‹ Frédéric List: Sa vie, son œuvre, son influenceChapitre 40 sur 55 · ART · texte numérisé non relu

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ralement pas jusqu’à ces extrémités. À ce collectivisme, elle préfère un certain corporatisme : la pratique du nationalisme économique — et nous retrouvons ici, mais avec plus de modération, une idée chère à Patten — autorise une meilleure connaïssance des forces économiques et des possibilités productives du pays, et permet par conséquent une organisation « réaliste » de cette économie. Cette organisation sera faite sur la base professionnelle. C’est aux ouvriers que sera le plus sensible cette amélioration de l’économie, et nos auteurs précisent ici les droits des syndicats ouvriers auxquels leur doctrine confère généralement un très grand pouvoir.

C’est donc pour assurer à l’ouvrier une existence heureuse au sein de la nation que l’école anglaise adopte les principes de List, prenant soin de dire que le bonheur de tout le peuple se mesure sur celui de l’ouvrier. Cole précise qu'il ne s’agit pas de considérer cette phase d’organisation nationale comme définitive : le jour où la majorité des nations aura pratiqué ces règles de protection nationale, l’internationalisme syndical jouera un rôle prépondérant, permettra à la fraternité ouvrière de triompher des différentes formes de gouvernement, de capitalisme, de patronat. Pour lui, le nationalisme social n’est qu’un mode de préparation de l’internationale ouvrière (1). Mais les membres modérés de l’école, la majorité, précisent qu’on pourra revenir à la liberté quand la protection aura permis « le dénombrement des forces des marchés » à l’intérieur de la nation, et permis des échanges d’hommes et de richesses pour le plus grand bien des échangistes.

(1) Au contraire, Béatrice Potter, dans The cooperative movement, écrit : « Ce n’est pas le socialisme des ouvriers étrangers qui réclame une utopie anarchique à réaliser par une révolution sanglante, mais ce socialisme spécifiquement anglais, ce socialisme qui se révèle ‘dans les actes et non dans les mots, ce socialisme qui s’est silencieusement incorporé dans les lois de fabrique, les lois contre le truck-system, les lois sur les responsabilités des accidents, la santé publique, les habitations ouvrières, l’instruction publique, dans cette masse de législation bienfaisante qui force l’individu à se mettre au service et sous la protection de l’Etat. >» Mme Webb reprendra souvent cette formule : législation qui force l'individu & se mettre au service et sous la protection de l'Etat. Georges Deherme remarque très justement que par sa doctrine, dont cette phrase est comme une devise, Béatrice Potter prend figure de disciple d’Adolf Wagner, et que le mouvement anglais rappelle par plus d’un côté celui du socialisme de la chaire.

La collaboration internationale

Sir Oswald Mosley

Le confit entre économie privée et économie publique

Webb et Mme Webb ont une grande confiance dans les progrès de la collaboration internationale. L'économie mondiale ne sera satisfaisante qu’au jour où toutes les nations seront arrivées, par la méthode exposée, au même degré d'évolution. Il ne convient pas qu’un pays puisse en écraser un autre, la fraternité ouvrière s’y oppose. Dans cette marche des nations vers l'égalité, les nations fortes doivent soutenir les faibles, ne pas s’indigner de voir cellesci adopter des mesures protectrices de leur marché intérieur, les orienter et leur révéler la meilleure façon de pratiquer le nationalisme à des fins utiles. Il y a là un réel effort pour enlever au nationalisme économique tout ce qu’il peut avoir d’apparemment agressif. La Société des Nations, par ses institutions de contrôle, de protection des minorités et d’attribution des mandats, leur semble capable de mener à bien cette œuvre économique internationale (1).

A l'opposé des partisans du nationalisme social, au point de vue politique, se situe le mouvement de sir Oswald Mosley. Sir Mosley est, en effet, le chef du parti fasciste anglais. Il s’est inspiré surtout des méthodes hitlériennes, et c’est sans doute par l'exemple de l’Allemagne contemporaine qu’il a été amené à préciser sa doctrine et à devenir un disciple de List.

Les idées générales du parti de sir Mosley, telles qu’elles sont définies par les plus éminents théoriciens de ce parti, sont les suivantes:

Tout d’abord, la nation est considérée comme distincte de la somme des nationaux, et on souligne l’incapacité des citoyens à définir l'intérêt national, l’économie privée ayant des fins naturellement opposées à celles de l’économie publique. C’est là du List tout pur.

L'Etat se trouve donc placé en présence de deux solutions : ou bien se soumettre aux exigences individuelles, auquel cas c’est l’anarchie, ou bien imposer la domination de l’intérêt national.

(1) Cette généralisation des méthodes nationalistes par la S. D. N, paraît très utopique,

Aujourd’hui, l'Etat seul est capable d'engager la nation dans le domaine international, et donc, quant aux affaires étrangères, il prend une responsabilité par ses décisions mêmes, qui peuvent ne pas refléter l’opinion publique. Il y a paradoxe à ce que l’autorité de l’Etat soit moins grande dans le domaine intérieur que dans le domaine international, ce qui est son cas dans la politique actuelle, selon sir Oswald Mosley.

Or, il n’y a pas de distinction précise entre les affaires étrangères et les affaires intérieures, puisque ce peut être par une faiblesse de son économie intérieure, une insuffisance de production ou l’absence d’une industrie, que l'Etat est obligé de se soumettre aux exigences commerciales d’un autre Etat, et ainsi de se mettre quelque peu sous sa dépendance. Il est donc nécessaire que l'Etat tende à être le maître chez lui. Pour cela, il faut d’abord qu’il pratique l’économie dirigée, qu’il impose son autorité à tous les nationaux, qu’il acquiert la prospérité en tendant vers l’état économique complexe, autorisant ensuite un retour à l’échange international, l'Etat traitant ensuite à égalité avec les autres Etats.

Lors du retour aux échanges internationaux, ceux-ci devront se faire tout d’abord avec les autres Etats autoritaires, qui se trouvent dans la même situation, quant à la politique économique, que l'Etat anglais d’alors (1).

Il est très curieux de constater qu'ici le nationalisme économique est utilisé dans un sens rigoureusement opposé à celui des autres auteurs anglais, et que, bien loin de faire appel à la S.D.N. pour la réalisation de l’idéale liberté internationale qui, comme chez List, demeure le point final du système, on compte sur la reprise des relations entre les Etats à économie dirigée. Tandis que dans la première thèse, on comptait principalement sur l'entente entre les démocraties pour arriver à la liberté générale, dans cette deuxième thèse, on compte sur l'entente entre les dic-

tatures.

(1) Pareille justification a été tentée par les économistes nationalistes espagnols lors des déclarations du général Franco relatives à la collaboration économique entre Espagne nationale, Italie et Alle-

magne,

Le nationalisme économique assure l'indépendance

de l'Etat

Le retour à la liberté commerciale

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