PHILOSOPHIE. — SA PENSÉE RELIGIEUSE
Je voudrais me résumer en quelques idées générales sur les points dominants de ce beau sujet.
Mistral poète, Mistral, le dernier venu des grands poètes européens, est tout proche de nous. Je serais étonné si mes imparfaites analyses de ses ouv: n'avaient pas donné à aux qui ne les connaissent point une grande impression de fraîcheur et de vie, ne les leur avaient pas fait imaginer comme de surabondantes sources de plaisir. Pour goûter ce plaisir, il faudrait, me dira t-on, lire le provençal. Il est vrai. Mais ce n'est pas 1A une chose très difficile, avec l'aide de la traduction, bien entendu, quand on y met un peu de
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bonne volonté et qu'on a quelque fond de latin. On Ut une page en français pour en avoir le sens. On la lit et la relit ensuite en provençal pour la sentir. Combien de gens j'ai décidés à prendre cette peine et qui m'en ont remercié ! Un conseil seulement. Commencez Mistral par où vous voudrez (par le Poème du Rhône de préférence), non par Calendal. Calendal, pour finir.
Cependant le même Mistral est, à un certain point de vue, fort loin de nous. Il est loin de nous par le culte et la recherche de la perfection qui ont occupé toute sa vie et qu'il a poussés au degré le plus haut. Autrefois, on n'eût pas osé se dire artiste sans professer ces vertus. Aujourd'hui, la notion même s'en est presque évanouie. Le sens du parfait dans les lettres ei les arts a subi un grand fléchissement. A la vérité, il est en train de disparaître. On ne le rencontre plus que chez une rare élite, dispersée, impuissante, sans influence sur le jugement public et appartenant en général aux plus anciennes générations françaises vivantes. Il ne se trouve chez des homme au-dessous de quarante ans qu'à l'état d'extrême exception. Nous voulons certes croire que le mal n'a rien de désespéré et que nous ne serons pas incapables, nous, les vieux, à qui le bénéfice de bonnes humanités classiques fut encore départi, défaire renaître dans la portion la plus cultivée de notre magnifique jeunesse ce qui s'appelle le goût. Mais, pour cela, il nous faut des modèles à mettre en lumière beaucoup plus que des dissertations à développer. La perfection de Mistral nous en fournit un. Le caractère si plaisant du maître qui nous le propose, son abord si délicieux, l'éclat de sa grâce à la fois consommée et naïve, le coloris et la fougue mai-
trisée de son verbe pur feront accepter et méditer avec sympathie son exemple et feront rendre à cet exemple toute sa leçon. Nous voudrions qu'il pénétrât comme un trait de lumière dans les ténèbres du mauvais goût contemporain.
Arrêtons-nous un instant à ce fait : la perdition du goût. En en cherchant la raison, du moins en en donnant une idée détaillée et précise, nous comprendrons pourquoi notre poète mérite d'être appelé un classique.
Sous les noms de romantisme, de naturalisme, d'impressionnisme, de symbolisme, le xixe siècle a vu se produire une succession d'écoles littéraires nouvelles qui annonçaient des conquêtes et qui en apportaient réellement. Mais ce que leurs programmes et manifestes ne mentionnaient pas, à côté de ces conquêtes, ou plutôt ce qu'ils mentionnaient en le présentant sous un jour fallacieux, en le colorant de prétextes trompeurs, c'étaient les pertes et les abandons bien plus considérables, plus vastes, dont elles étaient pavées. Us disaient : « Voilà ce que nous créons de neuf. » lu cela était, pour une bonne part, vivant, ardent, técond, répondait a cette nouveauté de matières et d'inspirations que toutes les époques (surtout celles qui ont vu des changements immenses) apportent à la littérature; mais ils disaient aussi : « Voilà ce que nous rejetons, ce à quoi nous ne voulons plus nous jettil » ; et là ils avaient le tort de parler comme d'une libération et d'un progrès de ce qui n'était, à vrai dire, que- recul et décadence, de traiter connue entra* utiticielles et étouffantes des difficultés qui tiennent à l'objet même de l'art et qu'il taut qu'il accepte et surmonte pour faire œuvre viable. Ils repoussaient
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des lois, des règles observées par tous les maîtres dont les créations ont traversé les siècles sans périr. Ils repoussaient ces lois et ces règles, comme si elies avaient procédé d'une autorité extérieure qui s'impose au génie pour le comprimer. Ils ne voyaient pas que la faculté de les mettre en œuvre se confond avec le développement du génie lui-même, qui est nature et culture à la fois.
