L.-A. Say
La Fayette
Le retour en Wurtemberg
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adversaires usaient leurs dernières armes et prévoyaient son retour prochain. L’Angleterre, comprenant le danger des idées de List relativement à la renaissance de la prospérité allemande, avait intérêt à voir List demeurer en France et ne le persécuta donc pas dans son asile autant qu’il put le croire : néanmoins, elle eut sans doute plus d’une fois le désir de lui rendre la vie difficile dans tous ses lieux de refuge. List fut victime d’une grande dépression nerveuse, voyagea en Angleterre, dans le pays de Bade et en Suisse, tant pour se faire oublier du gouvernement français que pour oublier lui-même ses soucis. Mais, en Suisse, il fit figure d’indésirable, dû passer de canton en canton et finit par se résoudre à tenter de revenir en Wurtemberg.
Ses amis intervinrent auprès du gouvernement wurtembergeois. On ne leur fit aucune promesse ferme mais on
leur laissa entendre que Wilhelm 1°, en apparence plus
respectueux de la constitution de 1819 et des principes élémentaires de liberté de pensée qu’elle comportait, laisserait le passé dans l’oubli et n’inquiéterait pas l’économiste : List, poussé par le désir de revoir sa famille et sa patrie, compta sur la clémence royale et, dès son retour, fut emprisonné dans la forteresse d’Asperg. L’Angleterre était-elle intervenue? Il est possible, en effet, qu’elle ait officieusement sollicité l’emprisonnement de l’écrivain
nationaliste. Mais ce sont surtout les inimitiés de l’admi-
nistration qui valurent à List un internement particulièrement pénible : on l’employa à des expéditions harassantes et, dit Richelot, on le traita en malfaiteur. Ses amis cependant finirent par obtenir son élargissement. Il en trouva d’assez dévoués pour se faire menaçants et arracher l’autorisation du gouvernement, sous peine de voir l'opposition prendre un caractère révolutionnaire. List fut libéré au mois de janvier 1825, mais sous la condition de s’expatrier définitivement. List pensa demeurer en Allemagne, poursuivre au sein d’un autre Etat sa campagne pour l'unité nationale. Ses amis se renseignèrent de tous côtés : personne ne voulait ou n’osait l’accueillir. List alors pensa à la France, mais les temps étaient changés depuis son dernier séjour. La Fayette avait été battu aux élections de 1824, et avec Louis XVIII mourait cette même année le régime de relative tolérance qu’il avait connu. Charles X, affirmant sa politique d’autorité, avait assez à se défendre
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contre les mécontents de son royaume sans accueillir les mécontents venant de l'étranger. List était resté en relation de correspondance avec La Fayette : ce dernier, pour reprendre un peu de lustre et impressionner à la fois ses électeurs et le gouvernement, était parti en Amérique, non sans avoir avisé à nouveau Frédéric List qu’il y serait le très bien venu.
I quitta le Wurtemberg le 15 avril 1825, en compagnie de sa femme et de ses enfants. Lui-même a raconté, en termes particulièrement touchants, comment ses tristes pensées furent dissipées par sa femme, qui le décida à chanter joyeusement avec ses enfants. Dans l’animation du voyage, List oublie un peu sa chère Allemagne : il passe par Metz, Paris et Rouen. Il arrive au Havre : il entre en relations avec quelques personnalités de la ville et cherche à les convaincre de l’utilité que présenterait pour leur port une jonction au Rhin par un système de canaux et de-chemins de fer. L'homme d’action, l’homme d’affaires est toujours présent. Mais il faut partir en Amérique, dont il se voit déjà le chef économique. Il arrive à New-York dans les derniers jours de juin et rejoint La Fayette à Philadelphie. « Le héros des deux mondes le reçut avec bonté et l’invita obligeamment à l’accompagner dans sa marche triomphale au milieu du peuple américain » (Richelot)..Le 4 juillet, il assiste à la fête de la déclaration d’indépendance. Et, à la vue de ce spectacle grandiose, l’économiste allemand, compagnon du grand général français, pense à tous les services qu’il pourra rendre au peuple américain.
Le départ en Amérique