NOGENT-SUR-MARNE
naissais pas depuis longtemps. Nous sommes à trois quarts d'heure au delà de Vincennes, sur un coteau qui domine la Marne. Le jardin est grand, l'air est très pur, le temps admirable. Ma femme reprend rapidement ses forces, et mon enfant se développe comme une petite iïeur. C'est un de ces moments de bonheur comme il y en a bien peu dans la vie, et qui font sentir de plus près la bonté de la Providence de Dieu. »
Voulant sans doute déposer son présent de bienvenue dans ce berceau, le doyen des lettres, M. Le Clerc, choisit ces mêmes jours pour proposer Ozanam à la décoration. Ozanam l'apprit, et par un sentiment de délicatesse généreuse il vint prier son doyen de surseoir présentement à un acte qui, au lendemain de sa précoce titularisation, et de l'élévation do son beau-père à une haute fonction administrative, semblerait accumuler sur sa tête les honneurs civiques après les faveurs universitaires. Cette délicatesse fut comprise. Mais l'année suivante, V mai 1846, Ozanam fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Ce furent donc bien des années heureuses que ces années de 18iV à 18'iG, écoulées dans la vie de famille et dans la vie d'étude. A cette vie d'intérieur, Ozanam apportait un goût de poésie simple qu'il mêlait aux actes les plus ordinaires pour les embellir. Par exemple lui, si sobre qu'il ne s'apercevait même pas de ce qui lui était servi, avait à cœur que les dimanches et fêtes, il y eût sur la tal)lc quelque chose de plus; et souvent c'était lui qui en faisait la surprise. Il attachait du prix à un bouquet de fleurs, et il aimait à en voir un près de lui, sur son bureau. Le 23 de chaque mois, quantième de son mariage, il ne manquait pas d'offrir à sa femme quelque plante de