AUDIENCES DE PIE IX
que les papes des premiers siècles ont conquis toute l'Europe. Vous verrez que c'est l'Évêque de Fiome qui réconciliera encore une fois le monde avec la Papauté. » Pie IX le saint de Dieu : « Il y a trois cents ans, depuis Pie V, que l'Église n'a pas vu un Pape canonisé. Mais celui-ci pourrait bien renouer, sur la chaire de Saint- Pierre, la longue chaîne des saints. »
Puis il y a le Pie IX intime, celui de l'audience privée : « Nous avons eu l'honneur d'être reçus en audience particulière, et Sa Sainteté a voulu faire asseoir ma femme, caresser et bénir ma petite fille de dixhuit mois. Ma petite Marie s'est conduite comme un petit auge, se mettant d'elle-même à genoux devant le Pape, et joignant ses mains avec un petit air de vénération, comme s'il était le bon Dieu. Le Saint- Père nous a parlé de la France, de la jeunesse des écoles, des devoirs de l'enseignement, avec une noblesse, avec une émotion, avec une grâce inexprimables. Comme je lui disais que la juste popularité de sou nom hâterait encore le retour des esprits au catholicisme : « Je sais bien, a-t-il répondu, que Dieu a fait ce miracle de changer tout à coup d'injustes préventions en respect et amour. Et ce qui me confond c'est que, pour ce changement, il ait daigné se servir d'un misérable comme moi. » Ces mots étaient dits avec une humilité si sincère, si touchante dans le vicaire de Dieu, que nous en avons été émus jusqu'aux larmes. »
Cette popularité de Pie IX était la conséquence el comme le fruit vermeil de sa politique libérale. Élevé sur le siège de Saint-Pierre depuis le 17 juin 18i6, il venait d'inaugurer son règne par une série d'actes et de réformes spontanées. L'amnistie, la révision de la législation civile et criminelle, l'organi-
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sation d'une garde civique, la création d'un conseil d'État et d'une représentation communale pour la ville de Rome, avaient été successivement accueillies avec enthousiasme par les populations italiennes. Le noble esprit d'Ozanam en était ébloui, et son beau cœur naïvement transporté! Il décrit la Bénédiction pontificale du jour de Pâques, à la loggia de Saint- Pierre ; l'escorte instantanée qui reconduit le Pape en triomphe au Quirinal, les rues qui, le soir, s'illuminent comme par enchantement sur son passage : « Ce peuple est épris de son évêque et de son prince, écrit-il; il en parle avec ivresse. Et cela depuis dix mois bientôt, ce qui est ])eaucoup dans un siècle où les plus belles popularités ne durent guère. »
Après le Pape, le principal intérêt de ce séjour fut la visite des tombes et des vestiges terrestres des saints et des martyrs, comme il écrivait à Lallier : « Tout ce vrai pèlerinage est plein pour nous de consolations spirituelles. Nous avons passé la moitié de notre temps auprès des tombeaux de ces grands hommes, de ces saintes femmes dont on croit mieux comprendre la vertu quand on voit les lieux où ils vécurent et ceux où ils reposent. )>
Us avaient retrouvé à Rome, l'homme, le prêtre, le plus capable de les faire entrer dans l'a me de Rome chrétienne. « Nous avons communié à la messe que l'abbé Gerbet nous a dite dans l'église de Saint-Pierre, sur la sépulture même du saint Apôtre; et là, pendant plus d'une heure, nous avons nommé à Dieu tous ceux que nous aimons. Nous sommes descendus cinq fois aux catacombes, presque toujours avec l'abbé Gerbet, qui nous en expliquait les substructions et les peintures. Il terminait ordinairement la visite par la lecture d'une homélie sur les martyrs et par la réci-