CHARITE : LES PAUVRES
conforlal)lc, se conduisant envers eux comme avec des visiteurs auxquels il était bien aise de faire honneur. C'était une fête pour lui d'aller souhaiter la bonne année à ses pauvres et de distribuer de joyeuses étrennes à leurs enfants. Le Père Lacordaire a raconté qu'au matin de l'un de ces jours, celui de 1852, Ozanam dit à sa femme qu'il connaissait une famille si malheureuse, qu'elle avait été obligée de mettre au raont-de-piélé sa commode de mariage, dernier reste d'une ancienne aisance: et qu'il avait envie de la leur rendre pour ce jour-là. Sa femme l'en dissuada pour d'excellentes raisons. Mais, le soir venu, au retour de ses visites ofticielles, Ozanam était triste, il jeta un regard douloureux sur les jouets entassés aux pieds de sa fille, et il n'osa pas toucher aux bonbons que l'enfant lui présentait. Il était aisé de comprendre qu'il regrettait la bonne œuvre manquée le matin. Sa femme l'ayant alors engagé à suivre sa première pensée, il partit aussitôt pour racheter le meuble, et, après l'avoir accompagné jusque chez ces indigents, il rentra tout heureux.
Ce n'est pas qu'il n'eût été plus d'une fois trompé par d'indignes clients de sa charité. « Un Italien auquel il avait fini par procurer une situation dans une maison de commerce, avait odieusement trompé la confiance de son patron. Etant alors retombé dans une grande misère, il s'en vint de nouveau implorer l'assistance d'Ozanam qui, fort irrité, le renvoya en lui signifiant de ne plus revenir. Mais ce malheureux ne fut pas plutôt au bas de l'escalier, qu'Ozanam se sentit envahir par un remords. Il se dit qu'il était mal de pousser qui que ce soit au désespoir, que lui-même aurait besoin un jour que Dieu
ne lui fût pas inexorable, ainsi qu'il venait de Fètre pour un de ses semblaljles. Incapable de supporter cette pensée, il prit son chapeau, et courut à la poursuite de l'Italien qu'il retrouva près de là errant dans le jardin du Luxembourg. »
A mesure qu'Ozanam s'élevait, par ses écrits et ses titres, dans le monde académique, on remarquait qu'il se complaisait davantage dans le monde ouvrier : la Société de Saint-François-Xavier, le Cercle ouvrier de la crypte de Saint-Sulpice, auxquels sa présence et sa parole étaient demeurées fidèles. C'est dans ces dernières années qu'il composa pour eux une ]'ie populaire de saint Eloi, patron des ouvriers et des orfèvres. C'est, en un style très simple mais toujours beau, la glorification du travail que la religion relève, ennoblit, transtigure. Cet écrit était destiné à offrir aux travailleurs de toutes les professions un modèle k imiter, en leur montrant qu'il n'y a pas une condition où la sainteté ne se fût déjà rencontrée, et où elle ne pût aisément renaître par la pralique de ces vertus chrétiennes qui sont accessibles aux plus humbles comme aux plus grands des hommes.
Au conseil général de Saint- Vincent de Paul, Ozanam jouissait de voir la puissante impulsion que donnait à la Société la présidence récente de M. Adolphe Baudon, ce qui lui permettait de s'effacer de plus en plus. Et quel conseil que celui où siégeaient au bureau, à côté de lui, des hommes tels que M. Léon Cornudet, vice-président, M. de Barante, secrétaire, MM. Cochin et Louis de Beaudicour, vicesecrétaires; et des conseillers tels que MM. Bailly, Gossin (ils. Le Prévost, Henri de Riancey, Lauras, Armand de Melun, de Raincourt, de Champagny, , Ferrand de Missol; et peu après M. d'Indy, MM. Cau-