‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 191 sur 235 · PAQUES, RENOUVEAU · texte numérisé non relu

PAQUES, RENOUVEAU

et âme, était la vue du progrès, sur ce même rivage de Toscane et de Ligurie, de l'action catholique par les conférences de Saint-Vincent de Paul. La lettre du lundi de Pâques à Lallicr lui nomme cinq nouvelles familles fleurissantes « sur ce sol où la vie catholique languissait comme étouffée sous les chaînes dorées du .loséphisme ». De même à Gênes et ses faubourgs où l'esprit catholique, aux prises avec le mazzinisme, le socialisme, le protestantisme, avait g"roupé ses forces autour de la môme bannière : « Le voltairianisme sévit encore dans la bourgeoisie, mais la foi survit dans la masse du peuple. Ici, comme presque partout, beaucoup de beaux esprits sont incrédules; mais les plus grands esprits s'honorent d'être croyants. »

(( Les sourires d'avril sont perfides », écrit bientôt après le malade. C'était l'annonce d'une rechute. « Je sais que mon mal est grave, quoique non désespéré. Je sais qu'il faudra beaucoup de temps pour guérir, et que je puis ne pas guérir; mais je m'efforce de m'abandonner avec amour à la volonté de Dieu, et je dis, malheureusement de bouche bien plus que de cœur : Volo qiiod vis, volo quando vis, volo quo' modo vis^ volo quia vis. » Il le redisait sans cesse.

La lecture de l'Écriture sainte, qui avait été l'aliment de toute sa vie, devint l'entretien journalier de ce triste hiver de Pise. Les Psaumes partageaient avec l'Évangile sa prédilection : « Pendant de longues semaines de langueur, les Psaumes ne sont guère sortis de mes mains. Je ne me lassais pas de relire ces plaintes sublimes, ces élans d'espérance, ces supplications pleines d'amour qui répondent à tous les besoins, à toutes les djé tresses de la nature

humaine. » Non seulement, comme à Fordinaire, il en marquait les plus beaux passages, mais il pria sa femme de les lui copier, pour qu'il put ainsi les avoir rassemblés sous ses yeux tout le jour; et pour qu'ensuite peut-être d'autres y trouvassent un breuvage rafraîchissant et réconfortant dans leurs douleurs. Traduites et réunies en un petit volume sous le titre de Livre des malades, et précédées d'une préface du Père Lacordaire, qui en est le digne écrin, ces pages plus divines qu'humaines sont dédiées à tous ceux qui souffrent.

Le 23 avril 1853 était le quarantième anniversaire de sa naissance. Cette date était solennelle : reverrait-il une autre année en ce monde? Ozanamouvritsa bible au Cantique du roi Ézéchias; il y lut ce qui suit, c'était la réponse d'En-Haut. Il le transcrivit; puis sur la même page, se mettant en présence de Dieu, il répandit toute son âme de douleur, et déposa l'entière offrande de son sacrifice, dans ces termes d'une héroïque et sublime grandeur. C'est VEcce venio. On n'en peut rien retrancher.

Pise, 23 avril 1853.

Jai dit au milieu de mes jours : J'irai aux portes de la mort.

J'ai cherché le reste de mes années. J^ai dit : Je ne verrai plus le Seigneur mon Dieu sur la terre des vivants.

Ma vie est emportée loi?i de moi, comme on replie la tente des pasteurs.

Le fil que f ourdissais encore est coupé comme sous les ciseaux du tisserand : entre le matin et le soir vous m'avez conduit à ma fin.

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