Quoi de plus déconcertant ? On peut discuter dans le détail telle ou telle règle et ses nuances; c'est là un plaisir cher aux artistes. Mais se mettre en révolte contre les règles en général, contre l'esprit de règle, contre la tradition des préceptes de l'art, telle qu'elle s'est constituée à ses plus hautes époques et qu'elle y a été universellement reçue, c'est chose aussi singulière que si l'on voyait un coureur, ambitieux de gagner le prix de la course, demander qu'elle ne se fasse pas trop vite. Personne n'est obligé de préi-endre à la palme de la course ni à celle de l'art. Encore faut-il savoir ce qu'elles représentent de peines et de mérites. La seule raison d'être de l'art est de procurer à l'esprit une jouissance complète en son genre et il est clair qu'un tel but suppose la réunion d'un ensemble de conditions extrêmement délicates dont la délicatesse et la complexité mêmes doivent faire de l'apparition d'une individualité humaine capable de les remplir une probabilité extrêmement faible. Voilà pourquoi, comparées au nombre des œuvres qui se produisent, les œuvres durables sont très rares, pourquoi très rares les vrais talents et les vrais génies. Or les règles ne sont pas autre chose que l'expression des conditions du beau, qu'elles n'apprennent pas à réaliser (car il faut le don mys-
térieux), mais dont elles maintiennent la notion dans sa plénitude et à sa hauteur. Nier les règles essentielles, c'est exonérer l'art de ses conditions vitales, c'est donner une prime aux demi-talents, aux faux génies, c'est dispenser de l'effort pour se réaliser pleinement les artistes en qui la nature avait mis tous les germes de la vraie grandeur. Tel est le méfait de nos écoles modernes, substituant le règne de leurs dogmatismes de l'imperfection à cet ancien règne du goût dont une élite était l'organe.
Le romantisme a ajouté un frémissement à l'expression de la passion, surtout dans ses éléments sensuels ; il a enrichi la poésie d'un monde d'images ; mais il a dispensé l'art de la vérité, du naturel, de la sobriété, laissant ainsi se former au centre des splendeurs qu'il créait un immense creux.
Le naturalisme a inventé, parfois avec un extraordinaire talent, des moyens d'exprimer et de peindre ce qui est médiocre, ce qui n'a pas d'intérêt et d'en relever la peinture d'une sorte d'humour morose ; mais il a dispensé l'art de flamme, de verve, d'esprit, d'enthousiasme, de grandeur d'âme, qualités sans lesquelles il est bizarre qu'un homme ait jamais la prétention de K faire écouter de ses semblables.
L'impressionnisme a fait merveille dans la traduction de nuances de sensation ou de sentiment dont la subtilité semblait délier le pouvoir de nos instruments naturels d'expression ; mais il a dispensé l'art de thèse et de construction, et, par là, laissé échap] substance et l'essence du sentiment lui-même.
Je ne dis pas qne ces reproches atteignent (tt s'en faut!) tout ce qu'ont produit les poètes et les artistes que leurs déclarai: attaches ont
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fait ranger sous les étiquettes de ces écoles. J'en, ai aux principes. Mais les principes ont eu d'immenses effets. Leur action, progressant à travers tout un siècle, nous a finalement donné le mal dont nous pâtissons le plus aujourd'hui : une littérature et un art de chapelles. La chapelle est l'aboutissement de l'école, le cul-de-sac où elle finit par verser et expirer ; la chapelle, lieu d'idolâtrie où s'entretient le culte, non de ce qui est médiocre, mais de ce qui est incomplet et avorté, où les valeurs se jugent et les admirations se décident à de sombres points de vue de fanatisme et de lubie, tout à fait étrangers au plaisir, où les esprits se gâtent à ce point que ce qui est heureux, réussi, épanoui, agréable, leur cause une espèce de scandale et qu'ils croient que c'est cela qui est manqué et dont il faut faire fi.
