‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 186 sur 235 · LE SA · texte numérisé non relu

LE SA

CRIFICE.

Ozanam est maintenant à Pise. «Remerciez Dieu avec nous, écrit-il à Cornudet, de nous avoir gardés et conduits ; priez-le de continuer son ouvrage et de nous ramener, car cette terre enchanteresse ne nous fait pas oublier la patrie. » Une autre lettre disait : « J'espère bien que j'achèverai de renaître au printemps. Mais, quelle que soit la volonté de Dieu, il faut que je l'attende avec amour, puisqu'il mêle tant de douceur aux amertumes de son calice. »

C'est le 13 janvier qu'Ozanam écrivait ainsi. Il profita de ce tte accalmie pour se rendre à Florence qui n'est qu'à vingt lieues de Pise et où l'attiraient, on lésait, de profondes attaches de parenté et d'amitié, et de vives sympathies d'intelligence et de cœur. Mais il y venait cette fois particulièrement pour les intérêts de la Société de Saint- Vincent de Paul. Dès- 1847, comme lui-même raconte, traversant la Tos-

cane, il y avait jeté la semence d'une conféreuce qui avait été longue à germer. Aujourd'hui de nouvelles idées et de nouveaux besoins sociaux avaient accrédité celte œuvre populaire, et des conférences étaient nées sur divers points du pays. « L'autorité ecclésiastique leur prêtait sa protection, les religieux la recommandaient, les laïques fervents s'y enrôlaient. »

Mais, à Florence, commeàPise, comme à Livourne, la Société rencontrait la contradiction en haut lieu. Le gouvernement du grand-duc de Toscane lui refusait l'autorisation légale, la tenant pour suspecte de libéralisme; et la froideur qu'il montrait au petit groupe naissant glaçait l'éclosion de l'œuvre dans son germe. L'arrivée d'Ozanam à Pise réveilla l'espérance. Son livre de Dante et sa philosophie, traduit plusieurs fois en italien, avait naturalisé l'auteur et popularisé son nom, peut-être plus qu'aucun écrivain français, dans cette mère patiie de son héros. La Grande-Duchesse douairière ne le pouvait ignorer. Une de ses dames d'honneur était la mère du jeune chanoine Guido Palagi, le saint prêtre qui avait mis toute l'ardeur de son prosélytisme au service et au recrutement de la charitable association.

11 y avait peu de jours qu'Ozanam était arrivé, quand on lui fit savoir que la Grande -Duchesse mère se trouvant de passage à Pise, désirait le voir et l'entretenir dans la soirée. Quoique malade et alité ce jour-là, il se leva, et se disposa à se rendre à l'obligeant appel... La Grande-Duchesse, femme de foi et de cœur, le reçut avec une bonté et une distinction marquée ; mais elle ne lui cacha pas les fortes préventions du duc contre la Société en général, et la conférence de Florence en particulier, la tenant comme une sorte de Camarilla politique, laquelle ne

saurait être autorisée que si certains membres, qu'elle lui désignait nommément, cessaient d'en faire partie. Ozanam, respectueusement, exposa l'origine et l'esprit de la société; l'exclusion formelle que son règlement donnait à la politique, son devoir d'accueillir indistinctement quiconque se présentait, pourvu qu'il fût honorable et chrétien. Sa parole était chaleureuse, pacifiée mais non abattue par la souffrance. La Grande-Duchesse écouta attentive et émue. Elle remercia, sans rien répondre. Mais, quelques jours après, la conférence de Florence, et avec elle Pise et Livourne, recevaient l'autorisation officielle du gouvernement.

Une réunion solennelle de la conférence, fixée au 30 janvier, devait promulguer et inaugurer ce nouvel état de choses. Une lettre d'Ozanam à Lallier en rend compte fidèlement, mais modestement, sans mention aucune de sa visite à Son Altesse et du résultat obtenu : « Dans cette capitale du Joséphisme, écrit-il, un jeune et pieux chanoine, dont la mère est dame d'honneur de la grande-duchesse, met tout son zèle à propager notre association. J'ai eu la consolation d'assister à une de leurs séances, comme j'avais visité en d'autres temps nos confrères de Londres et de Burgos. Des larmes de joie me viennent aux yeux, quand je retrouve à ces distances notre petite famille toujours petite par l'obscurité de ses œuvres, mais grande par la bénédiction de Dieu. Les langues diffèrent, mais c'est toujours le même serrement de main, la même cordialité fraternelle; et nous pouvons nous reconnaître au même signe que les premiers chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment ! »

Il leur parla en italien: son discours en cette langueet la nôtre est imprimé dans ses œuvres. Ce qu'on

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