I/OBLATION SAINTE
Mes yeux se sont faligw-s à force de s'rlever au ciel.
Seigneur, je souffre violence ; rr ponde z-moi! Mais que dirai-je, et que me répondra celui qui a fait mes douleurs?
Je repasserai devant vous toutes mes années dans l'amertume de mon cœur.
« C'est le commencement du cantique d'Ézéchias. Je ne sais si Dieu permettra que je puisse m'en appliquer la fin. Je sais que j'accomplis aujourd'liui ma quarantième année, plus que la moitié du chemin de la vie. Je sais que j'ai une femme jeune et bien-aimée, une charmante enfant, d'excellents frères, une seconde mère, beaucoup d'amis, une carrière honorable, des travaux conduits précisément au point où ils pourraient servir de fondement à un ouvrage longtemps rêvé. Voilà cependant que je suis pris d'un mal grave, opiniâtre, et d'autant plus dangereux qu'il cache probablement un complet épuisement.
« Faut-il quitter tous ces biens que vous-même m'avez donnés? Ne voulez-vous point, Seigneur, vous contenter d'une partie du sacrifice? Laquelle fautil que je vous immole de mes affections déréglées? N'accepterez-vous point l'holocauste de mon amourpropre littéraire, de mes ambitions académiques, de mes projets mêmes d'étude, où se mêlait peut-être plus d'orgueil que de zèle pour la vérité? Si je vendais la moitié de mes livres pour en donner le prix aux pauvres; et si, me bornant à remplir les devoirs de mou emploi, je consacrais le reste de ma vie à visiter les indigents, à instruire les apprentis et les soldats, Seigneur, seriez-vous satisfait, et me laisseriez-vous la douceur de vieilUr auprès de ma
558 EN ITALIK. — PISE.
femme et d'achever rédiication de mon enfant?
(c Peut-être, mon Dieu, ne le voulez-vous point. Vous n'acceptez point ces offrandes intéressées, vous rejetez mon holocauste et mon sacrifice. C'est moi que vous demandez. Il est écrit au commencement du Livre que je dois faire votre volonté! Et j'ai dit : Je viens, SeignemM
« Je viens. Si vous m'appelez, je n'ai pas le droit de me plaindre. Vous m'avez donné quarante ans de vie. Que les miens ne se scandalisent point si vous ne voulez pas faire aujourd'hui un miracle pour me guérir, II y a cinq ans, ne m'avez-vous pas ramené de bien loin, et ne m'avez-vous pas accordé ce délai pour faire pénitence de mes péchés et pour devenir meilleur? Oh ! toutes les prières qu'alors on vous adressa pour moi furent exaucées : Pourquoi celles qu'on vous fait aujourd'hui et en plus grand nombre seraient-elles perdues?
« Mais peut-être, Seigneur, vous les exaucerez d'une autre manière. Vous me donnerez le courage, la résignation, la paix de l'âme et ces consolations inexprimables qui accompagnent votre présence réelle. Vous me ferez trouver dans la maladie une source de mérites et de bénédictions : et, ces bénédictions vous les ferez retomber sur ma femme, mon enfant, tous les miens, à qui mes travaux auraient peut-être moins servi que mes souffrances.
« Si je repasse devant vous mes années avec amertume, c'est à cause des péchés dont je les ai souillées. Mais, quand je considère les grâces dont vous les avez enrichies, je repasse mes années devant vous, Seigneur, avec reconnaissance.
« Quand vous m'enchaîneriez sur un lit pour les jours qui me restent à vivre, ils ne suffiraient pas