Le signalement de ces barbaries ne m'éloigne pas de mon sujet. Il l'éclairé. Il définit par un contraste et de point en point les hautes vertus d'artiste parfait dont Mistral, mort d'hier, conserva l'héritage dans une époque qui leur était très peu favorable. L'œuvre du maître s'achevait (les Olivades, chef-d'œuvre de concision hellénique dans la beauté lyrique, sont de 19 12) dans les années mêmes où le snobisme et la prétention des chapelles semblaient n'avoir plusgrand'chose à faire pour tuer chez nous, sous prétexte d'art, tout sentiment du beau. A es obscurcissements, à ces dégénérations il est bon que nous puissions opposer cet exemplaire, frais éclos, d'une poésie qui, avec sa particulière saveur de terroir, réalise l'harmonieuse pondération de toutes ces qualités essentielles, vérité, mesure et flamme, force, délicatesse et charme, dont l'assemblage est précisément ce qui constitue l'art et
dont une seule ne peut être absente sans gâter notre plaisir. Mistral, si célèbre, est en réalite très peu connu. Je m'en réjouirais presque. Cela lui garde toute son efficacité pour un réveil dont nous avons besoin. Son influence possible, les impressions qu'il porte n'ont rien d'usé. Elles sont dans leur fleur. Par la, je le répète, il ménage d'exquises découvertes à ceux qui l'aborderont, de la manière que j'indiquais tout à l'heure; par là il m'apparait comme un merveilleux médicateur des défaillances et maladies du goût moderne. En ranimant le plaisir, il ranimera le goût.
Il est vrai que sa poésie, quand on l'envisage dans sa matière, tient bien moins de place, occupe, si j'ose dire, moins de volume dans l'histoire d'un siècle que celle des grands romantiques. Dans l'œuvre de ceuxci se sont inscrites toutes les idées, les émotions, les imaginations, les tumultes du temps le plus agité. Leur inspiration s'en est ressentie et en a reçu le frémissement. Certes, c'est là un titre éclatant de grandeur. Mais c'est aussi une cause de caducité, si ces p* ne dominant pas le tourbillon des utopies, des tarions sociales et des révolutions, mais y étant entraînés et roulés eux-mêmes, n'ont pas su ( apport particulier de leur temps jusqu'à la lumière de sa signification humaine générale et l'ont pris et rendu tel que le leur jetait le veut de la rue et de la place publique.
Quoi qu'on pense de l'abondance de l'inspiration
chez Mistral, il ne l'a puisée que dans une vein nature et de vérité qui jamais ne s'interrompt. Ce qu'il a chanté est permanent. Il a chani vie de l'homme dans ses fan< dans
: renouvelées, dan-
sentiments simples et universels. Il a chanté, comme Hésiode, « les travaux et les jours » : les travaux qui extraient de la terre et de la mer la nourriture de l'humanité et les jours de chaque saison, saison de l'année et saison de l'existence. Il a chanté l'amour, le délicieux et douloureux amour qui enivre et désole les cœurs de vingt ans ; il a chanté la tendresse et la douceur maternelles, l'autorité et la force paternelles, les liens qui fondent et soutiennent la famille et les fléaux destructeurs qui la menacent ; la joie du bien acquis par le labeur et la peine et la fragilité de tout ce que nous acquérons et fondons ; l'ordre inchangeable et bienfaisant des soucis, des vœux, des perspectives nouvelles qu'apporte à chacun des âges de l'homme le rouleau toujours divers et toujours semblable de l'humaine destinée. Il a chante les joies et les douleurs de la vie individuelle et plus encore ce qui survit d'utile et de bon aux déchets d'une vie humaine bien vécue: le legs tutélaire du passé, l'héritage et le bénéfice de ce que les générations ont progressivement conçu et créé de meilleur, l'œuvre des morts, la patrie. Le caractère de permanence de cette matière poétique s'est montré singulièrement propice à l'harmonieux effort qu'il n'a cessé d'accomplir pour la revêtir de l'expression la plus achevée, la plus mesurée, la plus lumineuse et la plus pure. Le modèle impérissable demeurait toujours sous ses yeux. Quand il se promenait sur les routes qui environnent Maillane, il n'avait qu'a parcourir du regard l'horizon pour l'y retrouver et l'y embrasser sous tous ses aspects. Le calme magnifique de son existence lui permettait de rêver sans cesse au mieux dans l'élaboration des images où il méditait de le traduire et de distribuer
selon le rythme le plus sûr, de couler dans la forme la plus définitive les richesses d'enthousiasme, d'intelligence et de divine humeur qui habitaient son esprit de grand poète.
