‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 42 sur 235 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

VOYAGE EN ITALIE. — LE DROIT OU LES LETTRES? — l'ÉTU- DIANT EN DROIT. — ANXIÉTÉ ETSACRIFICE. — JEAN-JACQLES AMPÈRE. — LICENCIÉ EN DROIT. — LYON : LAMARTINE.

Durant les vacances de 1833, un voyage en Italie qu'Ozanam fit en famille, ne contribua pas peu à tourner de plus en plus son esprit vers la littérature et l'histoire catholicfue, celle du moyen âge particulièrement. Ce voyage a laissé peu de traces dans ses lettres. C'est dans sa Vie par son frère que nous en trouvons les grandes lignes, avec les impressions.

M""* Ozanam avait à Florence une sœur aînée qui y était mariée, et qu'elle désirait revoir. Le docteur y conduisit sa femme et ses deu.v fils ; et, y laissant celle-ci auprès de son ainée, il poursuivit sa route avec Frédéric et Charles vers le nord et le centre de la Pénin.sule.

C'est Milan, la ville qui l'avait vu naître, et que ses parents avaient habitée sept années, 1809 à 1816, que Frédéric désiia saluer tout d'abord : « Notre frère, écrit l'abbé, avait alors vingt ans. Son âme

débordait d'enthousiasme et de ferveur. Il vit la rue San Pletro a l'Or.'o, où il avait reçu le jour; il vit l'église Santa Maria de' servi où il avait été baptisé ; et, s'ag-enoiiillant au pied des fonts sacrés, il y renouvela les promesses de son baptême, en remerciant le Seigneur qui l'avait fait son enfant. »

Son père voulut lui faire parcourir avec lui ces champs de la Lombardie où le capitaine des hussards de 1796 avait servi sous le général Bonaparte, Pavie, Lodi, Pizzighettone, et ce pont d'Ârcole qu'il avait traversé sous le feu de l'ennemi ! Les trois Français retrouvèrent encore la France à la citadelle d'Ancône, où le commandement militaire « En avant, marche ! » en français, les fit tressaillir de surprise et de fierté.

Un autre ordre de sentiments les attendait à Lorette, où nous voyons Frédéric servant la messe à son frère et communiant de sa main, à l'autel de la Santa Casa. Puis Foligno, l'Ombrie, Assise et ses collines, desquelles de pittoresques processions de paysans descendaient en chantant des cantiques à ÏAddolorata, dont ils portaient la statue au milieu de flambeaux : autant de visions qui dès lors s'imprimèrent dans l'âme du futur auteur des Poêles franciscains.

Ce fut surtout à Bologne que l'étudiant se retrouva chez lui. Le Bologne du moyen âge et de la Renaissance lui montrait les vieux cloîtres de la célèbre université qui fut, durant six siècles, une des grandes métropoles des sciences divines et humaines. Ces siècles étaient ceux où ses cinq facultés attiraient au pied de leurs quarante chaires l'Italie entière. Frédéric se faisait redire les noms des plus illustres maîtres : Mondini à Fanatomie, Pancirole au droit, Galvani à

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la physique, et réceniment .Mezzotante le merveilleux polyglotte à qui Bologne avait donné naissance. Il fallut stationner là plusieurs jours.

On séjourna à Kouie. Son frère se souvient de la prière de Frédéric à la Confession de Saint-Herre, celle-ci des apôtres au divin Maître : « Adauge nobis fidem, Seigneur, augmentez notre foi! » 11 se rappelle aussi sa visite à la Bibliothèque Vaticane, et ses impatients désirs devant ces armoires fermées qui recelaient les plus riches trésors du passé de l'Église : manuscrits latins, grecs, orientaux, avec lesquels il espérait bien pouvoir converser un jour.

Le père et les deux fils curent la faveur d'une audience privée de Grégoire XVI. L'accueil fut plein de bonté; mais, pour le Saint-Père, ces étrangers étaient des inconnus. Ils Fêtaient un peu moins pour le cardinal Fesch, qui conservait encore son titre darchevèque de Lyon. L'oncle de Napoléon les reçut dans un salon où présidait le buste en marbre de l'Empereur, le front ceint du laurier d'or. Il retint ses visiteurs à dhier. L'Fminence, sachant que le docteur était un des médecins de FHôtel-Dieu de Lyon, lui remit gracieusement une notable somme pour les besoins des malades de l'établissement.

Les voyageurs avaient hâte de rentrer à Florence, où un autre attrait rappelait et allait retenir le jeune pèlerin de l'histoire et de la littérature italienne. Florence est toute pleine de Dante. Le culte expiatoire, qu'elle a voué à VAltissimo poeta qu'elle avait exilé, est presque une apothéose. Ozanam l'y retrouvait partout; et son frère a raison de dire que ce fut là, pendant ce mois de séjour, que s'alluma dans son cœur cette passion, dans son esprit cette lumière

qui allait rayonner sur sa philosophie, sur son enseignement, sur sa vie entière et, après elle encore, sur son nom d'écrivain et de docteur.

Après de telles jouissances littéraires, historiques et artistiques, on pouvait s'attendre à ce que Frédéric reprit plus difficilement goût à l'étude du droit, s'il l'avait eu jamais. Et nous allons le voir désormais aux prises avec l'affaire de l'orientation de son existence, dans une perplexité toujours renaissante, qui fut l'angoissante épreuve de six années de sa vie.

Il allait entrer, à son retour d'Italie, dans sa troisième année de droit pour la préparation immédiate de son examen de licence, duquel il sortirait oui ou non avocat. Cette troisième année allait être décisive. Avant son retour à Paris, son père et sa mère crurent devoir le prémunir contre des entraînements littéraires, dont ils ne voyaient pas l'aboutissement pratique. Dès l'ouverture des cours, dans sa première lettre, Frédéric s'empressa de renouveler à sa mère son serment de fidélité aux études juridiques, tout en lui demandant grâce et indulgence, à titre de délassement, pour certaines petites idoles d'or qu'il avait adorées et qu'il ne saurait brûler : « Ne pensez pas, ma chère mère, que je vous refuse jamais cette consolation de ne pas me laisser envahir par des études étrangères. Toutefois, s'il m'est permis de prendre quelque récréation, souffrez que ce soit à m'exercer sur des sujets de littérature, qui jetteront un peu d'agrément et de grâce parmi les épines de la jurisprudence. Ainsi, quelquefois, le soir, Virgile et le Dante à côté de moi, je m'amuserai à écrire quelques-unes de mes impressions d'Italie et à recommencer solitairement ce voyage que je fis si beau avec vous! Je ne négligerai pas pour cela l'étude

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