MISSION D'APOLOGISTE
dable question du devoir présent, et celle de l'avenir de la société?
La réponse de l'ami fut une longue lettre de dix pages, 15 janvier 1831, la plus étonnante lettre qui ait été écrite par un écolier de dix-huit ans, formulant à la fois et la vaste synthèse historique et scientifique, et un large programme d'étude, constituant l'entreprise gigantesque dune apologétique catholique qu'il convie ses condisciples à partager avec lui.
« iMes chers camarades, au sein de l'agitation des esprits et des choses, mon parti est pris, ma tâche est tracée pour la vie, et en qualité d'ami je dois vous en faire part. Premièrement las de politique, fatigué de systèmes, regardant jouer autour de moi la charade en action, et attendant patiemment qu'on dise le mot de l'énigme, j'ai résolu de me tenir renfermé dans ma sphère, me développer à l'écart, étudier beaucoup d'abord en dehors de la société, pour ensuite y entrer plus avantageusement et pour elle et pour moi. Tel est le plan que j'ai formé et que M. Noirot m'a encouragé à exécuter, en m'assurant que je trouverais bien des jeunes gens studieux prêts à m'aider de leurs conseils et de leurs travaux. Alors j'ai pensé à vous, mes bons amis... Hàtonsnous donc, et pendant que la tempête renversera bien des sommités, grandissons dans l'ombre et le silence, pour nous trouver hommes faits, quand, les jours de transition passés, on aura besoin de nous! »
C'était de relever la société sur la religion, son fondement, et d'affermir celle-ci sur une large base historique qu'il s'agissait. Cette construction religieuse consisterait à chercher, à retrouver dans les traditions primitives et les livres sacrés de tous les peuples les premières assises de la vérité religieuse.
IRÉDÉRIG OZANVM. 3
Le travail préalable serait celui de l'étude des langues orientales, hébreu, sanscrit, égyptien, « une douzaine de langues », disait-il, pour y puiser les documents aux sources originelles. Enfin on y joindrait quelques connaissances en géologie et en astronomie, afin de pouvoir discuter les systèmes cosmogoniques des peuples, approfondir l'histoire des races et des croyances .
Que ne fallait-il pas savoir ? On sourit quand Ozanam se montre « fouillant tous les tombeaux, exhumant tous les mythes, explorant les traditions de tous les âges, depuis les sauvages de Cook jusqu'aux indiens de Wishnow, et aux Scandinaves d'Odin ». Mais n'oublions pas que cette époque est celle où les travaux du baron d'Eckstein et de Sylvestre de Sacy, après les deux ChampoUions, faisaient fleurir l'Orientalisme; et où le traditionalisme de l'Ecole ménaisienne en outrait les conséquences, pour en faire le critérium de la vérité de notre foi.
Ozanam sourit et s'étonne de lui-même : « Je m'étonne moi-même de ma hardiesse; mais qu'y faire? Quand une idée s'est emparée de nous depuis deux ans, et qu'elle déborde l'intelligence, impatiente de se répandre, est-on maître de la retenir? Quand une voix vous crie sans cesse : Fais ceci, je le veux! peut-on lui dire de se taire? »
Ozanam, avant dix-huit ans, avait donc entendu ses voix, lui aussi, voix du ciel, voix de Dieu, et c'était sa vocation qu'elles lui apportaient. C'était l'œuvre de Dieu et de l'Église de Dieu à laquelle l'apôtre pressait ses camarades de travailler avec lui ; u Réunissant nos efforts et d'autres avec nous, nous créerons une œuvre nouvelle... Alors peut-être un jour verrait-on le catholicisme reprendre la tète du siècle pour de