LES DISCIPLES
VOUS , je VOUS prie ; siDcèrcmcnt vous me faites de la peine en me quittant sitôt. » Il est vrai que les thèses dont le sujet était soumis à Ozanam étaient, l'une Lèrins au V sif'cle, et Tautre De Divi Thomae sermonibus. Et le candidat au doctorat es lettres était un futur évêque de Versailles. M^"" Goux aimait à rappeler cette visite, cot entretien, cette bonté rare de laquelle il disait : « Jamais je n'oublierai la bonne gTcVce avec laquelle M. Ozanam m'a reçu. J'ai trouvé ailleurs de la courtoisie; mais chez lui c'était pure charité chrétienne : je lui étais inconnu, et je ne devais plus le revoir; et il me traitait comme un ami, un frère. »
Les étudiants qui avaient affaire à Ozanam, savaient qu'il se tenait à leur disposition de huit heures à dix heures de la matinée, tous les jours de la semaine, excepté ceux où il devait paraître devant le public. Ils se succédaient à sa porte sans interruption, et son antichambre s'en trouvait assiégée, remplie, comme celle d'un ministre. Il les recevait avec grâce, s'entretenait longtemps avec eux, de ce qui les concernait, comme s'il n'avait rien autre chose à penser et à faire. Et, bien que ce fût l'arracher tout vif à ses plus chères amours, il n'en montrait ni impatience, ni regret.
Je ne puis mettre au nombre des étudiants d'Ozanam les candidats aux grades académiques dont, plusieurs fois par an, il était nommé d'office un des examinateurs à Paris ou enprovince. C'est là, et spécialement aux examens du baccalauréat, que sa patience fut mise souvent à rude épreuve : " Je suis écrasé d'examens de baccalauréat, de licence, de doctorat. Il est déjà bien long de passer des journées à questionner et à recevoir les réponses. Mais il l'est encore
plus de recevoir les candidats, leurs pères et mères, qui viennent demander des conseils et de la bienveillance ; les fils qu'on m'amène pour qu'ils s'accoutument à ma figure ; et ceux qui reviennent ensuite pour savoir les causes de leur échec et les moyens de le réparer; sans compter les parents qui se fâchent, qui défendent pied à pied les contresens de la version; qui jettent les hauts cris contre l'injustice et la dureté des examinateurs. »
Il s'est représenté plusieurs fois dans ses lettres, « assis à cette bienheureuse table verte, entre la question de grec et celle de mathématiques, entre les professeurs qui bâillent et les candidats qui se troublent, en attendant que vienne son tour de questionner sur l'histoire, la littérature, la géographie, parcourant toute la terre et tous les siècles », dit-il. Et quelles réponses lui sont faites parfois ! Qu'on en juge : — « Quelle est l'assemblée qui précéda l'assemblée des États généraux de 1789? ») L'auditoire souffle : « Les notables! » Le candidat : « Monsieur, c'est l'assemblée des notaires. » — L'examinateur : « Vous saurez mieux l'histoire du siècle de Louis XIV. Comment se nommait ce surintendant des finances célèbre par ses malheurs? » L'auditoire souffle : « Fouquet. )> Le candidat : « Monsieur, il s'appelait Fould. » Un autre lui apprend que Montesquieu fut un grand évêque. Ozanam avoue que la plume qu'il tenait lui en tomba des doigts.
Comme examinateur, Ozanam était sévère ; particulièrement sévère pour les candidats auxquels il s'intéressait, plus sévère encore envers les ecclésiastiques comme étant, plus que les autres, tenus à l'exem pie du savoir. Un jeune séminariste refusé à l'examen étant venu lui demander les raisons de ce refus.