LAME MONTANTE
reçu l'article bibliographique qu'Ampère avait consacre aux Poêles franciscains dans la Heiue des Dem-Mondes, 15 mai : « Mon cher ami, lui éciit-il, vous nous avez comblés, nous et nos pauvres Franciscains. Je veux vous remercier aussi pour ces pieux mendiants que vous traitez avec tant de bonté, et que vous faites revivre dans ce tableau raccourci. Vos trois pages ont toute la couleur et tout le parfum de ce jardin de couvent que vous y crayonnez, avec ses jasmins grimpants le long- des cloîtres. Amélie et moi, en juges désintéressés, nous avons décidé que cet article était un de vos morceaux les plus exquis. Je veux ajouter que nos regrets pour le fîtofesseur absent out touché autre chose que mon amour-propre; et l'accent m'en est allé jusqu'au fond du cœur. »
Il semble bien que toutes les facultés d'Ozanam naturelles et surnaturelles; celles de l'esprit, celles du cœur, se soient surpassées elles-mêmes, dans ces deux dernières années, en dépit de sa souffrance ou peut-être à cause d'elle. C'est bien la vie montante, au faite de son ascension. Surtout la bonté, la sensibilité y ont des délicatesses et tendresses suprêmes. Lui-même s'en rend compte : « Dans cette ville paisible, dans cette vie si reposée, il me semble quelquefois que je goûte plus profondément mes affections de famille, que je caresse plus à mon aise mes souvenirs d'amitié. J'ai le loisir de rentrer dans mon cœur, j'y trouve beaucoup à corriger; mais enfin j'y crois trouver la foi et la paix, et c'est assez pour donner bien des moments de bonheur, » Et dans un autre endroit, parlant de son entourage : « Vous voyez, mon cher ami, que si Notre-Seigneur méfait part de sa croix, il m'en donne, comme on fait à Rome, une parcelle bien légère, et encadrée dans
un beau reliquaire; je veux dire dans des consolations et des adoucissements infinis. J'ai ma bonne et tendre Amélie, qui sait mêler à ses soins tant de grâce et d'agrément. J'ai ma petite Marie toujours joyeuse, et qui commence à nous réjouir de son babil italien. J'ai trouvé pour ma conscience un prêtre plein de cbarité et de lumières. Dieu m'a donné des amis nouveaux, et je sais que les anciens ne m'oublient pas. »
De ce dévouement de son épouse, il ne sait assez bénir Dieu : « La dame du logis vous fait tous ses compliments. La pauvrette a vu de bien mauvais jours. Mais la" voilà qui s'épanouit aux premiers sourires d'avril. Et certes, si je me tire d'affaire, elle aura une grande part du mérite. » Et, dans un autre endroit : (( Vous connaissez celle que Dieu m'a donnée pour ange gardien visible : vous l'avez vue à l'œuvre. Mais, depuis que mon mal est devenu sérieux, vous ne sauriez croire tout ce qu'elle a trouvé de ressources dans son cœur, non seulement pour me soulager, mais pour me consoler! Quelle tendresse ingénieuse, patiente, infatigable, m'entoure à toute heure et prévient tous mes désirs ! » Et à la fin d'une autre lettre, on l'entend qui s'écrie : « Qu'ai-je donc fait pour que Dieu me donne une pareille famille et des amis tels que vous ! »
11 les aimait en Dieu, le Dieu de l'autel où il prie et communie, le Dieu du ciel où il aspire : u Dans ces grandes fêtes que je n'ai pu passer avec vous, je vous ai retrouvé au saint autel. Oui, je crois fermement, quand je communie, être en communication étroite avec mes amis chrétiens unis au même Sauveur. Pourquoi faut-il que bientôt après, je me détache de cette sainte compagnie pour retomber