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ce qui lui vaut l’occupation de ses états par les armées napoléoniennes.
La paix de Lunéville en 1801 accorde à la France la rive gauche du Rhin, mais le duc Friedich signe une paix séparée en 1802, où il accorde le Montbéliard à la France, et recoit l'électorat, quelques villes libres, dont Reutlingen, et quelques territoires ecclésiastiques sécularisés. C’est à ce moment que le membre du Magistrat municipal Jean List devient conseiller municipal de la ville wurtembergeoïise de Reutlingen. Ce fut une des premières opérations du célèbre « recès » dont les Etats catholiques firent les frais. En 1805, le duc de Wurtemberg, devenu l’allié de Napoléon I°, obtient le titre de roi et de nouveaux avantages territoriaux.
Jusqu'en 1806, le Saint-Empire romain germanique demeure la forme politique officielle. M. Gidel constate qu’ «il craque de tous les côtés, la puissance impériale étant battue en brêche par la féodalité ». Le mouvement de concentration territoriale dû au recès eut pour conséquence d’assurer dans la Diète du Saint-Empire la prépondérance des protestants, à l'encontre des catholiques qui avaient été jusquelà en majorité. En 1805, le traité de Presbourg, celui-là même qui reconnaît la royauté de Friedrich de Wurtemberg, « sonne la pompe funèbre du Saint-Empire romain germanique ».
« La combinaison qu’adopta Napoléon, dit M. Gidel, consista à grouper le plus grand nombre possible d'Etats allemands sous sa protection dans un nouveau système fédératif. Ce n’était pas une idée originale. Napoléon ne faisait que reprendre un système que Mazarin avait déjà créé et appliqué en 1658 dans la Ligue du Rhin. Mais il fit revivre ce précédent avec plus d’ampleur, et, sous le titre de Confédération du Rhin, Napoléon réunit seize Etats ». Deux forces antagonistes s’organisent : d’une part la Confédération du Rhin, dont Napoléon a le titre de Protecteur et dont la Diète est présidée, grâce à la prudence de Napoléon, par un ecclésiastique, le Prince primat, ce qui évite toute
question de droit de succession; d’autre part, l’association
de fait entre la Prusse et les Etats allemands nordiques et centraux, que le traité de Tilsitt empêcha de devenir officielle.
Tant que dura la Confédération du Rhin, Napoléon fut le chef incontesté des Etats confédérés : en tant que Pro-
PRE. De
tecteur, il s’octroie le libre emploi des armées confédérales, la surveillance de la Diète (qui ne fut d’ailleurs jamais constituée et n'eut d’autre réalité que la personne de son président), le droit de conclure les traités et de réaliser les annexions. Ce système, ruiné dès 1811, demeura officiel jusqu’en 1813.
Pour nous, il a non seulement une grande importance historique qui nous aidera à comprendre les réformes préconisées par List, mais il nous explique en grande partie les idées chères à List sur l’alliance morale germano-française. List fut indigné lorsqu’à la bataille de Leïpzig, la plupart des troupes wurtembergeoises trahit Napoléon et passa à l’ennemi. Maïs, ainsi que l’explique M. Reybel, le duc de Wurtemberg n’avait rien à perdre à cette opération dont le traité de Fulda fut à la fois la conclusion et la récompense. En 1815, Wilhelm I‘ montait sur le trône royal de Wurtemberg.
C’est en cette année 1815, après l’échec des propositions du prince von Hardenberg battues en brèche par Metternich, que fut constituée la Confédération germanique. Officiellement cette Confédération est constituée par l’Acte de Vienne du 8 juin 1815, mais une chose aussi importante que la réorganisation de l'Allemagne ne pouvait se concevoir sans un examen approfondi de ces circonstances par les diplomates étrangers, et c’est pourquoi l’Acte Final du Congrès de Vienne du lendemain 9 juin 1815 en reprend les dispositions. Il est intéressant de rappeler les noms très connus des représentants des différentes puissances : Metternich pour l’Autriche, Talleyrand pour la France, Nesselrode pour la Prusse, Wellington et Castlereagh pour la Grande-Bretagne, Hardenberg et Humboldt pour la Prusse. Les vingt articles de l’Acte du 8 juin furent incorporés dans l’Acte Final, étant entendu toutefois que les onze premiers articles furent insérés in extenso, ce qui signifiait que les puissances signataires se portaient garantes de leur exécution, alors que les neuf derniers n’étaient que mentionnés, parce qu'ils n'étaient relatifs qu’à des dispositions particulières,
Napoléon, fondant la Confédération du Rhin, avait médiatisé, c’est-à-dire soumis à l’autorité d’un Etat plus important, les Etats allemands de faible importance. Cette mé-
La Confédération germanique
diatisation n'avait pas été sans soulever de la part des Etats qu’elle minimisait des regrets assez vifs, d'autant plus que les princes confédérés se servirent de leur pouvoir d’une façon abusive, détruisant les libertés et les franchises des Etats qui leur étaient ainsi confiés. Frédéric List, enfant d’une ville libre, « y avait puisé, ainsi que le dit Henri Richelot, un vif attachement pour les libertés municipales; la centralisation administrative qui existait en France sous l'empire et qui régnait aussi dans le Wurtemberg, lui était odieuse, Contre la bureaucratie wurtemibergeoise en particulier, il avait des motifs personnels de ressentiment; de misérables tracasseries, de scandaleuses exigences avaient abrégé les jours de sa mère et avaient été cause de la mort prématurée et déchirante de son frère aîné ».
