‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 187 sur 235 · FLORENCE, SA CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE, SA CONFÉRENCE

y voit, après la joie de se retrouver en famille, là, en Toscane, comme en Angleterre et comme en Castille, c'est le besoin de faire connaître que, s'il est viceprésident du conseil général, ce n'est point par l'elTet de son mérite personnel. Il n'y a d'autre titre que son ancienneté dans cette société dont il raconte les mode&tes débuts, et dont il admire la merveilleuse extension. « Au lieu de buit, à Paris seulement elle compte 2.000 membres, visite environ 20.000 assistés, possède en France seulement 500 conférences, outre celles quelle a en Angleterre, en Espr °nc, en Améric|ue et jusqu'à Jérusalem. » Il disait le but de l'œuvre : œuvre de charité spirituelle plus que de corporelle, particulièrement appropriée aux besoins de l'heure présente et à ceuxde cet esprit volcanique de l'Italie. En fin l'esprit de l'œuvre: esprit d'humilité, de charité et de paix. Tel est bien aussi l'esprit de ce petit discours d'une simplicité évangélique. Il se termine ainsi : " Je vais bientôt retournerpourquelque temps à Pise, où j'ai, comme ici, d'autres frères en saint Vincent de Paul. Mais, dans cjuelques mois, avant de regagner ma patrie, j'espère vous revoir encore et m'édifier de cette fraternité chrétienne qui m'a préparé parmi vous un si chaleureux et si doux accueil. J'en emporterai dans mon cœur le souvenir impérissable, et j'attesterai devant nos confrères de Paris que, sous le beau cielditalie, l'arbre de Saint- Vincent de Paul a déjà poussé des rameaux dignes de figurer auprès de ses branches les plus florissantes. »

L'hisîoire de cette séance et de ce discours eut son épilogue. Grand fut l'étonnement de l'orateur, lorsque le lendemain il se lut reproduit tout au long dans les journaux catholiques du lieu. lien fut très con-

trarié : « C'est entièrement opposé aux habitudes comme à l'esprit de la Société, laquelle ne fait du bien qu'en ne faisant pas de bruit, » Ozanam déclara même que s'il avait pu prévoir cette publicité, il n'eût pas parlé. Peu après, ayant été prié de prendre de nouveau la parole, il n'y consentit qu'à la condition expresse que cette indiscrétion ne se renouvellerait point. Le lendemain pourtant, quelques membres influents vinrent le supplier de les relever de leur promesse : il résista trois jours, et ne céda qu'à la demande de son confesseur, lequel l'assura que son discours amènerait probablement une fondation à Lorette. Il permit d'en tirer cent exemplaires. On en tira douze cents : seconde trahison, que l'orateur ne pardonna tout à fait que lorsqu'il en vit l'heureux résultat dans la fondation de conférences à Macerata, à Porto Ferraio, et jusqu'en Sardaigne, où le discours du « célèbre professeur français produisit un grand effet >>.

Mais il n'en fallait pas tant pour abattre les forces déjà fort ébranlées du conférencier. Quelques jours après, je lis de lui à M. Foisset : « .le ne vaux guère en santé; c'est pourquoi j'ai prié, et j'ai mis tous mes amis en prières, afin qu'il plût au ciel de me délivrer. Tant de vœux ne pouvaient pas rester inexaucés; mais il parait aussi que mes péchés ne pouvaient pas demeurer impunis. Depuis mon départ de France, la fatigue d'un long voyage a ébranlé mes forces; et je suis ici souffreteux, chancelant, mais ne tombant point, à peu près comme la tour penchée devant laquelle je passe chaque jour. Voilà un exemple qui devrait me rassurer et m'instruire. Car, toute penchante qu'elle est, elle dure depuis tantôt sept cents ans; et

Page 1