‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 40 sur 235 · LA FÊTE-DIEU DE NANTERUE · texte numérisé non relu

LA FÊTE-DIEU DE NANTERUE

moustaches, et cinq ou six mesurant cinq pieds huit pouces. « V^oici la procession : les étudiants mêlés aux paysans, chantant avec eux, et eux émerveillés de notre bonne tournure et édifiés de notre religion. » Dans le village « toutes les maisons sont tendues, les chemins sont jonchés do fleurs, les reposoirs embaumés ». Et puis la grand'messe où la foule afflue et déborde jusqu'en dehors des portes. — De Nanterre, vingt-deux, les plus braves, partent pour Saint-dermain-en-Laye, redoublant de vitesse, non sans ramasser des fraises dans les bois. Là « un quart d'heure dans l'ég-lise où l'on chantait les vêpres », la visite au château peuplé de souvenirs; le panorama de son immense terrasse; le dîner au restaurant à quarante sous par tète, etc. « Nous repartîmes par petits groupes à la fraîcheur du soir. La lune ne tarda pas à nous éclairer à travers les arbres : ce fut un délicieux moment. Nous marchions le cœur content d'avoir rendu à Dieu l'hommage qui lui est dû... La nuit close, on se dispersa; nous nous perdîmes de vue. Quand j'arrivai avec deux autres à mon domicile, le lundi venait de poindre. Mon cœur sait, chère mère, combien de fois j'ai pensé à vous fous dans ce jour, l'un des plus charmants de ma vie. »

N'oublions pas que c'était dans ces mêmes jours de juin 1833, qu'Ozanam et ses amis avaient présenté à M^' de Quelen leur première requête pour la fondation des Conférences de Notre-Dame. Piélé, charité, vérité, ces trois flammes brûlantes d'un même foyer, rayonnaient doue ensemble de ce beau cœur de vingt ans leur lumière, leur chaleur et leur électricité.

Le domicile d'Ozanam, celui où vient de rentrer le pèlerin de Nanterre, était alors au n" 7 de la rue

des Grès , à un 6° étage , à la hauteur du dôme du Panthéon et près des étoiles, comme il dit. 11 avait dû restituer à M. Jean-Jaccjues Ampère, de retour en France, la chambre qu'il occupait dans la maison de son père, mais sans laisser aucunement se détendre le lien de filiale vénération qui l'attachait au grand homme. Lui-même ne pouvait plus se passer de cet enfant, de cet ami, comme en témoigne ce billet de sa main, 5 mai, sans date d'année : « Mon cher et excellent ami, vous savez bien que je n'ai plus que huit jours à être à Paris et que la traduction des vers (latins) explicatifs de mon tableau de la classification des sciences, exige plus d'une séance. Par toute l'amitié que vous avez pour moi, il n'y a donc pas un moment à perdre, et vous ne voulez pas me priver d'une chose à laquelle j'attache un bien grand intérêt. J'en serai reconnaissant au delà de toute expression; et je vous en fais d'avance un million de remerciements. — Mille fois tout à vous, cher et excellent ami! »

Cependant les huit confrères de la Conférence de la Charité, jaloux de leur trésor d'amitié, avaient si peu conscience ni désir de futurs accroissements, qu'ils tenaient la porte de leur cénacle obstinément fermée. Elle le fut même d'abord à Gustave de La Noue, jeune poète d'avenir, fils d'un magistrat de Tours, qu'Ozanam appelle « une de ces âmes choisies à qui Dieu a donné des ailes ». Il était présenté et appuyé par Lallier; mais son admission n'allait-elle pas altérer le caractère d'intimité et de simplicité de la petite famille? Ozanam se prononça nettement, non seulement en faveur de cette candidature, mais en général pour le principe de l'extension de l'œuvre, tant qu'il plairait à Dieu de lui envoyer des

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