Le résultat de tout cela était que les Etats allemands, quels que fussent leurs ambitions et leurs espoirs, n’apparaissaient pas moins comme des créations récentes tirant leur pouvoir de la reconnaissance des grands Etats. Et ceux-ci, d’ailleurs, ne perdaient pas une occasion de le leur faire sentir : à la souveraineté unique et absolue d’un Napoléon I‘ succédait le contrôle partial et contradictoire des cinq grandes nations européennes que le Congrès de Vienne avait réunies, de cette Pentarchie dont les éléments étaient fréquemment discordants. L'Allemagne, et surtout les petits Etats allemands, était considérée comme le patrimoine collectif d’une société de cinq nations. Notons d’ailleurs que les Actes de Vienne ne réglaient la situation de l'Allemagne que sur le papier. En 1815, on est plein à la fois d’hésitation et d’espoir lorsque l’on contemple la machine nouvelle, mais on ignore encore comment elle fonctionnera. Il faudra pour cela attendre non seulement le Congrès d’Aix-la-Chapelle de 1818, où les volontés étrangères heurtèrent le sentiment allemand, mais encore la réunion à Vienne, en 1820, des signataires de l’Acte de Vienne, qui complétèrent cet Acte par des décisions que la Diète germanique n’eut plus qu’à adopter. i
Ainsi, en 1815, Frédéric List, employé de l’administration centrale du Wurtemberg, est le fonctionnaire d’un royaume affilié à une Confédération et plus ou moins contrôlé par les grandes puissances. La Confédération réunit trente-neuf Etats, dont un empire (l’Autriche), sept royau-
En. Fe
mes (la Prusse, la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, le Danemark, les Pays-Bas), un électorat (Hesse- Cassel), six grands-duchés, neuf duchés, dix principautés, un Landgraviat, la ville libre de Francfort et les trois villes hanséatiques. Rappelons que la Confédération germanique n’est qu’un groupement d'Etats allemands : le roi de Danemark est confédéré en tant que souverain du Duché de Holstein, le roi des Pays-Bas en tant que souverain du Grand-Duché du Luxembourg, et la Prusse et l'Autriche possèdent des domaines étrangers à la Confédération.
Cette confédération, M. Gidel l’étudie dans tous ses rouages avant l’Acte de 1820 et après cet Acte. Il ne nous est pas possible de reprendre cette étude dans tous ses détails, d'autant plus que nous n’aurions alors qu’à reproduire cet exposé. Mais, pour arriver à la compréhension des idées que List exprimera sur l'unification de l’Allemagne, il est cependant nécessaire de résumer très brièvement cette importante question et nous aurons pour cela recours aux études classiques de Phitzer, de M. Le Fur et de M. Gidel. La Confédération germanique ne constitue pas un Etat au-dessus des Etats : c’est une association groupant des Etats de nationalités différentes et de religions différentes. Chaque Etat demeure théoriquement souverain, compte tenu de ses obligations contractuelles à l’égard des autres Etats membres de la Confédération. Néanmoins, si les Etats confédérés jouissent théoriquement du droit de sécession, en fait ils sont liés par le principe de l’indissolubilité de la Confédération. Les interventions des Etats confédérés dans l’un d’entre eux sont limitées, la Confédération se réservant un examen de toute requête d’intervention à elle présentée par l'Etat intéressé. Chaque Etat possède en jouissance le droit de guerre, mais comme toute la Confédération se porte garante de l'intégrité des Etats confédérés, ce droit de guerre ne peut donc être exercé qu’avec le consentement de la Confédération, sauf toutefois pour les possessions de la Prusse et de l'Autriche extérieures à la Confédération.
