‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 190 sur 235 · AUX AMIS DE FRANCE · texte numérisé non relu

AUX AMIS DE FRANCE

dansmes découragements? Quand verrons-nous lelieu où il n'y aura plus de divisions entre les chrétiens, ni d'injustices publiques, ni d'avilissement pour les grandes nations ! »

C'était à l'amitié, celle d'un prêtre du plus haut mérite, qu'il confiait d'avance l'avenir de ce qu'il laisserait de plus cher en ce monde : « Adieu, cher ami, écrit-il à l'abbé Maret, c'est souvent une consolation pour moi de penser que si je venais à mourir, vous seriez l'ami de ma petite famille, comme vous avez été le mien. Aussi, toute cette famille vous aimet-elle tendrement, mais personne plus que votre dévoué. »

Il pensait donc à sa mort, vers laquelle il s'acheminait en portant sa croix. Au D' Franchisteguy, qui lui avait annoncé la mort subite d'un confrère de Rayonne, après une longue maladie et beaucoup de bonnes œuvres, il répond. 3 avril : u II a été appelé à r improviste, mais ne disons pas qu'il n'était pas préparé. Pour moi, quand je vois des chrétiens éprouvés par ces maux lents et cruels, je me figure des âmes qui font leur purgatoire en ce monde, et qui ont droit à la pitié respectueuse que nous devons aux justes de l'Église soutirante. Ahl si Dieu veut accepter pour l'expiation de leurs péchés ces peines supportées ici-bas, qu'ils sontheureux de s'être purifiés à ce prix, par des douleurs infiniment audessous de celles de l'autre vie, au milieu des consolations de la religion, de l'amitié, de la famille, auprès d'une femme qui s'épuise de tendresse et de bons soins, avec de joyeux enfants qui ramèneraient le sourire sur les lèvres les plus désolées ! Souffrir ainsi deux ans, dix ans même, et ensuite entrer de plain-pied

554 EiN ITALIE.

dans la paix du ciel, ne serait-ce pas la plus heureuse destinée 1 >>

N'était-ce pas ainsi qu'Ozanam se préparait à mourir?

Le sacrifice était déjà commencé, par le détachement. Il écrit à Lallier : « Savez-vous, cher ami, que durant les trois dernières semaines de carême, je pensais sérieusement à me tenir prêt aux derniers sacrifices. Il en coûtait beaucoup à la nature; cependant il me semblait que, Dieu aidant, je commençais à me détacher de tout, hormis de ceux qui m'aiment, et que je puis aimer ailleurs qu'ici-bas. Il m'a fallu d'abord renoncer à accompagner ma bellemère à Rome, renoncer aux cérémonies de la Semaine sainte, aux catacombes, à la Messe de Pâques pour moi la plus grande des choses visibles, à la consolation de baiser encore les pieds de Pie IX, et de visiter une fois de plus le tombeau des Saints-Apôtres. » Gomme O'Connell, Ozanam devait expirer sur le chemin de Rome,

Pâques était donc revenu. Après bientôt soixante jours de pluie consécutifs, une cclaircie s'était faite au ciel et dans son cœur. « Aujourd'hui, avec le rayon de soleil qui réveille les fleurs, se réveillent aussi mes espérances, écrit-il le 15 avril à Ampère. Depuis Pâques, je commence à revivre; et si le mieux se soutient, que) bonheur ce sera de vous revoir à Paris, fin de mai. Mais Dieu le permettra-t-il? Remercions-le déjà de ce qu'il a fait pour moi. Espérons qu'il achèvera l'œuvre. Pourtant je veux être soumis à sa volonté. Et où puis-je mieux apprendre cette soutnission que dans ce pays de Toscane qui, fertile en artistes, l'est encore plus en saints? »

Une chose qu'il dit être guérissante pour lui, corps^

Page 1