JEUNES ANNEES
Cependant c'est au sein de cette vie sereine d'études et de piété, dans la quinzième année, que Ozanam vit le ciel de sa foi se voiler de nuages et son cœur se débattre dans l'épouvante du doute. Jusque-là il avait cru comme un enfant, mais un enfant réfléchi; et il payait aujourd'hui par le doute l'éveil précoce et l'activité inquiète de sa vie intellectuelle. Lui-même en fera la confidence salutaire à la jeunesse des Écoles, lorsque lui dédiant ses premières leçons de la Sorbonne sur La Civilisation chrétienne au F" siècle, il parlera ainsi, dans l'avant-propos de son livre, écrit le vendredi saint 1851, deux ans avant sa mort :
« Au milieu d'un siècle de scepticisme, Dieu m'a fait la grâce de naître dans la foi. Enfant, il me prit sur les genoux d'un père chrétien et d'une sainte mère. Il me donna pour première institutrice une sœur intelligente, pieuse comme les anges qu'elle est allée rejoindre. Plus tard, les bruits d'un monde qui ne croyait point vinrent jusqu'à moi. Je connus toute l'horreur de ces doutes qui rongent le cœur pendant le jour, et qu'on retrouve la nuit sur un chevet mouillé de larmes. L'incertitude de ma destinée éternelle ne me laissait pas de repos. Je m'attachais avec désespoir aux dogmes sacrés; et je croyais les sentir se briser sous ma main. C'est alors que l'enseignement d'un prêtre philosophe me sauva. Il mit dans mes pensées l'ordre et la lumière; je
biographique écrite eii 1854 par un de ses maîtres de Lyon sur son plus brillant élève. C'était M. Legeay, alors professeur honoraire de la Faculté de Grenoble. 11 les avait coUigées et gardées comme des gages du brillant avenir do cet enfant. Il n'avait plus aujourd'hui qu'à venir les déposer sur sa tombe. Ce nouvel exemple d'une forte culture la.line, à la base de la formation de l'écrivain français, ne paraitra-t-il l'as un anachronisme à la génération de nos jours.»