On voit donc qu’il s’agit d’un groupement d'Etats (Phitzer dira : d’une corporation) beaucoup plus proche de la Société des Nations que de l’empire autoritaire. M. Gidel montre au prix de quelles difficultés la Confédération put réaliser la suppression de la taxe d’émigration d’un pays
L'amitié de Wangenheim
Une Faculté des sciences politiques
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confédéré à un autre (sans qu’existât la liberté d’établissement), l’unification postale (grâce à l’habileté de la Maison de Taxis), et faire quelques progrès dans le sens de l’unification des monnaies et des poids et mesures. L. Delavaud, de son côté, observe que dès 1815 la Prusse, alors elle-même très morcelée, s'efforce d’unifier son régime douanier intérieur et y parvient dès le 26 mai 1818 : il voit là l'inspiration principale de Frédéric List et croit même que l'unification douanière de toute l'Allemagne se serait réalisée spontanément sans l'intervention du grand économiste.
En 1816, Frédéric List, fonctionnaire modèle, parvient à une situation intéressante dans l’administration du Wurtemberg : il attire l’attention du ministre Wangenheim. On s’est souvent étonné de la facilité avec laquelle Wangenheim accorda sa confiance au fonctionnaire modeste qu'était alors Frédéric List. Il ne faut pas oublier que le Wuritemberg, pour important qu’il soit sur la carte de l’AIlemagne, n’est qu’un petit Etat qui n’a rien de comparable avec les grandes puissances, ni même avec les Etats secondaires contemporains. Wangenheim tient beaucoup plus du préfet que du ministre : on pourrait en tous cas le comparer à un directeur de ministère joignant les fonctions ministérielles à ses attributions directoriales. Il est donc en contact étroit avec ses employés, et, comme c’est un chef intelligent et psychologue, il ne tarde pas à remarquer les mérites de son subordonné. List, de son côté, est prêt à tous les efforts pour sortir de la médiocrité : Wangenheïm lui est naturellement sympathique, et il fait tout pour forcer sa confiance, devenir son conseiller et son collaborateur préféré.
Wangenheim est animé du désir de faire du Wurtemberg la capitale intellectuelle et économique de la Confédération, et, par conséquent, de résister aux efforts d’envahissement de la Prusse. Il pense à créer une Faculté des Sciences Politiques, et il prie son collaborateur de lui fournir sur cette question un rapport détaillé. Ce seront les premières lignes importantes qu’écrira Frédéric : l’Avis sur la création d’une Faculté des Sciences Politiques (1817).
Ce faisant, List a conscience d’aider Wangenheim dans sa tâche. L'idée lui semble bonne : il l’analyse consciencieusement et conclut favorablement. Il ne se doute pas des
intentions de son maître : en effet, le premier geste de Wangenheim, après avoir fait approuver le projet par le roi, est de désigner Frédéric List pour la chaire d’économie. Or on sait déjà l’antipathie profonde de List pour les professeurs et les théoriciens. Il refuse; Wangenheim insiste; le roi ordonne; et voici List professeur d’économie politique.
Ces circonstances amusantes valent la peine qu’on les étudie : ainsi, List se voit contraint d’édifier un cours. Il s’est toujours pris pour un homme d’action possédant en lui-même les connaissances nécessaires à cette action. Il se voit obligé de clarifier ses idées, de les présenter au public. Il ne veut pas devenir un littérateur de l’économie politique, ni un moraliste. Il va donc faire appel à toutes ses connaissances pour construire un cours original, indépendant, personnel, consacré tout d’abord au service de sa patrie et soumis aux leçons de l’histoire. List n’est guère capable de faire des comparaisons d’érudit. Il ignore, malgré ses lectures, l’essentiel de la chose économique. Il s’appuiera tout naturellement, par nécessité comme par sentiment, sur sa science de l’histoire. IL est curieux de noter que, sans l'exigence de Wangenheim, List aurait été uniquement l’homme d’action accaparé par son siècle, mais non l'écrivain qui devait léguer un si noble testament aux siècles à venir.
Mais il est bien certain que List n’avait pas le tempérament professoral. À peine monté sur sa chaire, il entre en opposition avec les intentions absolutistes du roi : il oppose à la volonté de Wilhelm 1° des arguments qu’il tire des ordonnances constitutionnelles du duc Christophe. Wangenheim, qui le rappelle amicalement à l’ordre, n’est pas écouté. List est d’autant plus fort dans son opposition qu’il se place en défenseur de la tradition. C’est au nom de cette tradition qu’il fonde à Heïbronn, en 1818, l’Ami du Peuple de Souabe, journal où il reprend sans cesse les idées qui lui sont chères, à savoir tout d’abord le respect des privilèges communaux et l’organisation d’une représentation nationale générale. On le lui eut peut-être, quoique difficilement, pardonné, grâce aux protections dont il jouissait. Mais il se mêla de critiquer l’administration elle-même, dont il connaissait mieux que tout autre les défauts et la trop grande indépendance permettant toutes les tracasse-
«& L'Ami du Peuple de Souabe >»
La liberté de la
presse
L'article 19 de la Constitution
fédérale