« Le laid est beau, a ditTaine; mais le beau est encore plus beau . » Il déclare ailleurs que la beauté véritable a un caractère de bienfaisance et que c'est a ce trait qu'elle se reconnaît. Je ne sais guère d'œuvrc poétique moderne à qui ces excellentes sentences s'appliquent mieux qu'à celle de Mistral. De quelquecôté qu'on l'aborde, que ce soit dans ces tableaux de fêtes, de foules en liesse, de joie populaire où se déploie la riche verve du maître coloriste, ou bien dans ces légères chansons où la plus tendre expr( du sentiment se relève d'une ironie très douce et très légère, ou bien, au contraire, sous les aspects le.^ plus opposés à ceux-là : évocation des grands sacrifie des épreuves de la vie, peintures de la douleur et du malheur, comme la mort de Mireille, le désastre des bateliers du Rhône, les ravages de l'inondation dans Calendal, — toujours une action bienfaisant émane. L'âme, au sortir de cette lecture, charmée et allégée, plus vive, plus ouverte, plus sympathique à tout ; le fardeau de la ma;
itence lui pèse moins; et si elle verse des larmes au chevet de Mireille mourau: ieillir
au prisme de ces larmes plus de rayons.
ce à dire que le poète édulcore et embelli plaisir les images de la realité pour nous en épargner >ns rudes et pénibles et que nous le puis-
iions prendre en flagrant délit d'optimisme complaisant ? Rien qui lui ressemblât moins. Un grand et xanquille sens de vérité, une plénitude épanouie de laturel sont le trait dominant de son esprit. Son xuvre nous montre le mal partout. Mais elle nous le montre partout équilibré par le bien. Très attaché lux mœurs, il est incapable de sophistiquer si légèrement que ce soit sur la distinction de l'un et de l'autre et de laisser se créer entre eux la moindre :onfusion intéressée. Mais il sait trop que si, dans ['autre monde, le mal et le bien sont destinés à une séparation absolue, chacun y devant avoir son royaume propre, dans l'étoffe de ce monde-ci et de notre humaine nature ils se trouvent fort étroitement mêlés et entrelacés. Du bien où ne se glisse aucun mal, du mal qui ne contienne aucune espérance de bien, cela ne se voit guère ici-bas. Ce serait donc nous méconnaître nous-mêmes, comme d'épais barbares, que de chanter la vertu sur un ton extasié à la manière des Allemands, ou de courir sus au vice avec des gestes de frénésie, comme si nous étions stupéfaits de sa présence. Le diable est le diable. Mais c'est pour nous un hôte si familier et qui a, outre ses grandes et terribles résidences, tant de menus repaires (il en a jusque dans le cœur du plus honnête homme et de la plus sage fillette) qu'il y aurait vraiment peu de philosophie à nous récrier sur le scandale de ce voisinage. Voilà la raison de la modération de Mistral dans sa manière de peindre la vie. Cette modération est l'expression et la conséquence d'une vue étendue et complète. Et loin d'exclure l'enthousiasme poétique, elle le favorise au contraire. Qu'y a-t-il de plus enthousiasmant que le train prodigieusement varié de Lasserre. 18
ce monde où règne une magnifique providence naturelle qui ne laisse en définitive, si du moins on prend des choses un aperçu assez large, aucune faute sans vengeance, aucun bon effort sans fruit ?
