SA DILATATION
recrues. La porte ouverte à de La Noue ne so referma plus; et à la fin do l'année 1833, c'était de vingt à vinut-cinq membres f[iio comptait l'Association.
Ils se firent bien venir du clergé de Paris, auprès de qui leur président, M. Bailly, était en particulière estime. Le nouveau curé de Saiut-Étienne-du- Mont, M. Faudet, n'hésita pas à leur confier la visite de quelques familles pauvres de sa paroisse, qui vinrent s'en louer auprès de lui.
Il y avait alors dans le quartier des Écoles une maison de correction pour les jeunes détenus, La Conférence obtint du président du Tribunal civil, .M. de Belleyme , 1 autorisation d'y porter l'auiuùne delabonneparole.Ozanam, Le Prévost, Lctaillandier, Lamache se dévouèrent à ce ministère ing-rat pendant deux années, jusqu'au jour où les jeunes détenus de la rue des Grès furent transférés dans la prison des Madelonnettes, à une autre extrémité de Paris.
Vingt ans après, et déjà sur le bord de sa tombe, Ozauam parlant aux confrères de Livourne, avait la consolation de leur rappeler comment il avait plu à Dieu que la petite association d'amis devint le noyau d'une immense famille de frères répandue alors sur une grande partie de l'Europe. Il racontait qu'un de ses bons amis, Chéruel, abusé un moment par les théories saint-simoniennes, lui disait avec un sentiment de compassion : « Mais qu'espérez-vous donc faire? Vous êtes huit pauvres jeunes gens, et c'est avec cela que vous avez la prétention de secourir les misères d'une ville telle que Paris! Et fussiez-vous encore tant et tant, vous n'y pourriez pas grand'-
104 LŒUVRE DE CHARITÉ.
chose. Nous, au contraire, nous élaborons des idées et des systèmes qui réformeront le monde et extirperont la misère à jamais. En un instant, nous ferons pour l'humanité ce que vous pourrez faire en plusieurs siècles. >■>
« Or vous savez , Messieurs, à quoi ont abouti les •théories qui illusionnaient mon pauvre ami! Et nous, qu'il prenait en pitié, au lieu de huit, à Paris seulement nous sommes deux mille et nous visitons cinq mille familles, c'est-à-dire environ 20.000 individus, c'est-à-dire le quart des pauvres que renferme cette immense cité! Les Conférences, en France seulement, sont au nombre de cinq cents; et nous en avons en An§lelerre, en Espagne, en Belgique, en Amérique, et jusqu'à Jérusalem. C'est ainsi qu'en commençant humblement, on peut arriver à faire de grandes choses, comme Jésus-Christ qui, de rabaissement de la crèche, s'est élevé à la gloire du Thabor. C'est ainsi que Dieu a fait de notre œuvre la sienne, et l'a voulu répandre par toute la terre, en la comblant de ses bénédictions ! »
Cf. Lettres d'Ozanam, année 1833, tome I. Conférence d'histoire. Lettre XV, p. 72. — Conférence de Sl-Vincent de Paul, ibid., p. 84. — Lettre XVI, p. 86. — Et Lettre XXII, 217S 1834. — Mélanges, tome VIII, conférence à Florence, à Livourne, p. 35.
Paul Lamache, par M. Paul Allard, ch. ii, p. 17. — Notice sur Lallier, anonyme, Semaineyeligieuse de Sens, tome .XXIV, 1887, sept articles, de page 39 à page 153. — Le Manuel de S. V. P., origines de la société, p. 39. — Adolphe Baudon, par l'abbé Schall. Introduction, sur M. Bailly, p. 31. — Frédéric Ozanam, par son frère, ch. iv, 132 ctsuiv.