SON DÉLAISSEMENT
quelques mille livres de rentes qui ne veuille envoyer iout le monde à la messe, à la condition de n'y pas mettre les pieds. »
Si l'honnête homme s'en révolte, le chrétien s'en désole pour le préjudice qu'en souffre et qu'en souffrira l'Église, mère des Ames : « Je vois avec douleur — oh! la belle douleur! — je vois se ralentir ce beau mouvement de retour et de conversion qui avait fait la joie de ma jeunesse et l'espoir de mon âge mûr. Et je me demande si, quand nos cheveux auront blanchi, nous pourrons encore les courber devant les autels, sans entendre autour de nous ces huées qui, il y a vingt ans, poursuivaient les fidèles jusque dans les églises? Veillons et prions. »
La situation morale faite de ce chef à VEre nouvelle allait s'amoindrissant chaque jour. C'était la suspicion et le délaissement. Elle' eût été intolérable pour Ozanam si, pour le soutenir dans sa voie, il n'avait eu à sa droite et à sa gauche deux hommes, deux des plus grands et meilleurs parmi les catholiques militants de cette époque, et l'un et l'autre, le laïque et le moine. 1res hommes de Dieu.
Lacordaire, l'un des deux, témoignait dans ses lettres le regret qu'il ressentait de voir « le clergé et les catholiques de France répondre si mal aux avances de ce régime de février qui avait été si miraculeusement généreux. Une volte-face les déshonorerait, et ne permettrait plus de voir en eux que les humbles valets de tous les avènements favorisés du sort. Pour ma part, j'ai accepté sincèrement la république, sans avoir pour elle aucune passion préexistante ni survenue. Mais, quoi qu'il arrive, je dois respecter ce que j'ai fait ».
Gomme Lacordaire, M. Foisset, au Correspondant y.
1 RKDÉRIC OZANAM. 27
estimait que riionneur des catholiques était engagé à ne pas retirer, sous l'influence de la peur, leur loyal appui à un gouvernement dont ils n'avaient aucun sujet de se plaindre : « L'Ere nouvelle est républicaine, écrit-il à Montalembert, 11 novembre 1848, tant mieux! Car franchement, je ne vois pas ce que la religion gagnerait à un antagonisme universel entre les catholiques et les républicains. Dans les rangs de ces derniers, il y a comme ailleurs des âmes à sauver; et je ne voudrais pas que l'idée d'une irréconciliable inimitié entre l'Église et la démocratie fit obstacle au retour des âmes à Dieu, comme à l'équité du gouvernement envers la chose catholique. »
Foisset était encore plus près d'Ozanam, quand il estimait « qu'il y avait pour les catholiques une œuvre plus nécessaire que la réaction à outrance, c'était l'emploi de toutes leurs forces à détruire les préventions et les haines populaires, en se consacrant sans mesure au soulagement de ceux qui souffrent ». « La bourgeoisie me désole, écrivait-il au même; elle est plus égoïste que jamais. Elle se cramponne à la terre, sans vouloir entendre parler d'autre chose, sans voir d'où vient le mal, sans mène soupçonner le remède. Il nous faudra passer encore par des expiations ; et pourtant le péril de Juin crie assez haut. Le clergé suit son ornière ; je ne vois pas qu'il tire parti du martyre de l'Archevêque, ni qu'il se souvienne assez de VEvangelizare paiiperibiis. L"épiscopat est comme frappé de stupeur. »
De l'autre côté l'Univers faisait rage contre VÈre nouvelle, qu'on n'appelait plus maintenant que V Erreur nouvelle. Foisset crut devoir intervenir auprès de Louis Veuillot dont il avait l'oreille. Veuillot com-'