‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 204 sur 235 · DEUX CONFERENCES · texte numérisé non relu

DEUX CONFERENCES

viendra s'ajouter à la couronne que Dieu prépare au Père Pandola; mais qu il lui donnera, j'espère, le plus tard possible. »

Ici, Gros-Jean s'excuse de prêcher son curé : « Non, mon Père, je ne vous prêche pas; c'est votre exemple, c'est votre conversation, c'est votre charité qui me prêche, qui me dit d'avoir confiance en vous, et de remettre cette œuvre entre vos mains. »

Or, cette lettre était datée du 19 juillet, fête de Saint- Vincent de Paul. La réponse ne se fît pas attendre. Dès le lendemain, Ozanam recevait ces trois lignes, brèves comme une dépêche; c'était un bulletin de victoire : « xMon cher ami, j'ai fondé deux conférences, l'une dans mon collège, l'autre dans la ville, le jour même delafète de Saint-Vincent de Paul.

Le même jour, à Paris, et en la même fête de Saint- Vincent de Paul,' dans l'Assemblée générale annuelle de la Société, le vice-président, M. Cornudet, chargé de porter la parole, demanda à la remplacer par la lecture d'une lettre qu'il venait de recevoir d'Ozanam, son collègue. « Cette lettre, dit-il, contient les détails les plus attachants et les plus édifiants sur un certain nombre de conférences d'Italie que notre cher vice-président a eu le bonheur de visiter en ces derniers jours. » Elle fut écoutée avec attendrissement.

Elle se termine ainsi ; » Loin de trouver dans ces accroissements un sujet d'orgueil, mes chers Confrères, nous y prendrons l'occasion de nous humilier. Le gazon des champs se propage rapidement; il ne cesse pourtant pas d'être petit; et, parce qu'il couvre beaucoup de terre, il ne dit pas : « Je suis le chêne ! » Nous aussi, en devenant nombreux, nous continuerons d'être petits et faibles; etnousne songerons

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pas à nous comparer aux institutions que Dieu a fait croître dans l'Égiise comme de grands arbres, pour y donner de l'ombre et des fruits. Soyons humbles. Je m'aperçois tous les jours, en Italie comme en France, que nos conférences finissent par vaincre les préventions et les difficultés. Tout le monde s'arme contre une œuvre nouvelle qui annonce de grands desseins. Mais quel mal peut-on vouloir à des hommes obscurs qui n'ont pas d'autres prétentions que de porter un peu de pain et de consolation dans un petit nombre de greniers? Puisse Dieu nous conserver dans cette simplicité de nos commencements; et saint Vincent de Paul, à ce caractère, nous reconnaîtra pour ses disciples.

« Adieu, Messieurs et chers Confrères ; je me recommande à vos prières, dont j'ai toujours grand besoin. »

Qu'on s'en souvienne : c'avait été au service de son œuvre de vérité qu'à sa dernière leçon en Sorbonne, Ozanam haletant était venu immoler ses dernières forces : « Quant à moi. Messieurs, si je meurs, ce sera à votre service!... » C'est pareillement au service de son œuvre de charité qu'aujourd'hui, à Livourne, à Sienne, il vient expirant exhaler ces derniers accents de ses lèvres. « Se dévouer jusqu'au martyre! » avait écrit le jeune apôtre, à vingt ans.

L'Antignano donna encore au malade quelques bonnes journées. Jusqu'à la fin de juillet, Ozanam put encore aller, chaque soir, se promener au bord de la mer, s'asseyant sur les rochers pour contempler, se reposer, respirer. Tous les matins, il se rendait à pas lents, pour la messe, à l'église qui était proche. C'était une pauvre église enclavée dans l'enceinte fortifiée qui autrefois l'avait protégée contre les descentes des

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