le télégraphe comme facilitant les relations entre hommes de pays différents, et il déclare, avec un optimisme que les temps modernes ont démenti, que plus l’industrie avance, moins la guerre devient possible. Mais l’école libre-échangiste a, selon lui, commis une faute impardonnable en soumettant ses études aux vues chimériques d’un idéal lointain. Elle a défiguré la science économique par ses raisonnements sur des choses inexistantes, par sa conception d’un ordre naturel, qui, dans l’état présent du monde, ne peut pas exister. « L'école a négligé de tenir compte des nationalités, de leurs intérêts, de leur état particulier, et de les concilier avec l’idée de l’union individuelle et de la paix perpétuelle. L'école a admis comme réalisé un état de choses à venir. Présupposant l’existence de l’association universelle et de la paix perpétuelle, elle conclut par les avantages de la liberté du commerce : ainsi elle confond l'effet avec la cause. »
List est un réaliste : la liberté du commerce, dit-il, ne peut s’étendre que par le développement graduel de l’union entre peuples. Et ce lui est une oceasion de s’opposer aux
La conception libérale suppose la paix perpétuelle
Réalisme de List
Division de l’économie politique, ou division pratique des études économiques ?