CHAPITRE PREMIER MISTRAL, POÈTE DE LA PATRIE
MISTRAL ET LA GUERRE. — MISTRAL, POÈTE OU PATRIO- TISME, COMME VIRGILE. — RICHESSE ET BEAUTÉ DE SA CONCEPTION DE LA PATRIE.
Je ne choisirais pas ce moment pour parler de Mistral, si l'œuvre du grand poète ne nous touchait que par le rayonnement de sa beauté. Elle se recommande à nous à un autre titre, plus en rapport avec nos préoccupations actuelles. Elle est de la plus haute bienfaisance morale.
Il est vrai que les choses vraiment belles sont toujours bienfaisantes. Elles communiquent leur noblesse à l'âme qui les sent. Elles l'arrachent à la servitude des soucis individuels, elles lui ouvrent de vastes et hauts horizons. Dans les épreuves, comme on l'a dit tant de fois et de jant de manières, elles sont ses plus sûres consolatrices. Advtrsis refugiutn et solatium prxbtnt. Mistral est, à mon sens, au premier rang des génies qui répandent en abondance cette consolation et ce charme et je trouverais dans le souvenir de ce que je lui dois un motif suffisant pour rappeler l'attention du public sur ses poèmes, aussi célèbres que peu connus. Mais j'en ai des mo-
tifs meilleurs encore. A l'heure présente, les âmes françaises ont d'autres besoins. Elles ont besoin qu'à cette douce influence du beau se mêle un secours spirituel plus précis et plus approprié. Depuis quatre ans, elles acceptent d'affreuses douleurs. Tout ce qui peut faire resplendir à leurs yeux la nécessité, la valeur absolue des biens pour le salut desquels elles paient ce terrible prix, soutient leur force de résistance et leur énergie de résolution. Tout ce qui peut illuminer de sublime certitude les raisons de leur sacrifice, quotidiennement renouvelé, leur verse du courage pour gravir la pente, longue encore, du calvaire national. Il est donc naturel de rechercher de préférence, parmi les maîtres de l'esprit, ceux qui contiennent la source de ce réconfort, ceux qui ont eu la pensée et le cœur assez grands pour donner avec autorité de telles leçons. Et, moins que tous les autres, devons-nous négliger ceux-là chez qui ces leçons revêtent les divins attraits ou, pour mieux dire, les aspects de vérité supérieure de la poésie. Or, Mistral est l'un d'eux et le plus récent. Il venait à peine de fermer les yeux, quand s'est précipitée l'invasion barbare, menaçant de mort la mémoire et l'avenir de la noble et radieuse œuvre humaine à laquelle il avait dévoué ses chants et son existence.
On peut dire de Mistral, comme on le dit de Virgile (et absolument dans le même sens), qu'il est, avant tout, le poète du patriotisme. L'idée de la | est l'âme de ses œuvres comme elle est l'âme des Bucolh/ufs, des Gêorgiquts et de Ylincide. Elle partout présente. Tout l'y manifeste. Elle se mêle aux données si brillamment diverses de ses fables poétiques, comme une donnée constante d'où dépend