RETOUR EN FRANCK
On dut abréger ces trop émouvants adieux, et le faire descendre dans sa cabine, où on le coucha pour la nuit que son frère prêtre passa à son côté.
Quand le jour parut, le vaisseau stopait à Bastia, où il relâcha quelques heures dont on profita pour dresser un lit sur le pont. La mer était calme, l'air pur, le ciel sans nuage, et le malade ne pouvait détacher ses yeux de ces poétiques rivages de l'Italie qu'il voyait fuir derrière lui. Mais lorsque bientôt se levèrent les côtes de la Provence, il fît paraître une grande joie de revoir la patrie, et il en bénit Dieu à niRinsjointes. Il s'endormit apaisé. Quandil se réveilla, il était dans le port de Marseille. Ses yeux, presque en s'ouvrant, aperçurent sa belle-mère, avec d'autres membres de la famille de sa femme venus pour le recevoir. Dès qu'il fut près deux, il sembla oublier ses maux, et il dit presque gaiement, par un dernier effort : « A présent que j'ai remis Amélie aux mains de qui elle doit être, Dieu fera de moi ce qu'il voudra! »
Il eût encore désiré de revoir Paris; mais ce vœu ne put être exaucé. Aussitôt arrivé dans la maison que ses parents de Marseille lui avaient préparée, il se coucha, et ce fut pour ne plus se relever. Les confrères de Saint-Vincent de Paul se portèrent vers lui, le cœur plein de respect et de tristesse : il ne put les recevoir, mais il s'y montra sensible. « Maintenant qu'il avait touché la terre de ses aïeux et de ses travaux, écrit Lacordaire, il paraissait ne plus souffrir. Toute trace d'appréhension avait disparu; un calme qui n'était ni celui de la vie ni celui de la mort s'était répandu dans sa personne, et rien n'égalait la sérénité de son âme, comme celle de ses traits. Il parlait rarement, mais il s'unissait encore cà ceux qu'il aimait par une pression de main, par un signe ou un