‹ Frédéric List: Sa vie, son œuvre, son influenceChapitre 4 sur 55 · RECULER · texte numérisé non relu

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ries, et surtout il revendiqua la liberté de la presse, C’en était assez pour qu'il fut taxé de libéralisme. — Il importe dès maintenant de prendre garde aux erreurs terminologiques : on sait, et on verra, que List, en tant qu'économiste, est opposé aux conclusions de Smith et des physiocrates, donc qu’il est anti-libéral; mais, en Allemagne, List est de ceux qui réclament des garanties contre les administrations particulières, qui s’efforcent d’unifier l’Allemagne et d'y instaurer une commune liberté basée sur le respect des us régionaux : à ce compte-là, il appartient sans conteste, au point de vue politique, à l’école libérale allemande.

Ses revendications au sujet de la liberté de la presse eurent un bien décourageant effet : on supprima tout bonnement le journal qui les émettait. List en fut indigné, et son cours s’en ressentit. Wangenheim, craignant le pire, prévint à nouveau son ami. On en vint aux avis officiels. Wangenheim parvint à apaiser provisoirement cette histoire, moyennant quelques concessions de Frédéric List. Néanmoins, List consacra l’essentiel de son cours à l’étude des réalités de l’économie contemporaine des Etats allemands et des possibilités économiques accordées par les Actes confédéraux.

« Mon attention, dit-il, fut attirée par le dix-neuvième article (de la constitution fédérale) qui réservait l’organisation d’un système de commerce national : j'y vis le moyen de consacrer la prospérité industrielle et commerciale de la patrie allemande, et j’entrepris de constituer une société d’industriels et de commerçants ayant pour but d'obtenir la suppression des douanes provinciales et l’adoption d’un système commun de commerce. » List, depuis sa nomination à la Faculté des Sciences Politiques de Tubingen, était entré en relations avec quelques éminents représentants du monde économique et du monde intellectuel, notamment avec le baron von Cotta. C’est par lui qu’il fit la connaïssance d’un gros commerçant de Nuremberg, Schnell, qui défendait depuis longtemps déjà les idées libérales et nationales. Schnell fut émerveillé par les propos de List, surtout lorsque celui-ci lui proposa de constituer une société de commerçants et d’industriels qui ne tarderait pas à devenir puissante et pourrait présenter à la Diète des observations judicieuses. Schnell réunit plusieurs commerçants et fabricants, notamment Bauereis de Nuremberg,

Re,

Elch de Kaufbeuren, Hartmann de Heidenheim, Herrose d’Aarau. Elch, plus intelligent que tous les autres, avait déjà eu l’idée de List relative à l’envoi d’une pétition à la Diète, et il avait même rédigé un projet qu’il soumit à List. Ce dernier s’en servit et, voulant être agréable à Schnell, rendit à Elch des hommages excessifs, Elch finit par se prendre pour le grand chef de « la croisade douanière », et une rivalité ne tarda pas à se manifester entre List et lui. Ils étaient d’ailleurs en désaccord sur de nombreux points : Elch était libéral non seulement en politique intérieure, mais aussi en politique internationale: il revendiquait à la fois la suppression des entraves à la liberté du commerce au sein de la Confédération Germanique et leur suppression entre Etats. List ne pouvait pas le suivre dans la deuxième partie de son programme, et il finit par considérer Elch comme un mauvais Allemand. Il fallut toute la patience et la douceur de Schnell pour les mettre d’accord sur l’attitude à prendre, les persuadant en effet que la différence de leurs opinions n’avait pour l'instant aucune importance puisqu'ils étaient l’un et l’autre résolus à lutter contre les barrières intérieures. List, qui avait pour Schnell üne reconnaissante amitié, se rendit aisément à ses raisons et accepta même d’employer dans les services de la Société allemande d'industrie et de commerce ainsi créée, un commerçant ruiné et failli, Franz Miller, d’Immerstadt, que patronnait Elch.

Dès 1819, année où le roi de Wurtemberg doit accorder à ses sujets une constitution vaguement démocratique, Frédéric List apparaît comme le chef incontesté de la Société. Lisons ce passage de la Préface qu’il écrivit pour son Système National :

« Comme agent de la Société de Commerce, ma position était délicate. Tous les fonctionnaires publics instruits, tous les rédacteurs de journaux et de brochures, tous les écrivains qui traitaient les matières économiques, ayant subi l’enseignement de l’école cosmopolite (celle d'Adam Smith), voyaient dans une protection douanière quelconque une abomination théorique; joignez à cela les intérêts de lAngleterre et des courtiers de l’industrie anglaise dans les ports maritimes et sur les marchés. On sait que le gouvernement anglais, habitué à ne pas lésiner quand il s’agit

La Societe allemande d'Industrie

et de Commerce

L'Angleterre

des intérêts du commerce national, possède dans ses fonds secrets le moyen de venir partout, à l’étranger, en aide à l'opinion publique. On publia une multitude d’articles et de brochures, venant de Hambourg, de Brême, de Leipzig et de Francfort, contre le désir insensé des industriels allemands d'obtenir un régime protecteur de douane commune, et contre leur conseiller; ils reprochaiïient à ce dernier, en des termes durs et méprisants, d'ignorer les premiers principes de l’économie politique, principes reconnus par tous les hommes instruits, ou du moins de n’être pas capable de les comprendre. Ces organes des intérêts anglais avaient d'autant plus beau jeu que la théorie en vogue et la conviction des hommes de science étaient pour eux. Dans le sein de la Société elle-même régnait une grande diversité d'avis. Une œuvre en commun n'est d’ailleurs possible qu’au prix de transactions entre les opinions diverses de ceux qui poursuivent le même but immédiat. (Mais) le combat était visiblement inégal : d’un côté, une théorie achevée dans toutes ses parties et d’une autorité incontestée, une école homogène, un parti puissant ayant des orateurs dans toutes les législatures et dans tous les conseils, mais ayant surtout le moyen décisif, l’argent; de l’autre côté, la pauvreté et le besoin, la diversité d’opinions, la discorde intesline et le manque absolu de base théorique. »

De ce passage plusieurs choses sont à retenir : d’abord la persévérance, cette fois-ci assez légitime, de l'hostilité de Frédéric List à l’égard de l'Angleterre. Il est certain que celle-ci n’a aucun intérêt, bien au contraire, à ce que l'Allemagne s'engage dans la voie de l’unification et surtout de l'unification douanière qui doit constituer le premier pas vers la prospérité industrielle germanique. Plus encore que toutes les autres puissances, l’Angleterre se réserve un certain droit de contrôle sur ce qui se passe en Allemagne et elle voit avant tout dans les Etats allemands des débouchés naturels de sa production. Les efforts de List ne pouvaient donc que lui être fort désagréables, et personne, même au xx° siècle, ne s’étonnera des procédés qu’elle employait au commencement du xix° pour s’assurer un débouché commercial. Ensuite, nous constatons les difficultés que crée à l’expansion des idées de List la discipline économique alors généralement adoptée. Et nous voyons bien que List souffre, malgré ses dénégations, de

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