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sante l’œuvre à peu près complètement oubliée d’Antonio Serra, Sur les moyens de faire affluer l’or et l'argent dans les royaumes. C’est surtout la partie de droit public de l’ouvrage de Serra qui a impressionné List, d’abord parce que Serra a montré toute l'utilité de la stabilité administrative, ensuite parce qu'il soutient que la condition essentielle d’une bonne économie est une forme de gouvernement garantissant l’ordre public, la liberté civile, la permanence des lois. Sur la partie économique, Serra ne diffère pas des auteurs de son temps : le signe de la richesse d’un Etat est pour lui l’abondance des métaux précieux, ce que List lui reproche. Mais List l’approuve quand il dit que l’agriculture, l’industrie manufacturière et le commerce sont les moyens d’obtenir cette richesse. List insiste sur l’opinion de Serra disant que «la fertilité du sol est une source certaine de prospérité, mais les manufactures en sont une autre beaucoup plus abondante, pour plusieurs raisons, et notamment à cause du vaste commerce auquel elles servent de base. »
Ainsi est examinée l’œuvre de List sous ses aspects principaux, et sous les principaux de ses aspects secondaires. Il reste cependant une question qui nous semble
présenter un réel intérêt. Nous avons signalé toute l’ori- .
ginalité de la doctrine de List, consistant surtout, pour nous résumer, en trois points primordiaux et trois points de second plan :
d’abord, la collaboration permanente entre la discipline historique et la discipline économique,
la conception de l’Etat comme unité de la science économique, unité vivante dont il faut assurer l’avenir par des sacrifices présents,
une conception large du capital national, basée non pas seulement sur la notion de valeurs échangeables, mais surfout sur la notion de force productive;
ensuite, une tentative de définition de l’économie politique, erronée en partie, mettant en évidence son rôle national,
une tentative de classement méthodique des écoles économiques,
L'originalité de l’œuvre de List
Méthode pédagogique
un idéal d'entente internationale et de liberté commerciale.
Nous voudrions maintenant montrer quelle est l’originalité de List dans la méthode de travail qu’il propose à ceux qui se penchent sur les questions économiques. Il ne faut pas oublier que l’auteur du Système National fut « le professeur List », « le docteur List, de l’Université d’Iéna ».
Au point de vue des études économiques en général, il n’éprouve aucunement le besoin de les rapprocher des études juridiques du droit privé. C’est ce qui résulte clairement de son Avis sur la création d’une Faculté des Sciences politiques en 1817, et de tous les passages du Système National où il nous initie quelque peu à sa méthode. Les tractations commerciales entre particuliers, autant qu’elles ne nuisent pas à l’intérêt général exprimé dans des textes de droit public, ne sont pas l’objet de son souci. Il a pour le droit romain un véritable sentiment de haine, et il l’accuse de s’être opposé à l’évolution de l’Allemagne. C’est pour lui, tout comme le latin parmi les études littéraires, une étude sans grand inférêt, sauf peut-être de curiosité, des vestiges d’un passé dont il n’a pas su retrouver toutes les traces dans les civilisations chrétiennes (1).
Le droit public, droit constitutionnel, droit administratif et le « droit des traités » (droit international public) sont au contraire pour lui des « sciences politiques » tout comme l’économie politique. Il conçoit donc un enseignement politique qui comprendrait d’une part le droit public; avec comme matières l’histoire des Etats, le droit constitutionnel, le droit administratif le droit international; et d’autre part l’économie politique, avec comme matières l’écanomie financière (à laquelle il ne consacre lui-même que peu de lignes), l’histoire économique (qu’il songe peut-être à fondre avec l’histoire des Etats), l’histoire des doctrines et des systèmes économiques (étude des écoles et des politiques), l’économie politique proprement dite. Dans cette dernière, le Système National nous permet de distinguer l’économie nationale (agricole, industrielle, commerciale, douanière), l’économie coloniale, l’économie internationale (relations internationales et traités de commerce).
Dans cefte méthode d'enseignement, dont le Système
(1) Cf. présent ouvrage, 2 partie, chapitre I, p. 143,
National ne donne évidemment qu’un exemple imparfait parce qu’il est avant tout un ouvrage de doctrine, de persuasion, on se plaît à retrouver des idées émises de nos jours par quelques-uns des maîtres de l’enseignement économique en France (1). On y trouve en tous cas l’expression parfaite de la pensée de List, à savoir que la science économique est la première servante de la nation.
(4) M. Camille Perreau a souligné la nécessité de l'étude d’une économie nationale, — M. Louis Baudin a souligné la nécessité d’une collaboration étroite entre économie politique et histoire. — M. Georges Blondel a souligné la nécessité de faire une place de choix à l’économie douanière au sein des études économiques. — M. Gaëtan Pirou, dans une brochure intitulée Economie Pclitique et Facultés de Droit, sépare les études économiques des études juridiques extra-politiques unies dans l’enseignement actuel des Universités.