XVI PRÉFACE
le bras de sa mère, on le voit qui s'assied tour à tour aux pieds de Notre-Dame de Burgos, de Notre- Dame de Bétharam, de Notre-Dame de Buglosse, de Notre-Dame de Pise, pour descendre vers le port et se coucher enfin aux pieds de Notre-Dame de la Garde. C'est là que l'attendait la Reine du Ciel pour le soulever de sa couche et l'emmener près d'elle, dans la maison du Père. C'était au jour de la fête de sa Nativité, 8 septembre 1853. Je ne sais rien de plus beau et de plus grand que cet itinéraire de douleur, soutenu par l'élan d'un cœur déjà plein du Ciel où il touchait. Il n'y a pas de pag-e plus divine dans l'histoire des saints.
Mais ne nous hâtons pas de prononcer sur lui ce dernier et grand mot. Écrivons l'histoire telle qu'elle est, et montrons l'homme tel qu'il fut dans les conditions terrestres de notre mortalité, sans autre préoccupation que celle de la vérité simple. Ozanam n'eut pas souffert un autre langage. Ne célébrons pas ses vertus, racontons-les. N'exaltons pas ses pensées, exposons-les. Ne proclamons pas Bienheureux ce miséricordieux, ce pacifique, ce doux, cet altéré et affamé de justice ; mais rappelons ses œuvres de miséricorde, de clémence, de douceur, de justice et de paix. Ne saluons pas en lui, prématurément, un confesseur de la foi; mais voyons comme il la confessa devant amis et ennemis. Ne couronnons pas le martyr, regardons comme il a su souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, et mourir dans l'embrassement et sur le cœur de Celui dont il disait alors : « Comment le craindrais-je? Je l'aime tant! »
Et puis, silence et prière ! Ne renonçons pas un seul instant pour lui à notre ambition de famille. Mais-
PIŒl'AGK. wil
que ce soit en multipliant autour de nous les œuvres dont il fut le promoteur, et chez nous les vertus dont il fut le modèle. Et puis, pleins de confiance, laissons l'Église faire elle-même son œuvre de sagesse et de temps. Le prédicateur de la crypte ne nous a-t-il pas assurés « que la cause du pieux fondateur, si elle était portée à Rome, y serait étudiée avec la plus vive sympathie » !
Un ne peut en douter après les marques multipliées que la Société de Saint-Vincent de Paul et la personne de son fondateur en ont reçues de Sa Sainteté Pie X, dans ces derniers temps :
Il n'y a pas encore trois ans, il avril 1909, le pèlerinage des Conférences de Saint-Vincent de Paul à Rome s'étant trouvé coïncider avec les solennités romaines de la Béatification de Jeanne d'Arc, l'organe officieux du Vatican, VOsservalore romano, en prit occasion d'associer à ce nom le nom d'Ozanam, sous ce titre collectif et éclatant: « JJopo cento anni : Giovanna cl Ârco , Frederico Ozcmam : Cent ans après : Jeanne d'Arc et Frédéric Ozanam. » On y lisait : « Ce n'est pas par un rapprochement fortuit que les fêtes de la Bienheureuse Jeanne d'Arc se trouvent liées à celles du prochain Centenaire de la naissance de Frédéric Ozanam, un des héros et apôtres de la charité en France. Un lien intime unit les deux solennités des deux glorieux enfants de la France, etc.. » — Le Bulletin de la Société prit acte de ces avances de VOsservatore. h C'est la première fois, croyons-no'js, note-t-il, que noire vénéré Fondateur est mis en parallèle avec un Bienheureux placé sur les autels. Faut-il y voir pour lui le présage d'une gloire plus haute et plus pure que celle de la renommée terrestre ? -^