‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 37 sur 235 · SON INSPIRATION · texte numérisé non relu

SON INSPIRATION

machc. cette petite scène est toute présente à ma mémoire. Il me semble voiries yeux d'Ozanam chargés de tristesse, mais en même temps pleins d'ardeur et de feu. Il me semble entendre cette voix qui décelait l'émotion profonde de lame. Quand le petit groupe se sépara, chaque membre emportait au cœur le trait enflammé que Xotre-Seisneur Jésus venait d'yfaireentrer, parla parole du jeune camarade. »

Cependant Ozanam n avait encore préconisé que l'action chrétienne en général; mais quelle action? In des jours suivants, comme on s'était réuni un peu plus nombreux, petite rue des Grès, chez M. Serre. de qui le logis était plus grand, l'entretien fit un pas de plus. Tout en demandant le maintien de la Conférence d'histoire, Ozanam en vint à avouer qu'elle lui était une source d'amers déboires. Et, làdessus, leur ouvrant son co'ur tout entier : «. Après une année de travaux et de combats, demanda-t-il, qu'a donc produit d'heureux cette Conférence à laquelle les miens me reprochent, non sans raison, d'avoir sacritié l'étude de mon droit? Pour prix de tant de peines et de sacritices, avons-nous seulement fait à Jésus-Christ une seule conquête? »

Et alors, humblement, mais déterminément : u Si notre effort est sans succès, ne serait-ce pas que quelque chose man [ue à l'efficacité surnaturelle de notre parole? » Il l'affirma disant : « Oui. pour que notre apostolat soit béni de Dieu, une chose lui manque : les œuvres de la charité. La bénédiction des pauvres est celle de Dieu. »

L'abbé Ozanam, le plus explicite des biographes de son frère, touchant ces origines de la conférence de charité, ajoute cet épilogue au récit de Lamache : « Au sortir de là. Frédéric se rencontra sur le seuil

avec Le Taillandier non moins profondément affecté que lui. « Ehbien, pratiquement, qu'allons-nous faire pour traduire notre foi en actes? » se demandèrentils. Et, d'un même cœur chrétien : « Il faut faire ce qui est le plus agréable à Dieu. Donc il faut faire ce que faisait Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand il prêchait l'Évangile. Allons aux pauvres! »

Ainsi firent-ils tous deux et tout de suite. Le soir même, Ozanam et Le Taillandier portèrent chez un pauvre de leur connaissance le peu de bois qui leur restait pour les derniers mois de l'hiver.

Quatre ans plus tard, Ozanam écrivant à Le Taillandier, 21 août 1837, et lui rappelant ces journées, y ajoutait cette particularité : « Ne fonderez-vous pas une Conférence au Mans? Ne nous donnerez-vous pas des frères, vous qui fûtes un de nos pères; vous qui fûtes, je m'en souviens, le premier auteur de notre Société ! » Il est vrai que, dans une autre lettre, Ozanam attribue ce même titre de premier fondateur à M. Bailly, son premier président. Ainsi, au jugement de ce modeste, chacun aurait été fondateur de la société, excepté lui.

Séance tenante, la réunion, électrisée par sa parole, lui donna le mandat daller sans retard faire part à M. Bailly de leur charitable dessein et le prier de s'en faire le patron. Ils ne pouvaient s'adresser à personne qui y fût mieux préparé et disposé que lui.

« M. Bailly avait puisé ses sentiments charitables au sein de sa propre famille. Le culte de «aint Vincent de Paul y était traditionnel. Son père était mort à Brias, prèsBéthune, en Artois, entouré des manuscrits du Saint, gardés alors précieusement dans sa maison. On n'y prononçait qu'avec religion le nom de celui que son père et sa mère appelaient le Saint

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