‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 106 sur 235 · LES EXAMENS :J · texte numérisé non relu

LES EXAMENS :J

Ozanam le rerut avec la plus grande bonté, on lui signalant une à une les fautes de sa composition. Puis tout à coup, et sévèrement : <> Monsieur l'abbé, l'habit que vous portez nous permet, nous commande, d'être plus exigeants. Quand on a l'honneur d'aspirer au sacerdoce, on ne s'expose pas à en compromettre la dignité par un semblable échec. NoJjlesse oblige. » M. Maxime de Montrond raconte comment, par contre, il ne laissait jamais passer impunément, aux examens où il siégeait, une atteinte quelconque portée à la religion et à l'Église : * Un jour, un jeune italien, libre penseur, candidat à la licence, avait séduit le jury par l'abondante facihté et distinction de sa parole. Vint le tour d'Ozanam de l'interroger : « Monsieur, lui dit-il dune voix ferme et émue, je rends justice à votre talent, mais je ne puis admirer votre savoir. Vous avez brutalisé les Pères de l'Ég^lise en les accusant d'avoir arrêté la civilisation. Vous n'êtes point dans le vrai, ^Monsieur ; vous l'auriez été en disant au contraire qu'ils ont hâté sa marche. » — Assentiment général.

Ozanam retrouvait un grand nombre de ses étudiants au Cercle catholique récemment fondé par M. Beluze, le Père Beluze, comme on le nommait. Cet homme vénérable était né à Dardilly, patrie du saint Curé d'Ars; son père avait été longtemps notaire à Lyon, et lui-même était resté, comme Ozanam, Lyonnais jusqu'aux moelles. Il lui demanda de présider, au Cercle, la conférence littéraire, qu'il'y avait établie. Ozanam n'y était-il pas préparé parla Conférence d'histoire et de philosophie, qu'avec M. Bailly, il avait organisée vingt ans plus tôt, à Paris? Nous ne possédons pas les discours improvisés que le président

du cercle y tenait à la jeunesse. Nous voyons seulement que c'est d'abord au travail, celui de leur âge, celui de l'étude, qu'il exhortait les étudiants. Il leur disait par exemple : « Aujourd'hui, nous ne travaillons pas. Sept ou huit heures par jour données à la science alarment pour nos misérables santés la sollicitude de nos amis. Sachons-le pourtant ; il ne faut pas se croire dispensé par la foi, de la recherche studieuse, de la fatigue et des veilles. Le travail, châtiment de la déchéance, est devenu la loi de la régénération. »

Et au Cercle catholique encore, à l'élite lettrée de la jeunesse de Paris : « Prenez au sérieux, Messieurs, ce que nos ancêtres appelaient modestement le métier des lettres. Fouillez, travaillez la science. Dieu est au fond de la science, mais il veut qu'on le cherche pour éprouver l'amour, et il fait qu'on l'y trouve pour ne le désespérer pas. Le chemin de la science est long, jeunes gens; nous ne sommes qu'au commencement : mais, s'il ne nous est pas donné de voir le terme de nos recherches, nous aurons du moins montré le but à d'autres qui l'atteindront. Ils en auront la joie ; et ce sera la Providence qui en aura la gloire. »

En outre du Cercle, il était d'autres et plus hautes réunions vers lesquelles Ozanam acheminait la jeunesse. Telles les Retraites prépa^ratoires à la communion pascale que dans ces mêmes années, semaine sainte de 18i2, le Père de Ravignan venait d'inaugurer à Notre-Dame. « Depuis lundi dernier, écrit-il à son jeune frère, chaque soir, plus de six mille hommes assistent à la retraite prêchée par le Père de Ravignan, Il est impossible de rien entendre de

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