‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 16 sur 235 · LA CUISE DU DOUTE · texte numérisé non relu

LA CUISE DU DOUTE

crus désormais d'une loi rassurée; et touché d'un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérilé({ui me donnait la paix. »

La lettre confidentielle de janvier 1830, à Materne son camarade, presque au lendemain de cette crise, nous place mieux au fort de cette lutte intérieure, dont elle frémit encore : « Il faut, cher ami, écritil, il faut ({ne j'entre dans quelque détail sur une période pénible de ma vie, qui commença quand j'étais en Rhétorique, et qui finit l'année passée. A force d'entendre parler d'incrédules et d'incrédulité, je me demandai pourquoi je croyais? Je doutais et cependant je voulais croire. Je repoussais le doute. Je lisais tous les livres où la religion était démontrée, et aucun ne me satisfaisait pleinement. Pendant un ou deux mois, je croyais sur l'autorité de tel raisonnement : une objection survenait à mon esprit, et je doutais encore. Oh! comme je souffrais! car je voulais être religieux... Ma foi n'était pas solide ; et cependant j'aimais mieux croire sans raison, plutôt que de douter : cela me torturait trop. J'entrai en philosophie. La thèse de la certitude me bouleversa. Je crus un instant que j'allais douter même de mon existence. »

Voilà bien l'homme tout entier engagé dans cette lutte, esprit, cœur, volonté. L'esprit subit le doute, le cœur proteste, la volonté résiste. C'est la grande souffrance humaine; mais c'est aussi la grande épreuve divine provoquant le témoignage éclatant de l'amour. Ozanam en rend compte en des termes plus énergiques encore, dans une lettre postérieure où il dit : « Ébranlé quelque temps par le doute, j'embrassais de toutes mes forces la colonne du temple, dùt-elle m'écraser dans sa chute. »

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