CHAPITRE XXIF
ORTHODOXIE. — TOLERANCE. — ERNEST DAVET. — T,E< l'RO- TESTANTS. — « l"i"MVERS » : LA CONTRADICTION. — PLAINTE ET CLÉMENCE. — LIBÉRALISME ET CHARITÉ.
Ozanam fut par-dessus tout un homme de grande foi. J.-.I. Ampère a dit de lui : « Ce qu'Ozanam mit au-dessus de toutes choses en ce monde, ce qui lui fît entreprendre d'immenses études, écrire de grands et savants ouvrages, parler d'une voix éloquente, accomplir un nombre infini de bonnes œuvres; ce qui a marqué d'un sceau ineffaçable toutes ses actions et ses paroles, ce fut sa grande foi catholique, la souveraine maîtresse de toute sa vie. »
Nous avons vu combien sacrée fut toujours pour lui Y orthodoxie, la droite croyance, dont le nom remplit ses lettres et ses discours : ceux à la Sorboime, ceux à ses frères des conférences. L'orthodoxie qui doit présider à toute association, l'orthodoxie de laquelle il célèbre les fidèles, les docteurs, les héros et les martyrs ; l'orthodoxie, à l'intérêt de laquelle il faut sacrifier tous les autres, sans la sacrifier ellemême à aucun. « Je tiens, a-t-il dit un jour aux ar-
bitres de sa destinée, je tiens à l'orthodoxie chrétienne plus qu'à la vie même, aimant et servant de tout mon cœur l'Église calholique romaine. » C'est elle, ses chefs, ses ministres qu'il consulte, qu'il suit; et il est prêt à déchirer ses plus éloquentes pages plutôt que de la contrister par une syllabe de ses lèvres ou un trait de sa plume. Et encore : « La foi catholique est ce qu'elle est; nous n'en devons rien renier ni en rabattre, par complaisance ou lâcheté. » — « Ni traîtres, ni lâches! » — « Le plus grand de tous les dangers serait la mollesse qui céderait quelque chose de la sévérité du dognie dans la discussion, ou des droits de l'Église dans les affaires. »
A cette stricte et nécessaire intransig-eance doctrinale s'alliait, chez Ozanam, une larg-e tolérance apostolique, qui forme un des traits les plus marqués et les plus heureux de son caractère. Lacordaire nous les a déjà burinés dans son grand style. M. Ampère, qui en avait ressenti le bienfait pour lui-même, en parle plus simplement en ces termes : « La tolérance, chez Ozanam, n'avait rien de commun avec la faihlesse. Elle tenait à une libéralité de vues qui lui faisaient reconnaître des sympathies, même en dehors du camp dans lequel il combattait. C'était une connaissance intime des hommes, qu'une patience douce et discrète finira toujours par désarmer. C'était l'imitation touchante de Notre-Seigneur qui ne brisa jamais le roseau courbé, qui n'éteignit pas la lampe encore fumante. »
M. Ampère a raison. La tolérance d'Ozanam ne procédait pas seulement de sa bonté native ; elle était aussi un fruit de la grâce de l'Évangile qui était eu lui. Elle était le doux rayonnement de la splendeur de sa foi, et le mouvement de la condescendance chrétienne de son amour.
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Un autre écrivain de la môme école, llippolyte Rigault, des Débats, attribue pareillement à la piété d'Ozanam cette tolérance qui le touche, cette orthodoxie (jui l'édifie : « Je voudrais, écrit-il, insister sur le caractère attrayant de sa piété; je voudrais montrer en lui le chrétien indulgent envers son prochain et sévère à lui-même, loyal, ami des idées généreuses, défenseur et modèle de la tolérance, mais inébranlable dans la ligne de l'orthodoxie qu'il s'était de bonne heure tracée ; enfin le digne arrière-neveu de cet Ozanam du xvii° siècle, savant géomètre, qui disait : « Il appartient aux docteurs « de Sorbonne de discuter, au pape de décider, « aux géomètres d'aller au paradis par la perpendi- « culaire. » Mais il faudrait une plume moins profane pour retracer de si rares.vertus. »
Cette indulgente bonté, Ozanam la portait dans toutes les habitudes de sa vie, de sa vie privée, de sa vie d'œuvres, et de sa vie publique dapologiste et défenseur de la foi.
Dans ses rapports ordinaires avec ses confrères et collègues, ou visités ou visiteurs de quelque condition qu'ils fussent, il montrait cette cordialité définie et recommandée par saint François de Sales; dans ces paroles qu'aimait à citer M. Gossin : « La cordialité est une joie que l'on sent dans le cœur, quand on voit une personne qu'on aime; c'est une saillie du cœur par laquelle on fait voir qu'on est bien aise d'être avec son frère. Cette joie se répand dans toute la personne; c'est un fruit de l'amour divin uni à l'amour du prochain. Si la charité était une pomme d'api, la cordialité en serait la couleur. »
Dans ses jugements sur les personnes, c'était toujours la miséricorde qui avait le dernier mot. Si l'on