‹ Frédéric Mistral, poete, moraliste, citoyenChapitre 4 sur 37 · POÈTE DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

POÈTE DE LA PATRIE

leur sens le plus élevé. Elle ajoute à leur grâce sa grandeur. Le magnifique ensemble de scènes, de tableaux, de figures évoquées ou composées par cette imagination harmonieuse semble graviter autour d'elle et elle y répand en retour une lumière qui le colore, comme le ciel d'une contrée en colore les paysages.

La conception que Mistral se forme de la patrie est riche et profonde. Pour lui, elle n'est pas seulement un ciel, des lieux, des coutumes, des costumes, un parler, des chansons, des visages. Elle est cela certes. Elle est toutes ces choses infiniment douces aux sens et au cœur de l'homme dont l'enfance en a été entourée et qui en a reçu ses premières impressions. Mais ces choses ne la constituent pas tout entière. Elles n'en contiennent que l'expression, ou l'incarnation sensible. La patrie est un esprit dont elles sont le corps. La patrie est une pensée dont elles sont le sourire. Conçue dans sa plus haute essence, la patrie est une réalité immatérielle, mais substantiellement liée d'ailleurs à des réalités matérielles dont elle ne saurait être séparée sans dépérir ; elle est un composé moral, vivant et impersonnel à la fois, que les générations successives ont formé avec ce qu'elles avaient de meilleur ; elle est un extrait prélevé sur les pensées les plus justes et les plus généreuses, les impulsions les plus utiles et les plus nobles, les actions les plus désintéressées et les plus héroïques des hommes qui ont séculairement vécu sous les mêmes lois ; elle est le capital, indéfiniment transmissible, de leur raison et de leurs vertus ; elle est, en un mot, une civilisation et cette civilisation traditionnelle se communique à chaque famille, à chaque individu, dans la mesure de

ce qu'ils valent. Mistral dirait avec Platon que « l'âme est fille de la cité ». Il ajouterait volontiers que cette filiation est d'autant plus intime que l'âme est plus haut placée dans la hiérarchie des êtres.

On comprend dès lors ce qu'a de profondément naturel la part de l'inspiration patriotique dans ses poèmes. Elle n'y tient pas à un dessein délibéré. Le poète voit, il sent la patrie respirer dans ce qu'il peint et il l'y enveloppe sans parti pris, par le seul effet de la vérité et de la naïveté de ses peintures. Il la voit, vivante et agissante, dans l'être moral de ses héros et de ses héroïnes, dans la dignité, l'autorité, la haute et sage rudesse de ses vieillards et de ses chefs de famille, dans la vaillance passionnée, l'impétueuse joie, la charmante enfance de cœur de ses jeunes gens, dans la largeur de tendresse et la bonté grave d< mères, dans la folie de don et de sacrifice, la piété d'amour de ses jeunes amoureuses. Ces grandeurs, ces rectitudes, ces grâces, ces délicat* ï flammes

pures du sentiment sont, pour lui, autant de participations au trésor de mœurs formé et entretenu par la communauté nationale. Ht cette communauté supérieure, qui associe indissolublement le nom provençal au nom latin et au nom français, ne se trouve pas moins glorifiée par ses tableaux de vie pastoral maritime, ses idylles, ses églogues, que par ceux de ses chants épiques ou lyriques qu'il consacre formellement à la louange de la terre natale. Partout il montre ou du moins il donne à sentir par quels liens étroits le destin domestique et personnel de ses enfants dépend de son destin, leur bonheur de son bon: leur santé de ainir et d'esprit, de s.i force. Partout il en lumi< • H i\\\ charme et de la douceur

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