Cependant cette lutte immense qui, dans la réalité des choses, se poursuit sans cesse entre les forces bonnes et les forces mauvaises de l'homme et à laquelle se ramènent, en dernière analyse, tous les événements intéressants, tous les drames de l'humanité, cette lutte, dis-je, se présente sous une grande diversité de formes et avec les issues les plus variables. Ici c'est le mal qui a l'avantage, là c'est le bien. Il en résulte une grande marge dans le choix de la perspective sous laquelle l'art pourra représenter la vie sans sortir de la vérité. De deux poètes, que je suppose d'égal génie, d'âme également haute et bonne, l'un sera plutôt saisi par le pathétique des victoires troublées du mal et inclinera à les peindre de préférence; le second contemplera pins volontiers le spectacle des victoires relatives du bien. Celui-là aura une imagination âpre et sombre, sans délectation de perversité; celui-ci une imagination sereine, heureuse, vaste, au toucher de laquelle tout s'épanouit, mais exempte de fadeur et de molle ilh: Tous deux seront virils et vrais. Le second sera plus sympathique aux hommes et (au plus beau sens du mot) plus populaire, parce qu'il sera plus consolant. Tel est Mistral. Il s'est plu à l'évocation de mil: au récit de fictions (toutes pu d'ailleurs dans la nature) qui nous laissent, comme impression dominante, celle de la grandeur et de l'auguste efficacité des forces du bi
i ainsi que Mistral est bienfaisant. Il l'est
le sel de sagesse de son génie, par la sérénité de sa. vision juste.
Comme tous les grands poètes, il aime les sentences morales. Il aime exprimer, soit par la bouche des vieillards, des hommes d'expérience qu'il met en scène, soit de son propre fond, dans ses pièces lyriques, de grandes vérités, de grands conseils sur la bonne conduite de la vie. Mais toujours, avec son sens pratique élevé et sa saine philosophie naturelle, il les fonde sur l'économie même de la vie. Ecoutons le vieil Ambros remontrant à son fils Vincent l'ambitieuse folie de son amour et le devoir de se tenir à la place que Dieu lui a donnée :
— Tresse, va, tresse tes brindilles — et ôte ça de ta cervelle ! — Vois-tu le moissonneur — gourmande par l'épi ?... Est-ce que le serpent
Peut donc dire à Dieu : « Mauvais père, — de moi que ne fis-tu un astre ?» — « Pourquoi, dira le bœuf, me fis-tu pas bouvier? — à lui le grain, à moi la paille !... » — Mais non, mon fils : mauvaise ou gaie, — tous, dociles tiennent leur voie... — Les cinq doigts de la main ne sont pas tous égaux.
Le maître t'a fait lézard gris ? — Tiens-tci paisible en ta crevasse, — bois ton rayon de soleil et rends grâces !
(Chant VIL)
Ecoutons Apian :
Enfants, dit le patron Apian, la vie — est un trajet comme celui des barques : — elle a ses beaux, ses mauvais jour . Le sage, — quand les flots rient, doit savoir se conduire; — dans les brisants, doit filer doux. Mais l'homme
— est né pour le travail, pour naviguer... — Qu'on ne me parle pas de ces lendores — que rien ne fait contents! Celui qui rame, — au bout du mois, il lui tombe sa paye;
— et celui-là qui a oeur des ampoules — fait .le plongeon au gouffre de misère. Pour moi, sur les barques, depuis cinquante ans, — j'en ai vu de toutes. Mais je crois qu'il faut — entre les deux : l'Empire et le Royaume ', — comme entre abandon et outrecuidance — tenir le milieu. . .
(Chant III.)
Sur un mode plus léger et dans une forme gnomique pleine de sel, les délicieux avis de « l'oncle Guigue » complètent ceux d'Ambros à Vincent et montrent que la somme énorme des menus avantages que l'on trouve à se contenter de son sort finit par composer une vie vraiment satisfaisante.
Escouto que té digue Fasié moun ouncle Guigue...
Écoute mes paroles — disait mon oncle Guigue...
La vie n'est qu'un passage : — mieux vaut, tel que le sage, — le prendre comme il vient — que d'insulter le vent
Au lieu de tant courir, — pour se briser le mufle, — mieux vaut mai cher tout doux — pour allonger l'anti
Mieux vaut, droit comme un arbre, — croître sans rien savoir — que de bayer toujours - aux vétilles du jour...
Mieux vaut à Cadolive » — rire en mangeant l'olive — qu'être inquiet A Paris — en mangeant des perdreaux.
Pois, pour toi, si la vie — te parait trop chétive, — éblouis-toi les yeux, — aux astres de la nuit.
1. J'ai expliqué ces expressions qui lignifient : rive gauche et rive droite du u\