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s'accorde avec son biologisme persistant. La prépondérance nécessaire du mal dans la nature s explique, en effet, fort bien, une fois qu'on pose en axiome la suprématie du phénomène vital sur les autres formes de l'énergie universelle. Car, — ainsi que l'a déjà finement observé le vieux Schleiermacher (22), — placés en face de l'immuable hiérarchie des forces naturelles, nous nous attendons toujours à ce que la force simple, élémentaire et, en ce sens, inférieure, laisse le champ libre à la force plus compliquée et, en ce sens, supérieure. Et lorsque à l’un quelconque de ces degrés hiérarchiques nous constatons une action inverse, nous sommes tout prêts à parler de rébellion, tantôt partielle, et tantôt totale, des formes inférieures de la force cosmique. Nous forgeons, pour exprimer notre désappointement, ce terme, sinon complètement inepte, du. moins terriblement équivoque : l'anormal, l’exceptionnel (le phénomène ne violant jamais sa loi, nous attestons par là simple. ment notre conception incomplète, inadéquate du phénomène). C'est ainsi, pour ne pas aller chercher loin un exemple, que nous désignons comme pathologiques tous les processus physiques et chimiques qui, dans les organismes, tendent à déprimer, à amoindrir l'activité vitale. Pareillement (surtout à notre époque) nous qualifions de maladie toute irruption sérieuse de la vie végétale plus simple dans la sphère de la vie animale plus complexe. De même enfin, nous donnons volontiers le nom de mal moral à tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une révolte des forces brutes de la vie physiologique (passions purement animales) contre l'intelligence, la raison, les exigences sociales, les besoins surorga-
niques. On comprend dès lors, sans que j'y insiste davantage, comment et pourquoi l’exhaussement, l’exaltation excessive de la vie organique aux dépens de la vie intellectuelle a dû conduire Nietzsche tantôt à la glorification, sous le nom de Bien, de certaines attitudes moralement indifférentes, et tantôt à l’involontaire confession que le Mal, en définitive, domine le Bien. |
Sans doute, Nietzsche n'appartient pas à l’école organiciste en sociologie. Il ne tombe pas dans les défauts visibles, les excès, le dogmatisme prétentieux des principaux représentants de ce groupe. Mais il a subi les mêmes influences ambiantes, et il n'a pas su résister à l'ascendant naturel pris par la jeune et prospère biologie sur sa cadette arriérée, la science sociale. À son tour, il veut ramener les faits moraux à leurs origines organiques. Mais entre temps il con-
fond si bien racines et fleurs qu'il finit par nous
donner une vague définition de la vie : « ce qui veut :
toujours se dépasser soi-même », qui est une précieuse définition de l'esprit.
Les disciples — comme c'est la règle — renfor-
cèrent l'erreur du maitre. Celui-ci a des hésitations et des scrupules (qu'on lui reproche comme des contradictions); ceux-là n'hésitent jamais. Nietzsche, par exemple, fait de la marche au « surhumain »
l'unique fondement de toute obligation morale : il “>
réduit par là, en réalité, le moral à l'intellectuel,
selon une formule déjà ancienne qui eut des défen-
seurs à toutes les époques et qui trouve sa contre-